‹ Robert HerrickChapitre 7 sur 88 · LA FAMILLE · texte numérisé non relu

LA FAMILLE

à la tête d'une maisonnée nombreuse, qui ne comprend pas moins de onze enfants. '

Dès que les aînés grandissent, leurs parents tâchent de les placer au dehors. Ainsi dès 1556 le second fils de John Eyrick, Nicholas, à peine âgé de treize ans, ' est envoyé à Londres et entre chez un orfèvre de Cheapside, un de ces opulents commerçants qui, à l'époque d'Elizabeth, ajoutent à leur métier de joaillier la profession de banquier et de prêteur sur gages. Son apprentissage terminé, il s'établit à son propre compte. Il ne se marie cependant qu'assez tard. Le 10 décembre 1582, il épouse en l'église de S' Léonard, Bromley-at-Bow, Middlesex, Juliana, fille de William Stone, de Londres, mercier, et de Massy Grey, de Segenhoe, Bedfordshire, ' qui est elle-même désignée dans la licence de mariage, datée du 8,^ comme spinster^ of the City of London. Le poète fut le septième enfant qui naquit, en 1591, de cette union.

Les affaires de l'orfèvre et banquier Nicholas Heyricke, ainsi qu'il écrit généralement son nom, sont des plus prospères. Il compte dans

ouv. cit., p. I 16. Ses concitoyens placeront son portrait dans la grande salle du Town-Hall, avec cette inscription :

His picture whom you hcre see,

Wlien he is dead and rotten ; By this shall he remenibered be,

Whcn he would be forgottcn.

Cité par A.B. Grosart : The Complète Poems of Robert H erricl^ 3 vol., London, 1876, Mémorial-Introduction, p. XXXVI.

' On lit au début de l'épitaphe — éfjalement dans l'église de S' Martin — de l'alderman John Eyrick, mort le 2 avril 1589 à l'âge de 76 ans : " He lived with y' saide Marie in one house fui! 52 years ; and in ail tliat time never buried man, woman, nor childc, though they were sometimes 20 in a househnid. " Et vers la fin : " ... the saide Marie departed this life y' 8"' of December 161 i, being of the âge 97 years. She did see before her departure, of her children and hcr children's children, to the number of 142. " J.H. Hill, ouv. cit., p. i 18.

" La date jMécise de sa naissance n'a pas été conservée. Il est le cinquième enfant ; et coninu' son fiérc aîné, Robert, est né en 15+0 et sa scfur Mary moins de deux ans après, l'un et l'autie le précédant immédiatement, cette date peut être fixée à 1543 ou 44.

' T/ie f^isitafio/is 0/ BeJjbn/s/iitr. A.D. 1566, 1582, 1634. The Publications ot the Harleian Society, vol. 19, 1884, pp. 35 et 143.

* Allégations for Marriage Licenses issued hv t/ie Bis/top of London, 1520/0 1620. The Publications of the Harleian Society, vol. 25, 18S7, p. 113.

lO ROBERT HERRICK

sa clientèle quelques-unes des plus nobles familles du royaume, celle des Rutland par exemple dont il reçoit, en 1586, " pour six douzaines de boutons cji or, trente-cinq livres, dix-sept shillings. " ^ Il achète et revend des propriétés, maisons ou terrains, dans la Cité. ^ En commerçant avisé, il ne perd point contact avec sa ville natale, comme en fait foi 1' " entrée " suivante dans les comptes de la corporation de Leicester pour l'année 1584-85 : " A Mr. Nicholas Heyricke, de Londres, orfèvre, pour une nouvelle masse d'argent doré pesant xui onces et demie, à 8 shillings 6 pence l'once ; l'argent, la main d'œuvre et la dorure s'élèvent à 18 livres l shilling 3 pence. Pour y avoir gravé les armes de la ville, 30 shillings, et pour la boîte 5 shillings. De sorte que le tout s'élève à 19 livres, 16 shillings, 3 pence. " ^

Le vieux John Eyriclc, d'autre part, reste en relations constantes avec son fils qui est à la ville. Il lui écrit souvent pour lui donner des conseils, pour s'enquérir avec sollicitude de sa santé, ou le remercier des cadeaux qu'il a reçus de lui. Ces lettres, dont un certain nombre ont été conservées, nous révèlent la chaude affection que les vieux parents continuent de prodiguer à leurs enfants éloignés, et l'harmonie robuste qui règne dans ce milieu d'honnêtes et riches bourgeois où grandira le poète : elles valent ainsi, sans parler du pittoresque tableau d'une famille anglaise au XVP siècle qu'elles évoquent, qu'on s'y arrête un instant.

' Extracts from Household Accoitnts of tfie Rutland Family : " Item, the same day (the xxj of May 1586) paieci to M'' Herick for 6 dossen of plaine gold buttons, wg. (weighing) 1 1 oz. f at Iv s. the oz. 32 li. 5 s., and for the fashion at xij d. the pece, iij li. xij s. — xxxv li. xvij s. " The MSS. o/His Grâce the Duke of Rutland preser-ved at Belnjoir Castle. Historial MSS. Commission, vol. 4, 1905, p. 388.

'' Voir dans les P;-fl(Vfi^/«^.j /« Chancerv, in the reign of Elisabeth (cire. 1590), un procès entre " Thomas Tomlinson and others, plaintiffs, tenants of the défendants Richard Paramoure, Thomas Ashbye and Nicholas Herricke. Object of the suit : to quiet possession and for relief against incumbrances under extents upon statute of recognizance. Premises : divers messuages, tenements and gardens in the parish of S' Giles, Cripplegate. " — Voir encore, dans le testament d'un certain William Feake " citizen and goldesmyth of London " daté du 7 mai 1595: "I give to my wife Marj'... my two tenements, being in S' Swythens Lane, which I bought of M' Nicholas Hericke,Xo hold for life. " Cité par H. F. Waters : Genealogical gleanings in England, Boston, 1901, vol. I, p. 790.

•■' M. Bateson, ouv. cit., vol. III, p. 220.

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