CHAPITRE II
Le style de Herrick manifeste un effort réfléchi pour moderniser ces imitations anciennes, et pour marquer du " sceau " (682) personnel du poète ces emprunts innombrables. Il consiste en un mélan2;e, dont les proportions varient sans cesse, d'artifice et de naturel. Il tâche, grâce à un art achevé, de donner à toute l'œuvre un aspect de simplicité familière, parfois même de négligence coquette et désinvolte.
Ce labeur conscient apparaît d'abord dans le vocabulaire. Herrick, qui semble partager l'affection des auteurs de la première moitié du XVir" siècle pour les mots d'origine latine, introduit dans les Hespèlides un nombre important d'expressions classiques, de ces inkhorne termes dont parle Puttenham, ^ et qui abondent chez Bacon et Taylor, chez Robert Burton et Sir Thomas Browne, chez tous ceux qui, voulant expliquer les découvertes récentes des sciences, de la théologie ou de la philosophie, avaient besoin de mots nouveaux pour exprimer ces choses nouvelles, ou au moins renouvelées de l'antiquité, et les empruntaient tout naturellement aux langues classiques. Les réminiscences, si fréquentes chez notre poète, l'intervention constante d'une expression ancienne entre sa pensée et la forme qu'il s'apprête à lui donner, suffiraient d'ailleurs à expliquer la proportion si forte de l'élément latin dans la langue des Hespèrides. Non seulement Herrick emploie volontiers les termes qui sont entrés dans la langue depuis longtemps, et s'y sont en quelque sorte naturalisés, mais il a recours à des vocables récents ou rares, qui
' Edit. cit., Lib. II, chap. xii : "Irrévocable, irradiation, dépopulation and such like... which... were lon^ time despised as inkhorne termes."
n'ont qu'un sens savant, et qui, pour être compris, nécessitent presque une connaissance de la langue latine. '
Herriclc va plus loin encore. Il fait entrer dans son poème le mot ancien, latin ou même grec, sous sa forme originelle, et ne recule pas devant l'aspect rébarbatif que prend ainsi son vers, pensant plutôt, après Ben Jonsoii, que " les mots empruntés à l'antiquité prêtent au style une sorte de majesté, et ne sont pas sans charme quelquefois. " " Il dira par exemple :
And a nosc that is thc grâce
And Proscenium of hcr face... 343-
...Lct thcrc be Betwixt us two no more Logomachie... 902.
God is not oncly said to be
An Ensy but Zupraentitic . . . ' •35-
imprimant lui-même en italiques son terme savant. ' D'autres fois, il
' En voici quelques exemples marquants :
Substantifs : ci'vility, 219 : the state of being civilized ; continent, 505, 741 -. that which contains or liolds, a réceptacle ; convex, 444 : a mound ; digestion, 444 : onier, methodical arrangement ; effusion, 72, 628 : that which is poured out ; erreurs 444 : wantierings ; y^t7o//;7, 376 : doers, workers ; forme, 512 : beauty ; indecencie, 16 : uncomeliness ; inforlunitie, 959 : unfortunate condition ; ingression, 653 ; cntrance ; w/7/, 37 i : iioney ; novitie, i 374 : novelty ; regredience, 657 : return ; sinceritie, 27 : purity ; tardidation, 1267 : sloth, slackening.
AnjKCTiFS : attent, 251 : attentive to, bent upon ; ausficate, 962 : auspicious, well-omened ; candid, 544: white ; candidate, 816 : dothed in white ; décent, 730 : comely, handsomc ; hisped, 558 : sliaggy ; illustrions, 12S : luminous, giving light ; instant, 320, 545 : présent, current ; lautitious, 784 : sumptuous ; peccant, 271 : sinning, ott'ending ; résident, 520 : reniaining ; sincère, 155 : pure.
Vkrbes : to admire, S29 : to wonder ; to affect, 224 : to hâve affection, to show prctorence for ; to coîuply, 444, 576 : to embrace ; to cowvince, 197 : to ovcrcome, to overpower ; to détermine, 576 : to corne to an end ; to discruciate, 700 : to torment, to torture; to prcfer, 546 : to put in front, to bring forwanl ; to revoie, 251 ; to call back.
- '* Words borrow'd of Antiquity doc len<l a kind of Majesty to style, and are not vviihout their lieiiglit soinetiines. For they hâve thc Authority of yeares, anti out of tluir iiitermission doc win to themselvcs a kind of gracelike ncwnessc. " Disco-veries. éibt. M. C!astelaiii, p. 98.
' Voir encore : The Painters art in thy Sciograp/iv, 34S ; Those thy Lust-burning bhuhi, 466 ; 1 see't in's puris naturatihus, i;o3 ; l'hc C'haplct, and tn,n\uhint lu-re
traduit littéralement l'expression latine, mais sa transcription anglaise n'en constitue pas moins un latinisme, difficilement intelligible pour qui ne se reporte pas à la locution initiale. Dans cette phrase :
Can we se farre Strav, to become less circiilar
Then we are now... 3 37? ^t. ix.
l'adjectif f/VcM/rtr, employé dans le sens de perfect^ complète^ self-sufficingy semble bien une réminiscence du vers de la satire d'Horace :
...et in se ipso totus, teres atque rotundus... II, vu, 60.
qu'il résume en quelque sorte ; de même que l'expression The God Unshorn (178, 957) ne laisserait pas d'étonner si l'on ne se souvenait GC l'épithète intonsus que les poètes latins appliquent volontiers à Apollon. ' Herrick va même jusqu'à façonner des néologismes classiques, des sortes d'hybrides comme en ce vers :
...and never... feare To sec my Lines Excafhedrated hère... ^ 168.
be, 54.0 ; A Paraiurticall, or Advisive Verse to his friend, M. John Wicks, 671 ; Sung in the high Doxologie of Thee, 757 ;... but you'l suppose By his Trobossis that he is ail nose, 887 ; Présent by Union Hvpostaticall, 1337-
1 Intonsum, pueri, dicite Cynthium...
Horace, Odes, I, xxi, 2.
Id., Epodes, XV, 9.
TibuUe, II, v, 121.
et. encore :
et :
Horace, Odes, I, i, 36.
et :
Dum...
Intonsosque agitaret Apollinis aura capillos.
...sic tibi sint intonsi, Phoebe, capiUi...
Knock at a Starre with my exalted Head, 613.
Sublimi feriam sidéra vertice.
'Tis sin, I know, 'tis sin to throtle Wine, 5°3-
Scelus est jugulare Falernum.
Martial, I, xix, 5.
- Le N.E.D. cite un autre exemple du verbe to excalhedrate, presque contemporain des Hespérides, mais employé dans un sens différent. Au lieu de signifier, comme ici, to condemn autlior'ttatinjely, ex cathedra, il veut dire plutôt to remo've from the cathedra, to dépose .- 1644, Bp. Maxwell, Vrerog. Chr. Kings, XIV, 135 : "Ergo in case of maleadministration by the Pope... why not excathedrate him too ?"
OU en cet autre :
That ncither haire was eut, or truc tcars shed
By me, o'r thee, {3.% Justments to the dcad). 82.
où il donne au mot justmcnts qu'il forme, et qu'il est le seul à avoir employé, le sens de cérémonies ou formalités ducs aux morts, de rites funéraires, du latin y«5/rt. '
A côté de ces formes savantes et recherchées qui eussent comblé d'aise Sir Thomas Hrowne, - Hcrrick fait place dans son vocabulaire à un certain nombre de termes simples et forts, de locutions populaires qui jettent leur note un peu rude au milieu de poèmes polis avec soin. Nous trouvons ainsi dans les Hespèrides : that cheape candie baudery^ 337 : dirt, smut ; bruckeVd children, 224 : wet and dirty, begrimed ; a pease that 'gins to ch'it^ 639 : to sprout ; wanton reaks^ 149, st. XII : freaks, pranks ; to strut thy barnes with sheafs ot wheat, 671 : to swell, to bulge out ; vi^hile the log is a-teend'tng^ 785 : being kindled, set light to ; by those soft tods of wooll, 768 : the old wool-weight, et par suite ici: the fleccy clouds ; x\\\% yonkei\, 171 : youngstcr. Parfois même nous rencontrons chez notre écrivain des expressions un peu communes, de braves vieux mots de terroir qui n'allaient pas, dés le XVIP siècle, sans quelque trivialité : And calls his blouze^ his queen, 773 : a beggar's trull, a slatternlv wench ; ...more blessed in thy brasse then land, 106 : money ; Therc will be a cudgell-play, | V\f\\crc?iCoxcomb v/'\\\ be brokc, 762 : a head ; Kisse our Dollies night and day, lii : mistresses ; Hut walks with dangling breeches, | And shewes his naked Jiitchis, 773 : sides, now only of bacon ; In a drie house ail things are neere : 477 : niggardlv, stingy ; sans parler enfin des vulgarismes énergiques, qui s'entassent dans les épigrammes.
Pour enrichir encore son vocabulaire, Hcrrick ajoute à ce " parler non tant délicat et peigné comme véhément et brusque " des mots soit nouveaux, soit pris dans une acception nouvelle, mais formés
' Le mot immensive (201, 6S6) n'est point, coinnif le suppose in;^ém'eusement Mr. Haie, (£</;/. cit., p. LXI), une création (ie Hcrriek, une contamination de immense et «le expansive ; il est simplement d'origine fran(,'aise, immensif', et le N.E.D. en donne trois exemples antérieurs aux Hcspeiidn (1604, 1622, 1635).
-' On sait que celui-ci déclarait avoir délibérément latinisé son vocabidairc "to reach into expressions beyond mère En^lish appréhensions. " /'«/çwr Erron.
toujours d'éléments classiques. Un de ses procédés familiers est de taire dévier légèrement le sens d'un mot pour lui donner une tournure en quelque sorte personnelle. Amber désignera d'abord la substance résineuse et aromatique, puis la couleur blonde ou àoxltç.^ flavus^ puis tout ce qui est clair, lumineux ou parfumé :
Treading upon ' Vermilion
And Ambcr... 284, st. 11.
Treading on Ambcr, with their silver-feet... 79.
Melting melodious words to Lûtes o{ Amber... 6j.
Feed on the paste of Filberts, or else knead And Bake the floure oî Amber for thy Bread... 819.
Le mot crearn présente dans les Hespèrides un sens assez indéfini : tantôt y domine l'idée de pur, d'excellent, de quintessentiel :
Part of the creame from that Religious Spring... 14.
tantôt le mot garde son sens propre et prend un sens métaphorique
tout ensemble :
...the creame of light
Like to a dew... 190.
A... Stream Bankt ail with Lillies and the Cream
Of sweetest Cow-slips filling them... 477-
...and thou shalt eate The Paste of Filberts for thy bread With Cream of Cowslips buttered... 522.
...the Posset shall be made With Cream of Lillies, (not of Kine)... 617.
Il en est de même pour certains adjectifs ^ ou certains verbes auxquels
' Un MS. (Harleian, 6.917) porte :
Throwing about Vermilion And Amber.
■' Tels que --white, qui a souvent, dans les HespériJes, le sens de favorable, de bon augure, heureux :
Ride on with ail ivhite omens... 77.
With ail luliite liick. to you... 213.
... till we blesse First you, then you, and both for ivhite successe... 314.
With thy most -white Prédestination... 406.
The "white Island : or place of the Blest ; 1258.
Herrick attache une signification spéciale, pour le verbe : to empire^ par exemple, qui apparaît dans les Hespèrides avec son sens ordinaire :
...and bravcly too ensptrc (With luscious Numbcrs) my mclodious Lyre... 210.
mais parfois aussi avec une extension du latin Inspirare un peu audacieuse, et particulière à notre poète :
...flowing garments '
Ensph-\l \\\i\\ Purple, Pearle, and Gold... lOli.
...thc Skies •
Shew'd likc to Creamc, /•»//>//• V with Strawbcrries... 202. '
Même quand il n'a point recours à ces mots rares, jolis, un peu précieux, et qui sont si révélateurs de son tempérament d'artiste, Herrick fait un fréquent usage de dérivés de toute nature, dont il forge lui-même un bon nombre, soit avec des préfixes saxons, " soit surtout avec des préfixes latins. ^ Il emploie à profusion, d'autre part.
Ce sens, on le sait, est imité du latin : candida omina, Properrc, IV, i, v. 67 ;
candida fata, Ovide, Tristes, III, 4, v. 34 ; candida pax, Tibulle, I, ic, v. 45. Voir aussi la signification, très voisine encore du latin re/igiosus : sacré, consacré, vénéré, que Herrick accorde à l'épithète re/igious dans :
Such religious Things
As were (timc past) thy holy Filitings... 22.
To the révérend shadc ot lus rt/igious Fathcr : 82.
To doe thc Rites to thy Rc/igious Tombe... Ih.
Whcn thou shalt laugh at my Religious dust... i ;8.
To thee, this my religious charge... 466.
' Non mentionné dans le A^. E. D. Mr. Saintsbury écrit à propos de ce tiernier vers {Edit. cit., I, p. 104) : " The use ot this word, beautitul enoui;h, is easier appreciated tban prosaically explained. Tlie common phrase ot " breathing colour in the cheeks " niay liave suggested it. "
- For: to fore-fend, 284. — Fore : fore-leader, 978 ; fore-right, jio; to fore-sound, 320. — Un.- unchipt, 1177 ; undreadfull, 324 ; unflead, 1177 ; unpcrplext, 613 ; unrude, 378 ; unsmooth, 570 ; unsober, 591 ; unsoft, 747. — Herrick a une affection particulière pour le préfixe be, qu'il emploie abondamment : hedabbled, 413 ; bedanf^linj;, 943 ; hedew'd, 263 ; befriii<,'ed, 1402 ; behung, 337 ; bepearl'd, 581 ; be-pimpled, loS ; bepranckt, 522 ; bcshivcr'd, 1133 ; besmears, 201 ; bespangling, 17S ; hespred, 259 ; bestroaking, 284; bestrufteil, 294; besweetned, 294; belhwack, 1052 ; bewash, 1027 ; bcwcaried, 337.
■' Circum .- to circumbind, 224 ; ciriuin-crost, 652 ; lircunifiankt, -46 ; circumfused, 179 ; circumgyration, 967 ; circummortall, 231, 445 (,UofY f/ian
^ro ROBERT HERRICK
les suffixes qui entrent dans la formation des diminutifs, dont il raffole véritablement. ^ Mr. Saintsbury s'est montré trop sévère, croyonsnous, à l'égard de ces diminutifs. - Sans que Herrick les ait toujours créés lui-même, ou employés consciemment peut-être, ces mots sont nettement représentatifs de notre poète, de son goût pour l'étrançe d'abord, pour le " recherché et le non-familier " comme il dit lui-même dans l'introduction d'un de ses poèmes féeriques, ^
mortal, superhuman, plutôt que 7nortall to ail around, fatally Jazzling) ; circumspacious, 963 ; to circumspangle, 805 ; circumstants, 197 ; circumvolving, 169 ; to circum-walk, 35. — Cum : commutuall, 181. — Co«/r<j .- counter-changed, 577; counter-proofe, 324; to counter-stand, 378. — De.- decurted, 899; dereliction, 1297. — Dis: disacquainted, 11 86 ; disadorn'd, 837 ; to discease, 1029 ; discomposed, 706 ; to discruciate, 700 ; disparkiing, 284 ; disposeresse, 717. — In : encarv'd, 450 ; inchristalled, 127 ; enclarited, 343 ; encolourings, 330 ; enfreez'd, ±x^ ; injewel'd, 284 ; immured, 466 ; to empearl, 444 ; to cnspangle, 517 , enspher'd, 824; to enstile, 466 ; intext, 653. — In, négatif: inapostate, iioi'; incanonicall, iioi ; incivility, 1005 ; incurious, 762 ; inconfused, 1321. — /«/^r .- inter-laid, 444 ; intertalkt, 264 ; enterplac't, 985. — Ver: perpolite, 967. — Tre : to présuppose, 395 ; pre-compos'd, 838. — Vreter : preternaturall, 757. — 'Pro .• progermination, 746. — Re : to readorn, 893 ; re-cloth'd, 643 ; to re-converse, 967 ; to re-deliver, 324 ; régression, 748 ; to re-guild, 185 ; to re-inspire, 872 ; re-meeting, 356 ; to re-possess, 962 ; repullulation, 795 ; to repuUulate, 337 ; repurgation, 509 ; to re-sojourne, 86; reworne, 516. — Super: supr'abundant, 103 ; sup'rabundantly, 119; sup'rabundance, 1257 ; to superlast, 406 ; to supervive, 548. — Trans : to trans-fuse, 328 ; transmutation, 210 ; trans-shifted, 593.
' -ling : firstling, 36 ; fondling, 23 ; kitling, 106, 200 ; shephardling, 2, 522 ;
steerling, 717 ; sweetling, 634 ; youngling, 251, 258. et : carkanet, 34, 460;
coronet, 216, 225 ; flagonet, 784 ; junket, 762 ; placket, 1027 ; pricket, 337 ; trinket, 224. — -l-et : armelet, 47 ; chamiet, 133 ; chaplet, 871 ; marmelet, 653 ; nerv'lit, 41 ; niplet, 190 ; quarelet, 75 ; ringlet, 666, ; rubelet, 653 ; thronelet, 820 ; zonulet, 1 14.
- " Herrick's diminutives hâve attracted... a great deal of attention .. But to me, at least, they seem to be caricatures by the author of its ovvn genuine spirit, mistaken attcmpts to emphasize, for the sake of the vulgar, faculties which he could display in a far better and more legiiimate manner... You may ofttimes see things as good in tarts. They are ail the more unfortunate that what they do emphasize, at least to the taste of the présent âge, is rather the mechanical and artificial side of Herrick's genius than the natural and poetic. " Edit. cit., pp. XLV-VI.
... things that are Curions, and un-familiar. 294.
du plaisir qu'il prend, en outre, à la grâce caressante, à la délicatesse menue, poussée rarement, mais quelquefois quand même, jusqu'à l'afféterie. Quoi de plus caractéristique que certains mots qu'il affectionne comme canticle (3H9, 416) ou panmcle (715), p'ipk'in (313, 1245) et p'ipkinnet (1260); que certains " superdimiinitifs " ' enfin tels que flosculct (319) et compartlement (653) ? -
On peut donc affirmer que le vocabulaire de Herrick présente une individualité bien marquée. Sans être très étendu, il abonde en vocables un peu cherchés, empruntés aux langues anciennes, à la lantjue latine surtout ; en mots toujours clairs cependant, l'invention du poète s'accommodant de la netteté et de la sobriété des termes classiques, ne violentant jamais la langue, ne profitant même pas de la latitude si courante à l'époque élizabéthaine, et si favorable en outre à l'inspiration, de former toutes sortes de mots composés. ^ D'autre part, et si imprégné qu'il soit de latinité, Herrick demeure avant tout un artiste verbal, créant des formes au hasard de sa fantaisie, façonnant . des hybrides sans nombre : affnghtment ow deserveUss^ to circumhind ou to foreiound^ to intertulk ou to bepearl. Les mots l'intéressent par leur
' L'expression est de Henri Estienne ('Precellence Ju Langage français. Edit. Huguet, p. 103) qui l'applique à ces vers de Belleau :
Pendant que les arondelettes De leurs gorges niignardelettes...
■ Le A^. E. D. fait à propos de ce dernier mot une conjecture qui nous paraît peu vraisemblable : covipartlement for compartiement ? Outre que compartiemetit est lui-même sans autre exemple, c'est méconnaître, nous semble-t-il, la fantaisie verbale si particulière à Herrick.
^ Les mots composés, dont les Hfspf'riJfs ne contiennent d'ailleurs qu'un nombre assez restreint, ne présentent aucun intérêt spécial. Ils sont formés très ordinairement d'un nom et d'un nom : 'virgin-flower, 1399 ; lip-lahour, 116+ ; lïlh-ltand, 149 ; ahln-luhher, 22+, — d'un nom et d'un adjectif : silkf-sof}, 37S ; cherru-rcd, 330, — d'un nom et d'un participe présent : care-iiharming, 255 ; plenty-Jropphig, 1 177 ; soul-tormenting, 453 ; silver-sheJiiing, 142, — d'un nom et d'un participe passé : moon-parc/it, 294 ; rubie-lipt, 33S ; silver-footeJ, 1029 ; sil'ver-nvrhted, 1029, — d'un adjectif employé adverbialement avec un verbe- soit au participe présent -. s-iveet-^i:arhling, 50 ; geiitle-lukiiig, 228, soit au participe passé : biack-bt-arded, 378 ; bold-fac't, 444 ; gteal-n'd, 444 ; green-fv'd, 106 ; thin-clad, 378, — tl'un adverbe et d'un participe passé : tvf/i-'ivea^>'d, 106. — On rencontre cependant quelques expressions heureuses telles que : bluihguiltiness, 838 ; t/ie duU-fv'd nig/it, 442 \ frah-quiltfd, 178 \ primrosf-tidc, 125.
valeur esthétique, leur couleur ou leur mvisique, autant que par leur sens. Les adjectifs savants tels que heautious, curions, fetuous le charment, par exemple, avec leurs riches voyelles doucement assourdies. Il n'est pas jusqu'à l'élément populaire, énergique et grossier, apparaissant par intervalles qui ne rende plus sensible encore cette recherche subtile.
La grammaire de Herrick ne présente aucune caractéristique vraiment marquante. Ce que nous y constatons aujourd'hui d'irrégulier était la règle ou à mieux dire l'usage courant au commencement du XVIP siècle en Angleterre. On peut noter néanmoins que notre poète ne fait plus qu'un emploi discret des licences grammaticales communément répandues à l'époque élizabéthaine. Il lui arrive encore d'interchanger les parties du discours, de transformer en \ erbe un substantif, ^ ou un adjectif ; ^ de faire d'un adverbe soit un substantif, ^ soit un adjectif, "* soit même un verbe, ^ mais ces formes, qui se rencontrent fréquemment chez tous les écrivains de l'époque, sont très espacées chez Herrick. De même nous trouvons dans les Hespèrides quelques pluriels saxons, '^ de nombreux noms de choses employés avec l'inflexion du génitif, des comparatifs sans complément et qui ne font ainsi que renforcer le sens de l'adjectif, '^ un double superlatif. *^ Citons enfin quelques rares exemples d'irrégularités comme Manners /^owes distance (378), qui est peut-être un dicton familier conservé sous cette forme vulgaire, " ou comme The
' You hâve Biihoft it (a pocm), 168 ; the sunne | Corrols his cheek, 619.
" to (jiiick action, 128 ; one drop now deads a spark, 113.
' and know thy iv/ien | To say Amen, 214.
* their e-uer flourishing, 78 5 for seldome use commends the pleasure, 106.
' we'I aivay, 477 ; we must o«, 337 ; both will throug/i, 286.
'' kine, 617} eyne, 444. Voir aussi l'emploi assez rare de maid, masculin :
Because l've lived so long a maid... 236.
' To beare away | The richer Couslips home, 275 ; those cooler shades of love, 178 ; the harder Fates deny'd | My longer stay, 180 ; thy w^aw^r Minstralsie, 2. Cette forme, dont on trouve d'autres exemples à l'époque, dans Shakespeare entre autres et dans Jonson, est un latinisme bien connu.
*^ Supreamest, 14, 1029.
"On sait que l'ancienne désinence pluriel du présent de l'indicatif était -?; dans les dialectes du Nord, et -eth dans ceux du Sud.
feast of shepheards fa'il (422), le verbe, par une sorte d'attraction, s'accordant ici avec le nom le plus proche, et non avec son sujet. ^
La construction de la phrase semble également, au premier aspect du moins, peu compliquée. Une grande clarté y domine. Les ellipses sont peu fréquentes et demeurent toujours facilement intelligibles. ■ Herrick qui, dans ses poèmes moraux ou religieux, use presque uniquement de la phrase carrée, aux angles bien nets, l'emploie souvent aussi dans le reste de son œuvre, l'équilibrant encore soit avec des sortes d'ablatifs absolus, •* soit avec des auxiliaires, des adverbes, ou des pronoms explétifs, ' au point de rappeler par endroits la simplicité du langage populaire. Puis, à y regarder avec plus d'attention, un autre aspect, tout différent du premier, se révèle. Cette construction de la phrase herrickienne est loin d'être aussi simple qu'elle ne voudrait le paraître. Sans doute, elle ne va pas jusqu'à la complexité que l'on rencontre dans certaines pièces de Donne, et Herrick ne se soucie jamais de l'aide mystérieuse que peut fournir à l'écrivain l'obscurité d'une phrase abondante, qui se replie sur elle-même, et suggère plus de choses qu'elle n'en exprime. Il aime néanmoins, surtout
' Cf., dans Shakespeare encore : " Of lus bones are coral made " {The Tempat, I> •'> 397)» ce que Abbott {A Shakespearian Grammar, 1870, p. 298) appelle " a confusion of proximity. " ' Ainsi :
That mnn's unwise will sc.irch for III
And may prcvcnt it, sitting stilL.. -•
Une forme aussi écourtée que la suivante est extrêmement rare dans les Hapf'riJes : But look, how cach transgrcssor onward wcnt Boldly in sin, shall fecl more piinishment... 'Î57'
Pour : cinJ so lie s/uill. Sjornalé par Mr. Saintsbury, e'ilit. cit., vol. II, p. z^ô.
' The words founJ truc, C. M. rcmcmbcr me... 79.
But that dcni'd, a grict, thoiigh small,
Shakes thc wholc Root'c or ruines alL.. 396.
* Sec how thc poore do waiting stand... \^i.
If 80 be, you ask me wherc
Thcy doc grow ? I answcr, Tlicrc,
Wherc my Julia's lips doc smile... >J.
Who is pcnurious, hc shall still be poorc... 64.
Art présupposes Nature : Nature shee
Prépares thc way for nians docility... 39Ç.
^r^ ROBERT HERRICK
dans ses poèmes purement personnels, les phrases souples, comme molles et nonchalantes. Il vise, de propos délibéré, à la familiarité. Pour éviter tout semblant d'affectation, il emploiera des tournures un peu lâches, faciles, et que l'on dirait empruntées à la conversation courante;' il aura recours à un grand nombre d'incises,^ dont quelques-unes se rattachent assez mal au mot qu'elles déterminent ; ^ il disposera les mots dans son vers selon un ordre tout fantaisiste, un peu enchevêtré môme, ^ comme s'il n'avait point pris le temps de chercher la forme définitive de sa pensée. Si Herrick, le " fils " de
' As Julia once a-shinib'ring lay,
It chanc't a Bee did Aie that way... 182.
But (sweet things) ye must be gone ;
Fruit, ye know, is comming on... 189.
But if fiâmes best like ye, then
Much good do't ye Gentlemen... 290.
Away with silks, away with Lawn,
Ile hâve no Sceans, or Curtains drawn... 403'
Since se it is ; Ile tell thee what... 426.
No places are (This I am sure)
Secure... 597-
* I Write of Hell ; I sing (and ever shall)
Of Heaven, and hope ta hâve it after ail... i.
And when (though long, it cornes to passe)
You question with your Looking-glasse... 164..
I hâve Mirtle rods, (at will)
For to tame, though not to kill... 239.
Since which (beleeve the rest)
The Roses first came red... 259.
' ...the Caule
That doth the Infants face enthrall When it is born : (by some enstyl'd The luckie Omen c.f the child)... 444.
* Smooth Anthea, for a skin
White and Heavcn-like Chrystalline... 39.
A Cufte neglcctfuU, and thereby
Ribbands to flow confusedly... 83.
Loth to départ, but yet at last, each one
Back must now go to's habitation... 356.
Ben Jonson, semble se rapprocher parfois des néo-classiques, il se sépare d'eux nettement par la qualité de son vocabulaire, d'abord, si riche en néologismes " curieux, " mais surtout par l'arrangement de ses phrases où, laissant de côté l'éloquence et la logique, il se soucie du seul pittoresque et érige le " charme du désordre, " sweet disorder^ en principe essentiel de son art poétique. '
Cette recherche du pittoresque se manifeste en outre dans les images et les métaphores préférées de notre écrivain. Le sensualisme prédomine chez Herrick, sans mysticisme d'aucune sorte. La mythologie, dont il fait un constant usage, apparaît dans son œuvre comme ensoleillée. Elle abonde en légendes amoureuses : celle de Danaé enfermée par son père dans une tour d'airain, où vient la visiter Jupiter en un nuage d'or (298) ; celle d'Orphée et d'Eurydice (799) ; celles des trois Parques, les ÏV/n-d Slsters comme les appelait Gavin Douglas traduisant Virgile, mais qui, dans les Hespérides^ deviennent de gracieuses jeunes filles :
Thrce lovely Sisters working vvere
(As they wcrc doscly set) Of soft and dainty M.iiden-haire
A curious Armelct. ^
Toutes les divinités antiques «lont la Renaissance avait comme recréé le culte ne sont plus pour Herrick que des motifs de décoration. Jupiter est un vert galant qui, au cours de ses aventures, revêt mille aspects divers. ^ Sa compagne, Junon, somptueusement
Then cause wc Horace to be read, Which sung, or seyd, A Goblct, to thi- brim, Of Lyrick Winc, both swcllM and crown'd, A Round Wc quarte to him. ^\^.
The Rose was sick, and smiling di'd ;
And (beinp to be sanctiti'd)
About tlic Red, there sighing stood
The sweet and flowric sistcrhood... 687.
' Ce point nous a été indique par Mr. Legouis. ' 47, The Parcae, or, Thrce dainty Destinies.
^ Ile corne to thcc in ail thosc shape»
As love did, when he made his rapcs... 152.
^cS ROBERT HERRICK.
parfumée, ^ protège les jeunes époux au soir des noces. ^ Apollon, le resplendissant Apollon aux longs cheveux, " seigneur et maître de la Lyre" (304, 872) ravit par ses chansons tous les poètes, ses sujets (389). Diane part pour la chasse, sa tunique haut levée sur ses jambes :
With Buskins shortned to descrie
The happy dawning of her thigh... 142.
Vénus enfin, "qui sait la meilleure façon de dénouer la ceinture des vierges " (i 49), repose mollement dans la couche que forme un nuage :
...that rides in state Part Ruby-like, part Candidate... 816.
Herrick aflfectionne encore les allusions empruntées à l'antiquité, quelles qu'elles soient. Il compare Sir John Berkley à Hector (746), et Endymion Porter à Fabius, Cotta et Lentulus (117). Il rapproche Caton le sage, le sévère, le rigide (8, 197, 963) de Brutus (45773)> et Héliogabale de Sylla (784). Il oppose Lucrèce à Laïs (587, 886). Il se moque dé Cassius^ that weak water-rlrinker [igj). Il propose en exemple " la chaste reine d'Ithaque " (466) et Ulysse, qui sut traverser les tempêtes (71). Ou bien il emploie, même à propos des choses la plus modernes, toutes sortes d'images anciennes. Ses vers sont " dignes d'êtres trempés dans l'huile de cèdre " (128, 165, 1408).
We are the Lords of Wine and Oile,
s'écrie-t-il parmi les paysans du Devonshire qui :
Crown'd with the eares of corne, now come
And, to the Pipe, sing Harvest home... 251.
Il reprend la même expression dans le poème " à son ami M. John Wicks" :
...'tis a life, to hâve thine oyle, Without extortion, from thy soyle... 671.
... how Jove Put on ail shapes to get a Love...
As now a Satyr, then a Swan ;
A Bull but then ; and now a man... 617.
More white then Pearls, or Juno's thigh... 105.
Nor can Juno sweeter be
When she lyes with Jove, then she... 155.
As when to Jove Great Juno goes perfum'd... 415.
et la développe ailleurs, jusqu'à l'extravagance, promettant à l'homme pieux qu'en échange de ses prières :
Butter of Amber, Crcam, and Winc and Oile
Shall run, as rivcrs, ail throughout thy soyl.
Wod'st thou to sinccre-silver turn thy mold ?
Pray once, twicc pray ; and turn thy ground to gold. 371.
Partout c'est la couleur seule que recherche Herrick, sans se préoccuper, comme Ben Jonson, de bourrer ses poèmes d'allusions érudites qui en rendent la lecture si ardue, qui indisposent même le lecteur en lui rappelant trop souvent son ignorance ; sans y apporter non plus la culture raffinée de Milton, ni attacher, comme l'auteur du Cornus^ une signification spirituelle aux dieux antiques. Herrick est sous le charme de ces mots où survit un peu du passé, dont la musique seule le captive avec ses sonorités somptueuses et un peu étranges. Ecoutez-le répétant les mêmes vocables harmonieux :
I sing. . .
Oî Balmc, of Oyic, oï Spice, and Amber-Greece... I.
That breath thc Balm, the MyrrA, thc N art^ sha\ bc... 328.
The Storax, Spiknard, Myrrhe and La dan u m... 486.
This Camp/lire, Storax, Spiknard, Galbanum :
Thèse Musks, thèse Ambers, and thosc othcr smells
(Sweet as thc Vestric ofthe Oracles)... 41 v
Tous ces mots magnifiques, richh aromaticol (155), enchantent notre sensualiste. La fable antique n'est plus pour lui qu'une source d'images matérielles ou de comparaisons \()luptueuses, qu'un prétexte en somme, et comme un dessin banal qui lui permet d'étaler ses plus fraîches couleurs. On dirait un désordre d'oripeaux vieillis et fanés où apparaît, par endroits, un coin de chair rose.
Très souvent, d'ailleurs, Herrick se libère des conventions mythologiques. Son style alors est vif et alerte. On y retrouve quelques images peu originales — qui étaient loin cependant d'être aussi ressassées au XVII'" siècle qu'elles ne nous le paraissent aujourd'hui ' — mais presque toujours ses comparaisons sont empruntées tout naï\e-
' Daniaskt nicdowes, 106 ; Mcadowcs pcailM witl» Dcw, 1069 ; ficlds cnainclcd with flowers, 106 ; thc spaii^linj; Dcw, 371. — Voir encore les iinaj;es astrologiques, si banales clans toute la poésie du temps ( Fo tlu- niost Illustrious... Prince Charles ; 133, 215, 28+ st. xvi, 525, 962.)
ment à la nature rurale, et sentent bon comme un matin d'été. En voici quelques-unes, cueillies presque au hasard :
...when we are lost Like to a Deaw, or melted Frost... 671.
There be in Love as man\- feares
As the Summers Corne has eares... 254.
A Savour like unto a hlessed field,
When the bedabled Morne Washes the golden eares of corne... 284.
How each thing smells divinely redolent !
Like to a field of beans, when newly blown ;
Or like a medow being lately mown... 4.22.
D'autres fois, les images de Herrick sont empreintes d'une féminité délicate :
Lady, now appeare Like to the peeping spring-time of the yeare... 260.
So you, sweet Lady (svveet as May)... 319.
ou même, comme en cette figure qu'il affectionne, d'une chaude sensualité :
Like to a slumbring Bride... 245.
...the warm soft side Of the resigning, yet resisting Bride, The kisse of Virgins ; First-fruits of the bed ; Soft speech, smooth touch, the lips, the Maidenhead : Thèse, and a thousand sweets, co'd never be So neare, or deare, as thou wast once to me.., 128.
Softly panting like a Bride... 671.
Les épithètes de Herrick sont aussi caractéristiques que ses images. Notre écrivain, qui évite le qualificatif facile, destiné seulement à arrondir la phrase, qui compose des morceaux où n'entre pas un seul adjectif, se complaît, en d'autres endroits, à en emplir son vers tout J entier. Même dans ce cas, ses épithètes sont rarement banales. Elles constituent les éléments divers d'un portrait :
An old, poore, lying, flatt'ring man... 108,
Elles se renforcent les unes les autres, relices par quelque allitération :
For some fresh, fragrant, luscious flowers... 182.
My many fresh and fragrant Mistresscs... 613.
A blushing-pretty-peeping Rubelet... 653.
Thèse precious-pearl}-purling tcarcs... 149, St. m.
So smooth, so sweet, so silv'ry is thy voicc... 67.
Quand elles sont employées seules, elles sont en général précises, descriptives, comme une image qui serait condensée en un seul mot. The smoaking villages (1181), qui est peut-être une réminiscence virgilienne, ^ évoque, en même temps qu'un joli tableau simple et vrai, la joie du voyageur qui revient au village et aperçoit de loin les colonnes de fumée montant des chaumières ; a hen creeking day by day (725) exprime le caquet spécial, rapide et perçant, de la poule sur le point de pondre ; a rnichtng mouse [Ib.) nous montre la souris qui se fait toute petite, et guette, tapie dans son trou, le départ du chaton aux yeux \erts, tlie green-ey^d kitling ; the chining grosshopper (294), marque le cri strident du grillon, et en indique même, mieux que ne ferait le mot courant : c/iirpingy le caractère continu et monotone. " Ailleurs encore, les épithètes de Herrick frappent, soit par leur naïveté : she (the hen) goes her long white egg to lay (725)) soit au contraire par leur recherche assez heureuse : the tempestuous petticote (83) ; the shepherds fleecïe happiness (2) ; ^ soit par le contraste
' Comparez en effet les vers des HespvriJes :
I kenn my home ; and it affords some case To sec far urt the smoaking villages...
à la fin célèbre de la première Bucolique .-
Et jam summa prociil villarum culmina fumant, Majorcsquc cadunt altis de montibus umbrac.
=* Sign. par le N.E.D.
•■• The /mppitiess denved from thàr fleecciy naturellement. Cf Milton, Comui .-
...not ail the flcecy wcaith That doth enrich thèse downs is worth a thought To this my errand... vv. ^04-06.
Peut-être conviendrait-il de signaler également en cette place l'épithcte iv.irtY .couvert de verrues, d'où hérissé, rugueux, applii)uée |>ar Hcrriik au Dean Kourn, le torrent qui traverse Dean l'rior :
Ucan-Hourn, tarcwell ; I ncvcr look to sec
Dcanc, or thy warly incivility... 86.
qu'elles présentent avec le substantif qualifié : a wild civility (83, 561); a civil -wildernesi (245, 666) ; wisely wanton (290) ; cleanly wantonness (i), rt wild digestion (444), toutes expressions si caractéristiques de la tendance de notre poète à la familiarité voulue, au négligé habile, au caprice pittoresque si ingénieusement ingénu ; à moins qu'elles ne réussissent à produire l'effet cherché par la place seulement qu'elles occupent dans le vers :
To my prettv Witchcrafts ail... 19.
A CufFe neglectfull... 83.
She has Virgins many... 205.
Poore Girles, neglected... Ib.
Your poor estâtes, alone... 275.
Tels sont donc les principaux aspects du style de Herrick. Il est, sous sa simplicité apparente, extrêmement souple et varié. Il est composé de mots choisis souvent pour leur charme propre, de mots un peu superficiels, qui n'étreignent point la pensée, qui semblent plutôt folâtrer avec elle, tout comme :
. ..that rich haire Which wantons with the Love-sick aire... 160.
Il tâche à rendre, en touches délicates, des nuances claires. Il choisit, parmi les mille détails d'un tableau, deux ou trois traits seulement, et des multiples replis d'une idée ne laisse paraître que les plus jolis, ou les plus lumineux. Il butine, sans jamais épuiser la matière, au point même que les odelettes exquises des Hespèrides pourraient, très souvent, être développées en d'importants morceaux.
Si léger ainsi que soit ce style, gardons-nous toutefois de parler, comme on l'a fait, de " sa fraîcheur et de sa grâce sans étude. " ^ Herrick, qui a volontiers recours à la mélodie et à la couleur mystérieuses de certains noms : cedar^ daffodil^ drosomel^ infanta^ margent^ marjoram^ tijfany^ trental ; ou de certaines épithètes : dainty, dewy, fresh, fragrant, curions, hashful, wanton, n'hésite pas d'autre part à
Ceci est la leçon de deux des exemplaires de l'édition originale, 1648, que nous avons eus entre les mains. Un troisième, cependant, porte : nvatry. Cette correction, qui n'est peut-être point de Herrick, nous paraît nettement inférieure à la première forme, autrement précise et pittoresque. ' J. H. B. Masterman : Tfie Age of Hilton, p. 96.
faire usage de durs et exacts vocables latins. Toute sa subtilité entre ■en jeu alors pour les disposer au mieux dans son vers. Tantôt il leur donne un sens concret, finement pittoresque :
A sweet Nativity of flowers... 568.
Tantôt il semble condenser en eux toute sa pensée, il les place en évidence dans ses poèmes, dans ceux surtout dont le rythme court fait paraître ces mots plus considérables encore :
Bid me to livc, and I will livc
Thy Protestant to be... ' 268.
Hère shall my endlcss Tabernacle bc... 156.
A Résurrection unto yc... n.
So sup'rabundant joy shall be
The Executioncr of me. 103.
Herrick excelle en particulier à manier les volumineux substantifs en -tiouy à tirer parti de leur sonorité majestueuse, à varier leur force selon la place qu'ils occupent dans le vers :
A Rénovation of the West by Thcc... 757-
The holy incantation of a verse... 8.
That liquéfaction of her clothes... 780.
Unto that watrie Désolation... 35.
Remarquez encore la valeur différente que prennent des mots comme immortal et eternal^ comme cternii\ et infinity suivant qu'ils se présentent au commencement ou à la fin d'un \ers, et observez l'effet que notre écrivain a su tirer de ces délicates nuances :
Immortall clothing I put on So soonc as, Juliii, I am gon To mine etcrnall Mansion... 820.
O Yeares ! and Age ! Farewell :
Behold I go,
' On a beaucoup discuté sur le sens du mot 'Proifstant dans ce morceau. Voir Notes aihl Oiieries, Dec. 26, 1874. .Au sens premier : celui qui arfirme hautement, qui proteste fièrement et publiquement (cf. n"" 154 et 179), il faut ajouter ici, comme le pense Mr. Legouis, l'idée religieuse. Si Anthéa dit i Herrick de vivre, il vivra pour être son tlévot fidèle, il l'adorera ile\aut tous, et proclamera sa tlivinité ; si elle lui dit de l'aimer, cette distance respectueuse sera supprimée, et il sera son amoureux, tout simplement.
i62 ROBERT HERRICK
Where I do know Infinitie to dwell.
And thèse mine eyes shall see
Ail times, how they
Are lost i' th' Sea Of vast Eternitie... 1 188.
Comme on le devine, un tel bonheur d'expression ne va pas sans un lono; et opiniâtre travail, lahor improhus^ auquel Herrick lui-même n'a point manqué de faire plusieurs fois allusion. ^ On s'en rend compte aisément, d'ailleurs, en comparant la première version des poèmes qui circulèrent en manuscrit, et qui nous ont été conservés sous cette forme, avec la version définitive, telle qu'elle fut imprimée en 1648 dans les Hespèrides. Celle-ci est, sans exception, supérieure à celle-là. Les variantes, qui sont nombreuses, révèlent le soin méticuleux avec lequel Herrick a corrigé ses premiers essais, renforçant les passages faibles, ou même les supprimant courageusement. Nous ne nous proposons point de recommencer ici le travail de collation qui a été fait déjà par les éditeurs successifs de notre poète : Grosart, Mr. Pollard et Mr. Saintsbury. Quelques exemples typiques cependant pourront n'être pas inutiles.
Dans un manuscrit conservé à la Bodléienne, et qui contient le
' En l'absence de l'inspiration, il relit, nous dit-il, ce qu'il a écrit :
What can I do in Poetry,
Now the good Spirit's gone from me?
Why nothing now, but lonely sit,
And over-read what I hâve writ. 335.
Il présente'aux Grâces cette requête :
Fonder my words, if so that any be
Known guilty hère of incivility ;
Let what is graceless, discompos'd and rude,
With sweetness, smoothness, softness, be endu'd... Ç'S-
et il adresse à Julia ce billet qui en dit long sur son idéariittéraire : Julia, if I chance to die Ere I print my Poetry ; I most humbly thee désire To commit it to the fire :
Better 'twere my Book were dead, Then to live not pcrfected. 59,
poème intitulé In 'Praise of the Country Life^ ' se trouvent ces vers :
But still thy wife, by chaste Intentions Icdd, Gives thee each night A Maydcnhcad
And in thy sence, hcr chaster thoughts commcnd Not halfe so much the Act, as end...
dont le dernier couplet a disparu, sans dommage aucun, des Hespêrides. ^ Les versions manuscrites de His Fare-well to Soik (128) et de The IVelcome to Sack{i()~) présentent avec le texte définitif des différences notables. La première, ^ contient, par exemple, ce vers redondant :
Of the vet chaste and undcfilcd bride
qui sera remplacé joliment par :
Of the resigning, yct rcsisting bride. v. 6.
Le IVelcome to Sack est conservé en quatre manuscrits ' sensiblement pareils, tous inférieurs au texte authentique, dont ils paraissent n'être qu'une ébauche inachevée. De J Nuptiall Song, or Epitluilam'uy on Sir Clipsehy Crew and his Lady (284), nous possédons deux manuscrits à peu près semblables, * mais présentant cette fois un intérêt très réel. Ces deux versions contiennent en effet sept strophes que Herrick a omises dans son texte de 1648, '' dont quelques-unes renferment des vers qu'on ne laisse pas de regretter, comme :
...wcll shc knowcs hcr hart's at home, hovv ère she goes. . .
...implyc like strcames w''' floue encurl'd togethcr, and no difterence showe
' As/imole 38, N" i 10, fol. 90 r"-9 2 r". — Voir à YAppetiJice E une bibliographie, aussi complète que nous avons pu l'établir, des manuscrits de Herrick.
^ 106, A Country-life : to his Brother, M. Tho : Herrick.
' Sloane MSS. Musée Britannique. N" 1446, fol. 17 v"-i8 r". — Raiilinson MSS. Bodléienne. N" 160, fol. 165, r" et v" : M. Herrick His farewell to Sack.
' AiUitio/ial MSS. Musée Britannique. N" 19.268, fol. 39 v"'-40 v". — Hur/niin MSS. Ib. N» 6931, fol. 61 r"-62 v". — Rar^'linson MSS. N" 26, fol. 89 v"-9o v".— Ib. N" 160, fol. -.65 v"-i66 v".
'- Addilional MSS. N" 25.303, fol. 141 v"-i45r". — HarUian MSS. N^ôçiy, fol. 10 rO-n V».
^ Reproduites par Mr. PoUartl, f'dit. cit., vol. I, pp. 284-293.
in theyr most silver run, run ' into yo'" selves like wooll together spunn... wellcom at laste unto the thresholde ; Tyme thron'd in a safFron eveninge seems to chyme ail in ; kisse and soe enter,..
Tout en reconnaissant ce que cette suppression en bloc de soixantesept vers " a dû coûter à Herrick, on ne peut que l'approuver d'avoir su se résigner à ce sacrifice. Son poème, si somptueux et si complexe, n'a fait que gagner à être réduit de vingt-trois à seize strophes.
Une lecture parallèle des autres manuscrits et de la leçon définitive des Hesphides nous conduit au même résultat : partout la version première a été retouchée, écourtée souvent et toujours améliorée, qu'il s'agisse de Obérons Feast (2 94),^ ou de Obérons Palace (444),* de la grande ode horatienne His Age^ dedicated to his peculiar friend^ M . John JVickes^ under the name of Posthumus (337),^ ou de la ballade The mad
' Nous citons d'après le Adti. MSS ; le Harleian MSS porte, pour le même vers:
In their silver waters runne - La strophe 6 des MSS. est incomplète, et ne contient que 7 vers. ' Ce morceau est, au point de vue où nous nous plaçons ici, particulièrement intéressant. Il apparaît pour la première fois en 1635 <^lans : A Description of the King and Queene of Favries (Reproduit dans l'Appendix I de notre thèse complémentaire : An Essay on Englis/i Fairy Poetry, owv. cit., pp. 209-10) et y comprend 32 vers. Dans les manuscrits de Londres : /li/^///'o«(3/ M55'. N° 22.603, fol- ^i r"-62 r" ; et d'Oxford : Ashmole 38, N» 1 17, fol. 100 r"-ioi r", et Raivlimon MSS. N" 160, fol. 169 v"-i7o rf, le texte s'est développé, et en contient 58. Les suppressions faites dans la version définitive ramènent le poème à 48 vers.
* AdJitional MSS. N" 25.303, fol. 157 r»-i59 r" 5 ^b. N» 22.603, fol- 59 r^-^i r";
Ashmole 38. N" 1 18, fol. loi r''-io5 r» ; Raiulinson MSS. W 160, fol. 167 r"-i68 v».
^ Egerton MSS. Musée Britannique. N** 2725, fol. 72 v"-74 v". Mr. Pollard, qui
a découvert ce MSS, a remarqué qu'il contient 2 strophes qui seront omises en
1648. Voir édit. cit., vol. I, p. 302. Cf en outre quelques variantes intéressantes :
MSS : But vanisht man
Like a lost maydenhead...
Hespérides : Like to a Lilly-lost...
,ou encore :
MSS : When I am bruised on the shelfe
Of time, and read
Eternall daylight ore my head...
Hespérides : ...and show
My locks behung with frost and snow.
M (liai, ^««^(413), ' de The parting Veru-^ or Charge to his supposed JVife when he travelled (466), - ou de Charon and Phylomel^ a Dialogue sung (731)."^ Partout nous nous trouvons en présence de simples ébauches, datant d'époques différentes peut-être, mais que Herrick ne cessa de remanier jusqu'à la publication de son recueil, en 1648. Partout nous le surprenons se livrant au délicieux travail d'écrire, affinant peu à peu sa pensée sous sa plume diligente, poursuivant tenacement le mot propre, le verbe vi\ant ou l'épithète pittoresque, et ne s'arrétant jamais avant de les axoir atteints.
Ce souci du style achève de séparer Herrick de ses contemporains, et récarte décidément des poètes lyriques du temps de Charles I"", écri\'ains négligents comme Lovelace, voire même dédaigneux comme Sir John Suckling. Si différent qu'il soit de Ben Jonson, il ne laisse pas de mettre en pratique un certain nombre de ses préceptes, de polir, entre autres, et de repolir sans cesse son ouvrage. Herrick travaille longtemps à son livre. Il ne le publie que très tard, en 1648, aux approches de Ja soixantaine. Il reprend patiemment chaque morceau, pour en parfaire l'expression, devenant plus scrupuleux à mesure qu'il avance en âge, passant des somptueux poèmes descriptifs de sa jeunesse aux ariettes savoureuses de sa maturité, pour aboutir à ces couplets gnomiques où
1 Harleian MSS. N" 6917, fol. 48 v"-49 r".
^ Additional MSS. N" 22.603, fol. 41 v"-43 r" ; Ashmole 3S. N" m, fol. 93 r"-94 r" ; Ran.vl\mon MSS. N" 160, fol. 47 v"-48 v".
' Ra-ivlinson MSS. N" 65, fol. 32 r". — Voir encore le manuscrit de The (iiscription of a nvoman, Ashmole 38. N" 109, fol. 88 r"-89 r", qui contient 30 vers de plus que la version ])ubliée dans If'itts Récréations (1645). A propos de ce dernier recueil, Grosart, ayant reiiiar()ué qu'un Kra"<l nombre de poèmes de Herrick, 62 selon lui, y avaient été publiés, avait loni;uement collationné les »leux textes {Mémorial-Introduction, pp. CXXX-CXLIII). Mr. Pollard ajouta cette très importante correction que, si la première édition de If'itts Récréations date bien de 1640, elle ne contient aucun poème de Herrick, non plus que la seconde édition de 1641. Une troisième édition, en 1645, renferme A Farexvell to Saci, 128, et The Description ofa It'omun, qui ne fut pas réimprimée dans le volume de Herrick. Ce n'est que dans l'édition de 1650, deux ans par C()iiséi]uent après les Hesp&ides, que fuient republiés, et iioti publiés pour la prenuère fois, 7 3 épigrammes et poèmes de Herrick. La cinquième étiition de 1654 en ajouta encore 10 autres. Voir, sur cette question, Pollard, /.///. cit., vol. \l. Herrick' s Poems
in ll'itts Récréations, pp. 316-21.
il enfermera quelque sentence politique, morale, ou religieuse, et qui offrent le type déjà du style néo-classique. En même temps, par suite de cette paradoxale dualité à laquelle il faut toujours revenir, et qui est la caractéristique essentielle de notre poète, sa spontanéité, la fraîcheur et la finesse de ses impressions, son indépendance demeurent intactes et l'élèvent très haut au-dessus des écrivains du milieu du siècle, de Charles Cotton et de Thomas Stanley, de l'éloquent D'Avenant et du correct Waller lui-même. Herrick y perdit la popularité qu'il aurait pu partager avec eux, mais il y gagna de demeurer le poète exquis qu'il prétendait être, et la faculté d'écrire, en plein XVIP siècle, des pièces tout animées d'une mystérieuse et caressante douceur, celle par exemple que lui inspirent les Prairies^ délaissées qi'and vient l'hiver (275), ou les Fleurs du Cerisier à la fin du printemps (189), celle-ci encore dont la tendresse fait songer déjà, ainsi qu'on l'a noté, aux Chansons cr Innocence de W. Blake :
J Grâce for a Child.
Hère a little child I stand,
Heaving up my either hand ;
Cold as Paddocks though they be,
Hère I lift them up to Thee,
For a Benizon to fall
On our méat, and on us ail. 1225.
Le style de Herrick, en un mot, nous montre l'action que peut exercer sur le plus impressionniste des poètes la culture ancienne, et comment elle réussit à hausser son émotion, quelquefois, jusqu'à la beauté pure.