‹ Robert HerrickChapitre 40 sur 88 · TROISIEME PARTIE LA SAGESSE DE HERRICK · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE LA SAGESSE DE HERRICK

A mesure que Herrick vieillissait, que le pittoresque du Devonshire s'atténuait devant le sentiment, chaque jour aggravé, de sa solitude, un changement s'opérait en notre poète, qui peu à peu le faisait passer du plaisant au sévère, et qui devait le mener jusqu'à la sagesse. L'évolution, qui fut lente, apparaît très avancée dans la dernière partie des Hespèrides et s'achève dans les Poèmes Sacres. Herrick ne renonce à rien de ce qui fît le bonheur de sa jeunesse ; mais, au lieu de laisser transparaître au cours de ses clairs poèmes son optimisme épicurien, il le déclare nettement, il l'exprime en de petits couplets sentencieux où ce qui n'avait été jusqu'ici qu'un sentiment indécis, comme diflFus dans toute son œuvre, se transforme en des idées abstraites, d'une rigoureuse précision. Sa joie de vivre, si ondoyante et si capricieuse, se raidit en un matérialisme délibéré. On dirait qu'il se targue de faire approuver par sa raison ses impressions joyeuses, et qu'il s'efforce même de les hausser à la dignité de principes moraux.

A cette sagesse que lui apporte la maturité, ajoutez l'infîuence quelque peu sévère que ne laisse pas de faire peser sur lui sa charge ecclésiastique. Le regret toujours si vif en lui de sa jeunesse frivole s'alourdit d'une sorte de crainte religieuse au sujet de son œuvre profane, si peu en rapport en effet avec la fonction qu'il a assumée. Le désir le prend de réparer ses fautes et, après avoir célébré uniquement le culte de la beauté et de l'amour, de composer un recueil de simples prières. Le contraste, violent à première vue, qui sépare les Hespèrides des Poèmes Sacrés nous semble ainsi facilement explicable. Herrick songe moins à changer de sujet, à emprunter à la religion de nouveaux thèmes poétiques qu'à se livrer à une confession bien sincère, et comme à une solennelle rétractation. Au surplus, quand on y regarde de près, la divergence qui existe entre sa morale païenne et

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