‹ Robert HerrickChapitre 59 sur 88 · X, XIX · texte numérisé non relu

X, XIX

When the Rose raignes, and locks

with ointments shine, Let rigid Cato read thèse Lines of

mine. vv. 9-10.

Cependant Herrick trouve moyen d'ajouter à ces emprunts si étrangement assemblés une image familière et qui semble nouvelle :

...when the Hearth Smiles to it selfe, and guilds the roofe with mirth ; v. 6.

en même temps qu'un vers d'une lente et majestueuse musique où le rare métricien qu'il est apparaît tout entier :

The holy incantation of a verse.

Herrick en effet ne manque jamais de révéler par quelque endroit sa nature sincère, et de conserver, sous ce pesant manteau de classi-

' Voir encore, à cet égard, T/ie Fision (142), dont le début est emprunté à Virgile {Enéide, I, 315-20), et la fin à Anacréon (7[29]). Un poème comme A Country-Life (106), bourré déjà, nous l'avons vu, d'expressions horatiennes, contient en outre bon nombre de choses empruntées ailleurs : un aphorisme d'Épicharme, rapporté par Xénophon et par Montaigne (Jove for our labour ail things sells us, v. 62= tojv Trômov TroAuvati' l'i^ùu Trâvra ràyaff 01 âtoi, Memorabilia Socrath, II, i, 20 ; Essais, II, xx) ; un autre d'Aristote (A wise man ev'ry way lies square, v. 98^ wf àXifiioç àyuOùç kciî Ttrpâyiovoç âvtv ^//ôyoD, Eth., I, X, 11 ; une sentence de Juvénal, que nous avons signalée déjà ; une phrase, mot pour mot, de Martial (Nor fear, or wish your dying day, v. 146 ^ Summum nec metuas diem, nec optes, X, XLVii, 13).

cisme, sa liberté d'allure. Ainsi, il n'existe peut-être pas de morceau qui ait été plus souvent imité et plus alourdi de variations superposées que la célèbre idylle d'Ausone :

Collige, virgo, rosas, dum flos novus, et nova pubes, Et incmor esto xvum sic propcrarc tuum. '

Les exemples abondaient déjà dans la lyrique élizabéthaine. Lodge en donne une version d'une gaie et chantante jeunesse. " Spenser, qui a en vue le Tasse plutôt qu'Ausonc, introduit l'image dans sa Facrie Queerie. ^ Daniel la reprend dans un tendre sonnet méditatif, où semble passer une réminiscence de Ronsard. ' Le thème reparaît maintes fois au XVIL siècle. ^ Or, la version qu'en donne Herrick, tout en se calquant au début sur le texte d'Ausone :

Gathcr yc Rosc-buds whilc ye may, Old Time is still a flying... ''

' Ausonii... opuscula. Edit. R. Peiper, Lipsiae, 1886, p. 411, vv. 49-50.

^ Pluck the fruit and taste the plcasure,

Youthful lordings, of dclight.

T/ie Fatttous, True and Historical Life of Koberl, Second Du^ of biormandy, 1591.

* Gather thereforc the Rose whilcst yet is primej For soone cornes âge that will hcr pride deflowre ; Gathcr the Rose of love whilcst yet is time, Whilcst loving thou mayst lovcd bc with einiall crime.

B. II, C. XII, st. 75. Cf. Tasso : Germalemme Liherata, C. XVI, st. 15.

■• Beauty, Swcct Love, is likc the morning dew...

Short is the glory of the blushing rose ; Whcn thou, surdiargcd with burthcn of thy years, Shall bcnd thy wrinklcs honieward to the earth.

Delta, 1592, Sonn. XLII.

'' Par exemple : Walter Porter, Madriga/s and Airs (1632) :

Love in thy youth, fair niaid, bc wisc ; Old Time will makc thce coldcr...

Carevv, 'Persuasions to love, clans 'Poems (1640) :

Spcnd not in vain your lifc's short hour, But crop in timc your beauty's tlower...

Thomas May, T/ie Old C'o«/-/«- (1658) :

Dcar do not your fair beauty wrong In thinking still you are too young...

Thcn losc no timc, for Love has wings...

* 208, To tlic Vir^Miis, to makc miuh of Time.

ne le prend en somme que comme point de départ, et demeure très originale. On ne saurait d'ailleurs affirmer que c'est dans le texte même du IV'' siècle que Herrick est allé puiser cette idée, très généralement connue de son temps, et qu'il a pu trouver, par exemple, dans VAnatomie de la Mélancolie de Robert Burton. ^

Telle donc apparaît la latinité de Herrick. Elle occupe dans son art une place capitale, et les Latins sont, de beaucoup, ses modèles préférés. Il les imite de près, non seulement dans ses couplets gnomiques, où il les suit mot pour mot, mais dans soti œuvre tout entière. Même quand notre poète voudra exprimer un sentiment profond, la joie que lui causent, par exemple, la fin de son exil et son retour à Londres, il s'écriera :

0 Place ! O People ! Manners !...

1 am a free-born Roman ; sufFer then, That I amongst you live a Citizen.

London my home is. ^

Ou bien, proclame-t-il son assurance en la gloire future qui, on le sait, lui tient tant à cœur, il ne fera que paraphraser en ces termes le Exegi monumentum d'Horace :

Behold this living stone,

I reare for me,

Ne'r to be thrown Downe, envious Time, by thee. ^

Si Herrick a pu laisser s'effacer quelques traits, ou superposer et ainsi confondre volontairement quelques ressemblances, du moins a-t-il appris chez les poètes latins, chez ceux qu'il fréquente plus spécialement, Horace et Martial, le culte de la forme, la volonté d'écrire aussi parfaitement que possible, la patience industrieuse qui n'abandonne un morceau que lorsqu'il est tout à fait achevé ; sans compter

' Edit. princeps, 1621, III, 11, 5, 1[ 5. Consulter la très belle édition : The Anatomy of Melancholy by Robert Burton, edited by the Rev. A.R. Shilleto, 3 vol., London, i 893.

- 714, His returne to London. — Voir encore 457, Upon himself :

Corne, Icavc this loathèd Country-life, and then Grow iip to be a Roman Cidaeii...

* 211, His Poetrie his Pillar.

enfin qu'il s'est approprié leur trésor de fables, de légendes mythologiques auxquelles il ne croit pas plus qu'ils ne faisaient eux-mêmes, qu'il conserve pour leur seule valeur esthétique, et auxquelles il empruntera, après y avoir, soyons-en sûrs, mûrement réfléchi, le titre général de son œuvre. '

Le cas de Herrick est loin, au surplus, d'être isolé, et la littérature latine est très largement répandue en Angleterre sous le règne d'Elizabeth et des Stuarts. On enseigne le latin dans les grammarschoo/s^ pratiquement, par questions et par réponses. On ne se borne pas à faire apprendre les paradigmes dans la fameuse grammaire de Uyly, " ni à faire traduire des fragments de Cicéron, de Térence, de Virgile, ou des fragments considérables des Métamorphoses^ '' mais

' On sait que la littérature latine est riche en allusions au fameux Jardin des Hespérides situé aux confins de l'Océan, où les filles d'Atlas gardaient, avec l'aide d'un dragon terrible, les poinmes d'or données par la Terre à Junon, lors de son mariage avec Jupiter. Voir par exemple Ovide, AI t'iamorp/i., XI, 114; Lucain, IX, 358 ; Martial, De spectacuUs, XXI, et Epig., IV, LXiv.

- La première édition connue, imprimée à Louvain en 1 5 1 5, porte sur la première page : Ahsolutissimus de Octo Oratioiiis partiù construitione libellus... niiperrime -uigilatissima cura recognitus, et est précéilée d'une lettre de l'érudit Colet à l'auteur, Lile charissime. Réimpressions à Louvain en 1521-22, 1529, à Paris '53o> '53^- Une édition de 1539 ajoute, sur la première page également, aJ 'verum 'Paulinae Sc/iolae exemplum. En 1540, la grammaire de Lyly fut publiée par autorité du roi, et devint une sorte de manuel national. On lit ainsi au verso du titre d'une édition de i 548, // shulJ be opeiily aiul priiiately reJJe lo al k\nJ of lerners in eitery gramar sc/iole & olher places of tec/nng, anJ the same anJ noue ot/ter to be itsed. En 1574, une édition complètement remaniée parut sous le titre de : A S/iorte Introduction of Grammar generally to be used ; c'est cette dernière que connut Shakespeare qui, en plusieurs endroits, met dans la bouche de ses personnages des exemples qu'il y emprunte {L.L.L., IF, 2. Holoternes : but vir sapit ffui pauca loquitur. — T^v. N., Il, 3. Sir Toby : not to be a-bed after midnig/it is to be up betimes ; and " diluculo surgere, " lliou kno^v'st.) La grammaire «le Lyly, qui subit encore de nombreuses modifications, demeura longtemps fameuse, jusqu'au XVIIl' siècle où on la connaît sous le nom de Eton Latin Grammar.

^ Sur l'enseignement du latin dans \i:s public-scliools aux XVI' et XVIT" siècles, voir Jolin lirinsley : Ludus Lilerarius : or, f/ie Grammar Sc/ioole ; slieiving hoiv to proceede from t/ie fint enirance into learning to the Jtighest perfection required in the Grammar Schoolcs, London, 1612. — t'hurles Hoole : A neiv Diicn'en ofthe old Art of Teac/iing Schoole, in Jour treatises, London, 1659, (écrit vingt-trois ans plus tôt, comme le montre la préface). — T. S. Haynes : U'hat Shakespe.ir,- tearnt

on se sert presque uniquement du latin dans le langage ordinaire. Sutgiti' était le cri retentissant qui éveillait, dès cinq heures, les pensionnaires de Westminster School, et ceux-ci, chaque jour, traduisaient un lono; passage d'un auteur choisi par le Directeur, ou le discutaient, ou le mettaient en vers selon qu'ils appartenaient à la quatrième, la cinquième ou la sixième classe. Dans les Universités, le latin était la lan2;ue dont se servaient les étudiants pour les exercices publics de discussion (disputations), dans laquelle étaient jouées la plupart des comédies de collège, ^ et que parlait l'orateur public de l'Université lors de la visite de grands personnages, comme fit Sir Francis Nethersole quand Jacques P'' et le Prince Charles vinrent pour la première fois à Cambridge, en 1613. " La littérature elle-même est toute pénétrée d'influences latines. Les critiques, effrayés dès avant la fin du XVP siècle, par l'influence toujours grandissante de l'Italie, s'étaient mis à encourager les études classiques de tous leurs efforts, les uns, comme Ascham, plaçant leur confiance dans une éducation solide, basée sur les auteurs anciens, les autres, classicistes pédantesques et fanatiques comme Gabriel Hervey, prétendant calquer la métrique anglaise sur la latine, et y installer l'hexamètre. Beaucoup plus tard, vers la fin même du règne de Jacques P', Bacon, qui avait écrit en latin son œuvre philosophique, songe à traduire en cette langue ses Essays dans la crainte — ceci en 1623 — que l'anglais ne fasse bientôt banqueroute. ^ C'est que les débuts de la Renaissance avaient

at school, Fraser's Magazine, Nov. 1879 ; Jan. and May 1880. — J. Churton CoUins, OU--V. cit.

' Comme la fameuse pièce de George Ruggle : Ignoramus, représentée à Cambridge en 161 3, imprimée seulement en 1630 [Ignoramus, Comœdia coram Regia Magistate Jacobi Régis Angliae et Londoni.)

- " The usual scholastic acts and disputations were also attended by the king and prince with more or less satisfaction, but the University orator, sir Francis Nethersole, appears 10 hâve seriously compromised his character for Latinity. " Though he be a proper man, and think well of himself, says Chamberlain, yet he is taxed for calling the Prince Jacobissime Carole, and some will needs add that he called him Jacobule too ; which neither pleased the king nor anybody else. " Rendered into English as " the most Jacob Charles, " the unlucky conceit pointée! a hundred puns and epigrams. " A. G. Hyde, ounj. cit., p. 95.

' Voir sa lettre à Mr. Tobie Matthew (cire. June 1623) : " It is true, my labours are now most set to hâve those Works, which I had formerly published, as that oï A avancement of Learning, that of Henry Fil, that of the Essays, being

été marqués, en Angleterre comme sur le continent, par une floraison vigoureuse de l'Humanisme. On voit apparaître, pendant la période des Tudors, non seulement une foule de compliments ou de dédicaces en vers latins, mais encore d'importants ouvrages qui jouissent bientôt d'une renommée européenne, comme VUtop'ia de Thomas More, ' ou comme l'œuvre entière de George Buchanan qui valut à l'Ecosse la gloire de posséder le meilleur humaniste du siècle, ce qui signifiait presque le premier homme de lettres, sinon le plus grand poète." Or, il est possible que Herrick ait eu connaissance des écrits de Buchanan alors si répandus, ^ où nous voyons, à côté d'une épître politique : Âd Carolum Quinium Imperatorem^ Burdegalae hospitio publ'ico iUicepturn^ nomme Scholae Burdeg. (1539), ou d'une sorte d'élégie officielle : Deploratio status tri Gallicae sub mortem Francisa Secundi Régis, une longue idylle intitulée Maiae Calendae, qui n'est pas sans quelque analogie avec le Corinnd's goitig a Maying (178), ''et des

retractate, and made more perfect, vvell translated into Latin by thc holp of some sjood pens, vvhicli torsake me not. For thèse modem lanj;uages will, at one time or otlier, play tlie bankrupts with books ; and since I hâve lost much time with this âge, I would be ^Xd^A, as God shall give me leave, to recover it with posterity. " Bacon's H'orl^, Edit. Montagu, vol. XII, p. 4+8.

' Publiée à Louvain en i 5 1 6, Libellus 'vere aureus nec minus saltitarh quant J'esti-vus de optitno reip. statu, deque tio-va Ittsula Utopia. La première traduction anglaise ne parut que seize ans après la mort de l'auteur, sous le titre de A fruteful atid pleasauttt woorke of the beste state in a publvque iveale, anJ of the tteiv vif adled Utopia .- ivritten in Latine bv Syr T/iotnas More, l^ivgbt, and translated into Engtvs/ie by Ralp/ie Robyiison... London, 1551.

- Cf. le titre du recueil auquel nous avons tait déjà allusion : Georgii Buclianani Scoti, Poetarum nostri saeculi facile principis.

:• Les éditions sont nombreuses en eftet : Georgii Buchanani elegiae, sylvae, endecasyllabon liber, Parisiis, Rob. Stephanus, 1567. — L'édition citée supra, M. Pâtisson, 1579. — Hâlc, 1568. — l'no autre encore : /;/ bibliopilo Cotnnieliano, 1 609.

* Cf. la fin de l'idylle :

Sic tibi déformes mut.ibunt tempor.i c.ini, Contr.ihet et viiltus ;irid;i ruga tiio»... Mcllf.i dctiiict taciindac gratia lingii.ic,

Imniitu-t en vitac tVigida bruma luae.

Dimi nos ergo sinunt fata invidiosa, scnccta 'roniporis iitatiir vcrc, juvcnt.i suo.

avec la dernière strophe de Herrick : Corne, lel us goe, vvhile %%c are in our prime.

odelettes amoureuses à Neaera, qui ne laissent pas de faire songer aux chansons à Electra ou à Dianimé. ' Il est même vraisemblable que la poésie néo-latine, si florissante en France durant tout le XVI'" siècle, n'ait point été complètement ignorée en Angleterre, et que Herrick ait pu avoir entre les mains quelques-uns de ces recueils si nombreux où des poètes humanistes tels que les Allemands Douza ^ et Schede, ^ des théoriciens comme Scaliger,^ des professeurs d'humanités comme Dorât, ^ jusqu'aux poètes de la Pléiade, Ronsard, Du Bellay, Bellcau, Jodelle et Pontus de Tyard, publiaient de laborieux pastiches de Méléagre, de Catulle, et des élégiaques latins. ^

Il semble évident, en tout cas, que Herrick n'ignorait point deux des plus célèbres d'entre ces poètes humanistes, Jean Second et Jean de Bonnefon. Le premier était mort à vingt-cinq ans (1511-1536) en laissant, parmi d'autres œuvres, un mince recueil de lascives " folastries, " les Basia, qui furent accueillies avec enthousiasme par toute l'Europe, au point que leur auteur fut égalé à Virgile et à Ovide, et placé même au-dessus d'eux. ^ Que l'on compare avec le début du Basium II le commencement du poème intitulé The Vine (41) :

Vicina quantum vitis lascivit in ulmo, Et tortiles per ilicem

' Buchanan avait en outre composé des tragédies, dont une sur la fille de Jephté : Jephtes .- si've'votum .- traga-dia Georgii Buchanani, Scoti, Parisiis, i 554. Cf. Noble Niimbers : i 2 1 3, Tiie Dirge of Jephthahs Daughter : sung by the Virgins.

^ Jani Douzae filii poemata, Lugduni Batav., 1576. Réimpr. 1607, 1609.

3 'P. Melissi schediasmata poelica, Lutetiae, 1586.

* Toemata, s.l., 1574.

'" Joannis Aurati Lemo--vicis poetae et interpretis Régit Toematia, Lutetiae, 1586.

•■' Dans la collection des Delitiae poetarum gallorum, collectore Ranutio Ghero, Francofurti, 1609, 3 vol., Du Bellay avait même publié ses poèmes latins séparément : Joachimi Bellaii Andini Poematum libr'i quatuor, Parisiis, 1558. — Voir encore une collection analogue : Delitiae poetarum germanorum, collectore A. F. G. G., 6 vol., Francofurti, lôiz ; et, en Angleterre même, Delitiae Delitiarum si've Epigrammatum ex optimis quibusq y hujus et no'vissimi secult poetis in amptissima illa Bibliotheca Bodleiana, Et pêne omnino alibi extantibus ài'9o\oyia, in unani corollam connexa, Oxoniae, 1627. — Delitiae Poetarum Scotorum hujus aevi illustrium, Edited by A(rthur) J(ohnston), 2 vol., Amsterdami, 1637.

' Th. de Bèzc : 'Poematum editio secunda, 1569, p. 142. Cit. par Auge, owv. cit., p. 100.

Brachia proceram stringunt immcnsa corymbi,

Tantum, Neaera, si queas In mca ncxilibus proserpcre colla lacertis,

Tali, Neaera, si qucam Candida perpetuum nexu tua colla ligare

Jungens perenne basium...

I dream'd this montai part of mine

Was Metamorphoz'd to a Vine ;

Which crawling onc and evcry vva\,

Enthrall'd my dainty Lmia.

Me thought, hcr long small legs and thighs

I with my Tendrils did surprize ;

Hcr Bclly, Buttocks, and hcr Waste

B)- my soft Nerv'lits were embrac'd :

About her head I writhing hung,

And with rich clusters (hid among

The leavcs) her temples I behung.

Ces ressemblances, qui semblent bien étroites pour être purement accidentelles, deviennent évidentes, selon nous, dans la première partie du poème inachevé : The Apparition of his Mistresse calltng him to Elizium (576), qui n'est qu'un développement somptueux de la fin du même Baiser de Jean Second :

Mox per odoratos campas et perpetuum ver

Produceremur in loca Semper uhi, antiquis in amoribus, hcroinae

Heroas inter nobilcs Aut (lucunt choreas, altcrnave carmina hcta;

In valle cantnnt myrtca.

Qiiâ violisque, rosisfue ci Jiuvii omis nunissis

Umbraculis trcmcntibus, IHlkHi lauri ncmus, et crépitante susurro

Tcpidi suave sibilant Sternum Zcphyri ; uer z'omere stiurii: tellui

Fecunila sohit uhera.

Turbû beatorum nobis assurgeret omnis ;

Inque herbidis sedilihus Inter Mn-onidas prima nos scde locarcnt. '

' Joanitis Sicuni/i, Htiy^iiiisis, lùisi.i el aliti qintedarn, Lu^nluni, 1539- — Ri'im-

Corne then, and like two Doves with silv'rie wings, Let our soûles Aie to' the' shades, zvhere ever springs Sit smiling in the Meads ; îchere Balme and Oile, Roses and Cassia crown the untiW d so'^le . . . vv. 1-4.

Hère in green Meddowes sits eternallMay... v. 13.

. ■ Hère naked Younglings, handsome Striplings run

Their Goales for Virgins' kisses ; which when done,

Then unto Dancing forth the learnèd Round

Commixt they meet, with endlesse Roses crown'd.

And hère we ^l sit on Primrose-banks... vv. 17-23.

...then Ile bring Thee to the Stand, where honour'd Homer reades His Odisees, and his high Iliades.

About whose Throne the rroW of Poets throng. vv. 26-30.

Ajoutons que l'héroïne principale du premier livre des Elégies de Jean Second s'appelle également Julia. ^

Jean de Bonnefon (15 54-1 6 14) qui composa à l'imitation du poète de la Haye un recueil de trente-deux " Baisers " intitulé Pancharis et un long poème lascif, Pervigilium Feneris^^ fut lui aussi très connu en Angleterre. On sait que Ben Jonson déclarait ce dernier morceau *' excellent, " ^ et y avait emprunté " la description d'une nuit. " "* Herrick de son côté semble s'être souvenu à deux reprises différentes de l'auteur de Pancharis. C'est là qu'il a pu trouver l'opposition des

primé souvent, entre autres : Joamiis Secundi... opéra quae reperiri potuerunt cmnia .• curante atque edente Tetra Scri'verio, Lugduni Batavorum, 1619. — Jo/i. Secundi, Hagiensis, poetica opéra accurate recognita... Lugduni Batav., 1631. — Voir aussi, du même auteur, Naenia in mortem Thomae Mori .- auctore Joan. Secundo... Lovanii, 1636. — Au point de vue de sa notoriété en Angleterre, consulter : George Puttenham, T//e Arte of English Toesie, London, 1589 : Lib. I, chap. XXVI. The maner of rejoysings at mariages and vveddings. " Catullus had made of them (epithalamiums) ojie or two very artificiall and civil : but none more excellent then of late yeares a young noble man of Germanie as I take it lohannes Secundus who in that and in his poème De hasiis passeth any of the auncient or moderne Poètes in my iudgment. " — Les Hasia furent traduits en 1651 par Thomas Stanley, Anacreon, Bion, Moschus : Kisses by Secundus : Cupid Crucified by Ausonius .- Fenus Figils. Incerto authore, s. 1., 165 i. ,

lan. Secundi Elegiarum Liber primus, cui titulus Iulia, Lugdini Batav., 1619. f 'Pancharis. lo Bonefonii Ar-verni, Lugduni, 1593.

' Con'versations, IV.

* Ib., XV.

roses blanches et des roses rouges qu'il substitue, dans un poème anacréontique, au mélange traditionnel des lis et des roses. ' Et c'est cette pièce de Jean de Bonnefon :

Donec pressius incubo labcllis.

Et diduco avidus tua;, Puclla, Flosculos animae suavcolcntes, Unus tum vidcor mihi Deorum Seu quid altius est beatiusve.

Mox ut te eripis, ecce ego repente Unus qui superum mihi videbar, Seu quid altius est beatiusve, Orci mihi videor relatus umbris Seu quid inferiusve tristiusve.

que le poète des Hespér'tdes imite sûrement, et qu'il condense en ce quatrain à Silvia :

I am holy, whilc I stand Circum-crost by th}- pure hand :

But when that is gone ; Again, I, as others, am Prophanc. '

Outre cette poésie humaniste, précieuse et mignarde le plus souvent, et qui demeure réservée, en Angleterre surtout, à une élite de lettrés, Herrick connaît encore la plupart des traductions d'auteurs grecs et latins qui, au commencement du XVIT" siècle, sont si répandues parmi le grand public. L'érudition propagée de la sorte demeure,

' Cf. 528, Upon liis fjia) haircs :

Bcttcr look tlic Roses red, Whcn vvith whitc commingled.

et :

En flores tibi mitto discoloics, Pallentcmquc rosam, et rosani rubentem.

nia ciini aspicifs, niisclli ainantis Put.i pallidiilos vidiTc viiltiu.

Cum tiii-bcris hanc ruborc tiiictam, Piitcs igné rubcns cor intueri.

On connaît le poèinc fainoiix de Carow : RcJ tinJ U'/iile Rosfs, qui n'est, lui aussi, cju'un développement de l'odelette latine de Jean de Bonnefon. ■* 652, To Sihia.

naturellement, aussi peu critique que possible. The rare and singuler IVorke of 'Pomponius Mêla, ^ ou The famous and mémorable workes of Josephus ' apparaissent en même temps et presque sur le même plan que les œuvres d'Ovide ou de Sénèque. Un simple "compilateur, un polv2;raphe verbeux commande autant de respect, si on le croit ancien, qu'un 2;rand poète. On ne se soucie point, en outre, de connaître les classiques avec précision. Le traducteur suit le texte d'assez loin, quand il ne se sert pas uniquement, comme il arrive, d'une version précédente, latine pour un auteur grec, française pour un auteur latin, quand il ne va pas, comme certain Thomas Nicolls, jusqu'à traduire Thucydide d'après le français de Claude de Seyssel, qui lui-môme l'avait traduit déjà du latin de Laurentius Valla. ^ Or, un peu de ce pêle-mêle se retrouve dans les Hespèrides. Notre poète, qui est capable de lire le grec et qui sait bien le latin, se contente très souvent d'avoir recours soit à une traduction déjà existante,, comme VOvide de Marlowe ou le Montaigne de Florio, soit à une de ces compilations si nombreuses à l'époque, et dont les Essais de Bacon, ou VÂnatomie de la Mélancolie de Burton nous ont conservé des exemples excellents. Quand Herrick traduit, et que l'on compare le texte des Hespèrides avec le texte ancien d'une part, et avec le texte d'une traduction connue de l'autre, il arrive de rencontrer tel détail qui ne se trouve que dans la traduction, dont il provient ainsi selon toute vraisemblance. Par exemple, les deux premiers vers du quatrain intitulé Suffer that thou canst not shift (821) sont empruntés, non à Sénèque lui-même, mais à la traduction de Thomas Lodge, * dont Herrick reproduit l'interprétation, sinon, comme le suggère même Mr. PoUard, l'erreur typographique. ^ De même, le vers final de The Vision to Electra (56) :

' Translatée! by Arthur Golding, London, 1590.

- Translated out of the Latin and French by Thomas Lodge, London, 1602.

* The hystory njjrittone by Thycidides the Athenyan... tramlated oute of the Frenche into the Englys/ie langitage, by Thomas Nicolls, Citezeine and Goldesmyth of London, I 550. Sifîn. par Ch. Whibley : Translators, dans The Cambridge History ofEnglnh Literature, vol. IV, p. 3.

* The Workes ofLucius Annaeus Seneca, nenvly inlarged and corrected by Thomas Lodge, London, 1620.

" Voici les trois textes -. Sénèque, De Tro-vide7itia, 4 : Nunquam virtutis molle documentum est. Verberat nos et lacérât fortuna ? Patiamiir. — Thom. Lodge :

Love, givc me more such nights as thèse traduit le vers des Amours (I. v. 26) :

Provcniant mcdii sic mihi sacpe dies mais par l'intermcdiaire de la version de Marlowe :

Jove send me more such afternoons as this.

Le Montaigne de Florio, publié en 1603, ' a fourni à Herrick un bon nombre de citations latines, qu'il n'a fait que traduire," non sans s'inspirer quelquefois, semble-t-il, de la traduction qu'avait déjà donnée Florio lui-même. •' UAnatomie de la Mélancolie de Burton lui sert également d'intermédiaire à ce point de \ uc. ' Et il est \ raisem-

Vertuous (for Venues, Virtuc's, 'Pollard) instructions are never délicate. Doth Fortune béate and rent us ? Let us suffer it. — Herrick :

Do's Fortune rend Thee ? Beare with thy hard Fate : Vcrtuous instructions nc'r arc délicate.

' Michel de Montaigne. Essayes, Jone into Eng/is/i by John Florio, 1603. ^ Tacite, Annales, XIII, 56 : Addidit (Boiocaius) Déesse nobis terra in vitam, in qua moriamur, non potest ; Montaigne, II, 3 ; Herrick, 808, Buriall :

Man may want Land to livc in ; but for ail, Nature (inds out some place for buriall.

Ovide, He'roiJes, V, 7-8 :

Lcnitcr, ex merito ijuicquid patiarc, fercndum est ; Quac venit indigne poena dolenda venit ;

Montaigne, III, 13 ; Herrick, 1051, Smart -.

Stripes justly given yerk us (witli thcir t'all) But causclesse whipping smarts thc most of ail.

Voir encore Sénècjuc, Epitr., 83 ; Montaigne, II, 2 ; Herrick, 197, WVAoWf- /o Sact, v. 61. — Sénéque, Epitr., Mor., IV ; Montaigne, I, 23 ; Herrick, 4S7, Losse front the leasl, v. 2. — Sénèque, Epitr., Si ; Montaigne, II, 16 ; Herrick, 1404. Farevjell to Poetry, \. 104.

^ Horace, Epitr., I, 11, 54 : Sincerum est nisi vas, quodcumque infundis acescit. P'iorio, III, xiii :

In no swcetc vcsscll ail you pourc In such a vcsscll soonc v\ill soure.

Herrick, 1054, Sincerity :

Wash clcan the Vcsscll, lest yc «ourc Wliatcver Lii)uor in yc powrc.

^ Par exemple : Sénèque, Epitr., 24 ; Burton, II, m, 1, ' 1 ; Herrick, St 1 j Griet'e, v. 2. — Martial, VIII, Lvi, 5 ; Burton, I, 11, 3, ' 15 ; Herri. k, 11-,

bhible que, si notre pocte se sert ainsi de compilations quand il s'agit d'Horace et d'Ovide, de Sénèque ou de Saint Augustin, il y a eu uniquement recours quand nous le voyons traduire des auteurs bien moins accessibles, tels qu'Épicharme ou Cornélius Gallus, cités par Montaigne, ^ tels qu'Antisthène et Denys d'Halicarnasse, cités par Burton, ^ tels que Publilius Syrus enfin, cité par l'un et l'autre. ^ On peut même conjecturer qu'un certain nombre d'aphorismes ou de maximes qui n'ont pu encore être identifiés proviennent d'un de ces recueils de brèves sentences ou de proverbes si populaires au XVir* siècle, d'un de ces répertoires de conseils moraux, empruntés pour la plupart aux auteurs anciens, qui avaient joui d'une si grande vogue pendant toute la Renaissance, "* voire même de quelque commentaire biblique farci de citations profanes et sacrées, comme celui intitulé Notes and Observations upon some passages of Scripture^ décou-

To the Patron of Poets, M. End. Porter, vv. 1-2. — Perse, I, 38-40 ; Burton, I, II, 4, f[ 6 ; Herrick, 783, Upon Trenv /lis Maid. — Juvénal, XIII, 147 ; Burton, 1, il, 3, ^ lo ; Herrick, 267, T/ie Toets good ivis/ies... v. 8. — S' Augustin, Confess., VI : Deus unicum habet filium sine peccato, nullum sine flagelle ; Burton, II, m, i : God, saith Austin, hath one son without sin, none without correction ; Herrick, 1264, Correctio?i :

God had but one Son free fiom sin ; but none Of ail His sonnes free from correction.

' Épicharme, ap. Xen., Memor. Socratis, II, i, 20 ; Montaigne, II, 20 ; Herrick, 106, V. 62. — Cornélius Gallus, Eleg., I, 6 ; Montaigne, III, 5 ; Herrick, 409.

- Antisthène, ap. Diog. Laert., VI, i, 4 ; Burton, II, m, 7, f[ 3. — Herrick, 933, Bad Wages for good serojice. — Denys d'Halicarnasse : Lib. 8, cap. 27 ; Burton, II, m, i, fl i ; Herrick, 521, Fortune fa-vours. (Notes Pollard, II, p. 291 ; I, p. 320).

•' 10, To Silvia to n.ved, v. 8. (Note Pollard, I, p. 250.)

* Les Adages d'Érasme par exemple : Adagiorum chiliades quatuor, cum sesquicenturia, Parisiis, 1558. La première édition, 1500, ne contenait que 800 adages. De 1550 à 1580 l'ouvrage eut une cinquantaine d'éditions. — Un recueil publié chez R. Estienne en 1534, Sententiae et proverbia ex Tlauto, Terentio, Firgilio, Ovidio, Horatio, Juvenale, 'Persio, Lucano, Seneca, Lucretio, Martiale, Silio, Statio, Fal. Flacco, Catullo, 'Propertio, Tibullo, Claudiano, Parisiis, 1534, fut réimprimé en 1536 et en 1548. Sign. par Auge, owv. cit., p. 509.

'' By I. G., Master of Arts of Christ Church, Oxon., Oxford... 1646. (L'exemplaire du Musée Britannique porte, écrit à la main, et faisant suite à cette date : July ist.) L'auteur, John Gregory (i 607-1 646), était un érudit très réputé pour ses connaissances patristiques, bibliques, et rabbiniques. Ses œuvres furent souvent

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vert par Mr. Pollard, et dans lequel Herrick a trouvé la matière d'une vingtaine au moins de ses Noble Numhers. Par exemple :

The Jcwes, vvhcn they build a housc, are bound to Icavc some part of it unfinished, in memory of the destruction of Jérusalem.

Address to the Reader.

The Jevves, when they built Houscs (I havc rcad)

One part thereof left still unfinished :

To makc them, thcrcby, mindfull of thcir own

Citie's most sad and dire destruction.

I 308, Observation.

That old position in the Hebrew Divinity... that a rcpcnting man is of more cstccm in the sight of God than onc that never fell away.

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