‹ Robert HerrickChapitre 31 sur 88 · DEUXIEME PARTIE HERRICK ET LA CAMPAGNE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE HERRICK ET LA CAMPAGNE

Herrick, exquis poète de société, est en outre un grand peintre de la campagne, [/amour des champs en effet est un sentiment inné au cœur de l'homme des villes. Le poète mondain, pour si habile qu'il soit à représenter la séduction, faite de subtilité et d'artifice, de ses modèles, a volontiers recours à un fond de tableau très simple où il projettera leurs portraits, et à un cadre très sobre qui, par contraste, fera mieux ressortir leur élégance. Relégué pendant de longues années dans un des coins les plus pittoresques de l'Angleterre, Herrick devenu " \ illageois malgré lui " se mit à observer de plus près qu'il ne l'avait fait dans les environs de Cambridge ou de Londres les hommes et les choses de la campagne, et, comme il eût dit lui-même, y adapta bientôt sa Muse. Aussi la place est-elle importante qu'occupe, dans les Hespèrides^ la vie rustique. Nous y retrouvons la même faculté, ou le même parti-pris, de ne voir en tout que le côté le plus clair et le plus pittoresque. Avant son départ pour le Devonshire, ou peu de temps après son arrivée, ou encore dans les moments tristes où il a la nostalgie de Londres, notre poète s'adonne, selon la mode du temps, ou selon ses propres goûts de citadin lettré, au pastoralisme, et il écrit quelques églogues conventionnelles destinées à être chantées devant la Cour à VVhitehall. Puis, à Dean Prior, Herrick ne peut s'empêcher d'admirer la campagne où il est condamné à vivre, de s'intéresser aux spectacles, aux coutumes dont il est chaque jour témoin, et il traduit alors dans ses vers la simplicité sa\()ureuse de la vie rurale. L'amoureux de l'antiquité aillant, ainsi que le dévot des mvtiiologies esthétiques, il va même jusqu'à étudier ce qui, ilans ces micurs actuelles qu'il décrit a\ec soin, se rapporte au passé, et jusqu'à taire place dans son (l'uvre aux traditions, aux légendes mystérieuses, aux superstitions des paysans, à tout le pittoresque du Folk-lore et du

Fairy-lore. Le sentiment de la campagne subit donc chez Herrick une évolution bien marquée, que nous allons nous attacher à suivre. Il va d'un pastoralisme de pure convention, fait d'un mélange variable de faux et de vrai, et dont la caractéristique est son infidélité même à la réalité, à un naturalisme joyeux qui a conservé aujourd'hui encore quelque chose de sa printanière fraîcheur, jusqu'à une curiosité des traditions populaires enfin, dont notre poète a tenu à introduire dans son livre quelques-uns des thèmes les plus habituels, et dont il a réussi à fixer parfois quelques étranges lueurs.

Page 1