LA MÉTRIQUE
La métrique poursuit et achève ce qu'avait commencé le langage. Le son des mots, le rythme de la phrase, sa forme métrique proprement dite contribuent, autant que le style lui-même, à exprimer la pensée du poète. Ceci s'applique surtout à la poésie Ivrique où l'élément musical est, par définition, essentiel. Non seulement la versification y est intimement liée au style, naît et croît avec lui, mais il arrive que la langue soit nettement influencée par les tendances du mètre, qu'elle se conforme à lui, qu'il la précède même dans l'esprit du poète, les idées et les sentiments étant alors suscités en quelque sorte par le mystérieux appel du rythme. C'est donc la seule insuffisance de nos méthodes d'analyse qui nous force à étudier séparément le style et la métrique. Sachons bien, au surplus, que ces divers éléments que nous allons tâcher de dissocier dans les Hespérides : la mélodie si nuancée du langage, la souplesse du rythme, la variété des types métriques sont, dans la réalité, solidaires, indissolublement enchevêtrés, agissant et réagissant les uns sur les autres, et que le danger est grand de vouloir ainsi abstraitement les séparer. Que reste-t-il de la marguerite, si fraîche et blanche dans la prairie \erte, que coupent au microtome nos minutieux botanistes, ou qu'ils enferment seulement dans leur herbier :
Nous avons remarqué déjà, à propos du style de Hcrricic, le retour fréquent de certains mots que notre écrivain choisit pour leur charme particulier, qui est autre chose que leur sens net, et qui même peut n'avoir avec lui que de vagues rapports. Herrick en cftet se montre très curieux des affinités qui existent entre la valeur des sons et la valeur émotionnelle il'un mot ou d'une phrase. ' Ces corrélations, on
' Consulter : Paul Verrier : Esstti sur lu prinàpis ./»■ A» mftriquf anifliiisf.
le devine, sont assez difficiles à déterminer. Elles consistent dans le jeu combiné des consonnes et des voyelles, et dans la fusion des rei^sources innombrables de la matière phonétique. Elles n'ont le plus souvent rien de délibéré. Elles évoluent avec le sentiment du poète, et en suivent les moindres inflexions. Elles sont, en un mot, l'écho direct et comme la chanson même de son âme.
La mélodie qui provient des consonnes seules est la plus simple, et elle est fréquente chez Herrick. Elle consiste en une allitération d'un eflfet facile et voulu :
... and piping please The poore and private Cottages... 2.
I sing of Brooks, of Blossomes, Birds and Bowers... I.
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A curious-comely clean Compartlement... 653.
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Plus souvent cependant l'allitération se complique. Notons déjà, dans les quelques vers qui précèdent, les combinaisons des b et des s dans le second exemple, des c et des liquides /, w, «, r dans le troisième. Ou bien, et sans que le poète semble l'avoir cherché, les consonnes contribuent à la mélodie du vers par la seule correspondance physiopsychologique entre le son et le sens. Ainsi les occlusives sonores comme />, /, r, k^ ou sourdes comme h^ d, g, qui heurtent l'air avec plus ou moins de force, marquent, en saccadant la phrase, tantôt un mouvement sec comme le claquement d'une jupe au vent :
In the tempestuous petticote... 83.
/ /> / p tt c t
tantôt, par le mélange des sonores et des sourdes, un murmure adouci comme le ruisselis de l'eau sur les galets : As purest Pearles, or Pebles do
When peeping through a Brooke... 825.
Première Partie, Paris, 1909, dont nous avons adopté nous-méme et tenté d'appliquer dans ce chapitre les conclusions générales.