SON CARACTERE I I
habitude. Son œuvre ne contient peut-être pas une seule pensée qu'il n'ait empruntée à l'un ou l'autre de ses modèles.
Il est doué par contre d'une imagination sensuelle vraiment exquise. Tant qu'il demeure dans le domaine des sensations et des sentiments jolis, il est sans rival. Il fait songer à ces pommiers des vergers de Dean Prior, aux troncs grisâtres, tous pareils, disposés régulièrement, souvent même étayés avec soin, mais que revêt, dès les premiers jours de l'avril, une suave floraison rose. Herrick est un dilettante qui ne veut voir dans la vie que les illusions dorées de la jeunesse, et n'observe que l'aspect pittoresque des choses. C'est un connaisseur minutieux, habile à définir l'éclat d'une fleur, ou le parfum qui s'exhale d'une robe de femme. Il possède une sensibilité frémissante au moindre souffle, capricieuse, imprécise, et qui refuse de se laisser enfermer dans les lignes rigides d'une définition. Il est plein de contradictions piquantes, qui tiennent son lecteur en éveil, et introduisent dans son œuvre, malgré la monotonie de ses thèmes, toute la complexité, illogique et imprévue, de la vie. On dirait un grand enfant quelquefois, qui aurait gardé la fraîcheur de ses impressions premières, et serait incapable encore de les dissimuler.
L'homme ainsi, en Herrick, est inférieur à l'œuvre. Ce n'est point tant son caractère ni son tour d'esprit qui nous attirent en eux-mêmes, que la façon dont il a su les parer, dont il les a métamorphosés plutôt en une chose de beauté, toute nouvelle. Son matérialisme se transforme, dans ses vers, en je ne sais quoi de léger, de flottant, d'insaisissable que nous ne connaissons que par la jouissance délicate qu'il suscite en nous. Jamais l'art n'a, autant que chez Herrick, embelli la nature, et, la baignant dans sa lumière mystérieuse, ne l'a plus complètement transfigurée.