‹ Robert HerrickChapitre 66 sur 88 · LA CHRONOLOGIE DES- I/ESPÉRIDES · texte numérisé non relu

LA CHRONOLOGIE DES- I/ESPÉRIDES

des effets de contraste, faciles mais réels. Il a voulu appliquer le vieux proverbe cité par Mr. Morley, ' que " la fraise croît sous l'ortie " et, par comparaison, n'en semble que plus délicieuse. Il compte sur la curiosité que ne manquent jamais d'éveiller chez le lecteur ces oppositions, ces contradictions même, et qui sont, au surplus, si expressives de sa personnalité. Le seul rappel enfin de ses pièces sur " le charme du désordre, " de ses éloges de la " négligence habile " ou de la " correction fantasque " (wi/d civi/ity) achèvera de nous persuader qu'il n'y a dans la confusion des Hespêrides que l'aftectation, que les faux-semblants, que toute la mise en scène, en un mot, du désordre.

En visant donc à introduire dans son recueil le plus de variété possible, Herrick semble n'avoir attaché à la chronologie de son œuvre qu'une importance secondaire, et il lui arrive de placer côte à côte un poème achevé la veille et un autre écrit vingt et même trente ans auparavant. Aussi peut-il être intéressant de déterminer, par des moyens divers, quelles furent les phases principales de sa production.

D'abord un certain nombre de morceaux sont datés, ou peuvent l'être aisément, grâce aux allusions qu'ils renferment soit à des événements publics, soit à des événements connus de la vie de notre auteur. Nous pouvons ainsi fixer avec quelque précision les dates de la plupart des poèmes adressés au roi " ou aux grands seigneurs, ^ à

' EcHt. cit., p. IX.

- 77, To the Kiiig, upon his comming n.vit/i his Army into tite ff'tst: Août, 1644. — 79, To the King and Queetie, upon t/ieir unhappy diitancei : après 1642. — 213, A 'Pastorall upon the Birth of 'Prime Charles. PnsenteJ to the King .- Mai, 1630. — 267, The Poets good nvishes for the most hopefull and handsome Prince, the Duke of Torke : reçut ce titre le 27 janvier 1643. — 686, To the King ; écrit probablement en I 645, pendant un séjour de Charles dans l'ouest. — 757, To Prime Charles, upon his loming to Exeter : Août, 1645, — 824, To the King, upon his tal^ng of Leicester : 31 Mai, 1645. — 962, To the King, upon his •ivelconie to Hatnpton-Court .• été 1647.

^ 146, Upon the Bishop of Lincolne's Imprisonment .- Williams tut suspendu et em})risonnc de 1637 à 1640. — 168, To Jos. Lo. Bishop of E.xeter .• Joseph Hall, le satiriste, fut évêque d'F.xeter de 1627 à 1641. — 2 1 9, .1 Dirge upon the Death of the Right Faliant Lord, Bernard Stuart : tué à Rowton Heath, le 24 Septembre 1645. — 246, To the lligh and Noble Prince, George, Duke, Marquesse, and Earle Ruckingham : avant sa mort, le 23 Août 1628. — 746, To Sir John Berklev, Go-vernour of Exeter .- 1645-6. — 1003, To the lA)rd Hopton, on his fight in Cornivall : ou liradock Dowii, ou Stratton, Janvier ou Mai 1643.

un iiroupe assez important même de parents ^ et d'amis. ^ A ces preuves extérieures, tout à fait sûres, viennent s'en ajouter d'autres, qui le sont un peu moins. Comme l'a fait remarquer Mr. Pollard, par exemple, les poèmes dont nous possédons des manuscrits et qui par conséquent appartiennent à une époque où Herrick, encore à Londres, faisait circuler parmi ses amis des copies de ses productions nouvelles, ces poèmes se trouvent tous, à l'exception d'un seul, dans la première moitié des Hespèrides. ^ Le fait, d'autre part, que les poèmes que l'on peut dater de bonne heure se trouvent presque tous dans la première moitié du volume, s'ajoutant au manque de manuscrits concernant les poèmes de la seconde moitié, semble bien indiquer que, en gros, et avec beaucoup d'exceptions, cette seconde moitié, y compris les Noble Numbers^ date du séjour de notre auteur dans le Devonshire, d'après 1640 par exemple, d'une période où, isolé, Herrick ne pouvait plus faire passer de main en main ses plus récentes compositions, où sa Muse, comme il le dit lui-même, était forcée de rester au logis,

and piping please The poor and private Cottages. *

Des maintes preuves de détail enfin que nous pourrions citer à l'appui de cette hypothèse, nous ne retiendrons que les deux suivantes, qui nous paraissent significatives. Trois poèmes numérotés : 164, To a Gentlewoman objecting to him hts gray haires ; 57^> -^^^ Apparition of his M ht r esse calling him to Elixium^ et 5^^) -^^'^ Prim-

' 72, Upon his Sister-in-Lanv, Mistresse Elisabeth Herrick .- enterrée à Dean Prior le 11 Avril 1643. — 82, To the re'verend shade of his religions Father : seven lusters : 1592-1627. — 106, A Country-Life .- to his BrotherM. Thos. Herrick: c. 1610.

^ 149, An Epithalamie to Sir Thomas Southtvell and his Ladie .- reçut le titre de Baronnet en 1615, mort avant le 16 Décembre 1642. — 284, A Nuptiall Sang, or Epithalamie, on Sir Clipseby Creiv and his Lady .- le mariage eut lieu en 1625. — 314, The Entertainment : or Porch-Ferse, at the marriage of Mr. H en. Northly, and the most avitty Mrs. Lettice Tard .- célébré à Dean Prior le 5 Septembre 1639. 838, To Mistress Amie Potter ; 993, To the handsome Mistresse Grâce Potter : filles de Barnaby Potter, le prédécesseur de Herrick à la cure de Dean. — 908, Upon M. IVilliam Lanves, the rare musitian .• mort au siège de Chester, en 1645. Etc.

* 2, To his Muse.

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rosey se trouvent dans une édition des Poems de Shakespeare publiée en 1640. ' Parmi les sentences gnomiques, en outre, quatrains ou couplets, qui occupent une si grande place dans la seconde moitié du volume et dans les Nohk Nunihers^ un bon nombre, on s'en souvient, sont directement inspirées des Notes and Observations upon Some Passages of Scriptures de John Gregory, parues à Oxford dans l'été de 1646.

Arrivons aux preuves, plus discutables, que nous fournissent le style et la métrique de Herrick. Si elles demeurent forcément imprécises, et ne sauraient suffire, à elles seules, à déterminer avec assurance la date d'un poème, elles peuvent nous aider cependant à compléter nos informations précédentes. Elles équivaudront en tout cas, quand elles coïncideront avec elles, à une double probabilité.

Le lecteur qui passe successivement des longues pièces qu'il rencontrera dans la première partie des Hespèrides : 106, A Country-Ufe ; 128, His Fare-well to Sack ,• 149, //« Epithalamie to Sir Thomas Southwell... ; 178, Corinna\ going a Maying ; 197, The JVelcome to Sac^ ; 213, y^ Pastorall upon the Birth of Prince Charles ; 284, A Nuptiall Song... ; 294, Obérons Feast ; 378, Â Panegerick to Sir Lewis Pemberton ; ^^^y Obérons 'Palace ; 576, The Apparition of his Mistresse... à celles, plus courtes généralement, qui se trouvent dans le milieu du livre : 522, To 'Phillis to love., and live with him ; 553, His Content in the Country ,-617, To the Maids to wall^e abroad ; 663, The Country ïtfe ; 671, J Paranœticall ; 762, The lVat;e ; 102 9, His tears to Thamasis, jusqu'à celles, de plus en plus courtes, qui abondent dans la seconde partie du recueil, ce lecteur reçoit l'impression d'une évolution très marquée : le style, d'abord tout fleuri d'images antiques, avec sa rhétorique si touffue, si pompeuse même par endroits, se fait plus naturel, plus familier, comme plus vivant, dans les poèmes écrits au début du séjour de Herrick à Dean Prior, et se dessèche tout à fait dans les quatrains ou les couplets dogmatiques qui prédominent vers la fin ilu volume.

Plus évidents encore sont les changements qui se manifestent dans la métrique de Herrick. Notre poète (]ui commence d'écrire vers

' Poetns : avritten by IVil. S/iakespeare, Cent., with an Addition of somc Excellent Poems... Loiidon, 1640.

1610, part du point d'arrivée de Shakespeare. Il introduit d'abord dans son œuvre, — si l'on tient compte naturellement que la versification d'un poète lyrique exige beaucoup plus de régularité que celle d'un poète dramatique — une grande liberté d'allure. Il écrit de longs morceaux faits soit de couplets fréquemment enjambés, soit de strophes d'un dessin fantasque. Il continue par des poèmes à couplets plus courts, heptasyllabiques en particulier, ou à strophes plus simples, les enjambements devenant dans l'un et l'autre cas moins fréquents. Il aboutit aux quatrains, formés de deux couplets à rimes suivies [a a h h\ ou au couplet héroïque lui-même. Le tableau suivant, où nous n'avons admis que des poèmes assez longs, tous en couplets, et empruntés à différents endroits des Hespèrides nous montrera clairement la proportion décroissante des vers à enjambement [run-on Unes) comparés aux vers à pause finale [end-stopt Unes), à mesure que l'on s'avance dans le recueil :

N" 576, The Apparition ofhis Mistresse (1404), Farwell vnto Poetrie 378, A Panegerick 444, Oberon's Palace 197, Welcome to Saclc 294, Obérons Feast 128, Farewell to Sack 178, Corinna's going a Maying 522, To Phillis

553, His Content in the Country 617, To the Maids 663, The Country Life 714, His Return to London 762, The Wake 671, A Paranaetical 1029, His tears to Thamasis

vers à enjambement pour 2, 2 vers à pause finale.

En résumé, nous pouvons nous représenter comme il suit les phases diverses de la production de Herrick. Etudiant à Cambridge, vivant à Londres dans l'entourage immédiat de Ben Jonson et dans le voisinage de la Cour, tout à la joie ardente de la jeunesse, il compose d'abord ses brillants poèmes bachiques, ses épithalames somptueux, plusieurs de ses idylles pastorales, et la grosse majorité de ses chansons d'amour. Dans une seconde période qui irait de 1629 à 1640 environ, de son départ pour le Devonshire à la publication

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