‹ Robert HerrickChapitre 8 sur 88 · LA FAMILLE II · texte numérisé non relu

LA FAMILLE II

Quelques mois à peine après son arrivée dans la capitale, le jeune apprenti Nicholas recevait de son père le billet suivant :

" Nous prions Dieu chaque jour de vous bénir et de vous donner la grâce d'être bon, diligent et obéissant envers votre maître, en paroles comme en action ; de lui être à profit, aussi bien derrière lui tju'à sa face ; et de ne confier ni prêter aucune de ses marchandises sans sa permission. Et si vous êtes fidèle et laborieux dans les affaires de votre maître, comme je l'espère, Dieu sans aucun doute vous rendra un jour la pareille. " '

Le succès de son fils à Londres encouragea le vieux John à y envoyer d'autres enfants. C'est ainsi qu'en 1574 nous le voyons confier à Nicholas le dernier de ses fils, William, âgé de douze ans seulement. - Le jeune garçon semble avoir été quelque temps sans retourner à la maison paternelle, car dans l'automne de 1576 John écri\ait à Nicholas :

" Je vous remercie de tout mon cœur de l'avoir envoyé à Leicester pour nous voir, car il nous tardait, à votre mère et à moi, de le voir, ainsi qu'à ses frères et sœurs. " ^

Les filles suivirent. Ursula, l'aînée, épouse Lawrence Hawes, '''• gentleman^ citizen of London.^'' ^ Mary, la troisième, vient très tôt habiter avec Nicholas pour tenir sa maison. Helen, une des cadettes, épouse un certain Holden et demeure, elle aussi, à Londres. '' Cinq enfants du vieux John quittent donc Leicester, et les missives familiales se font plus fréquentes. Voici un fragment de lettre maternelle adressée en 1578 par Mary Eyriclc à son affectueux fils Willicnn^ a Londres^ habitant avec Nicholas^ dans Cheap :

" William, avec mes tendres souvenirs, et ma )oic de vous savoir en bonne santé... Ceci est pour vous remercier des grenades et des harengs saurs que

' Cité par H.R.F. Bourne : Fanions Londoii Merc/iants, London, 1S90, p. 85.

- William est né, non en 1557, comme on le rapporte couramment, mais en 1562 : son liaptêinc est inscrit sur le registre de S" Martin, Leicester, à la date du 9 décenihie de cette année.

■' Cité par H.R.F. Hourne, ouv. cit., p. 87.

' The Fisitatioiis of London, A.D., 1635, i6j4, 1635. The Publications ot the Harleian Society, vol. 15, 1S80, p. 366.

'•' Un Tobye Holdene fijjuie, en 1556, dans le registre paroissial de S' Margaret, Westminster. — Helen Holden servira de témoin à son frère Nicholas, en 1591, quand celui-ci écrira son testament.

VOUS m'avez envoyés, et vous prier de remercier pour moi ma fille Hawes pour les grenades et la marmelade qu'elle m'envoya. En outre je vous envoie une paire de bas et une paire de gants en grosse laine tricotée. Je voudrais que vous me fissiez savoir comment ils vous vont ; car si les gants étaient trop petits pour vous, vous les donneriez à l'un des enfants de votre frère Hawes, et je vous en enverrais une autre paire.

Quand Nicholas épousa, en 1582, Juliana Stone, les vieux parents de Leicester ne purent assister au mariage, et l'alderman John s'en excusa auprès de son fils en cette lettre curieuse :

" Fils Nicholas Eyrick, votre mère et moi présentons nos compliments à votre femme et à vous-même ; car je m'assure que vous voici à présent marié ; ayant ouï par votre frère Stanford ^ que vos noces étaient fixées au lundi dix décembre ; or, s'il en est ainsi, nous prions Dieu pour qu'il vous envoie à tous deux joie et bonheur, ainsi qu'à tous les amis de votre femme et aux vôtres. Je vous prie de saluer en notre nom ses parents et amis que nous ne connaissons pas encore ; ce qui, je m'assure, se fera plus tard, pourvu que Dieu nous laisse la vie à tous. Nous aurions désiré être avec vous le jour de vos noces ; mais en cette saison de l'an nous aurions été fort éprouvés, votre mère et moi, par un tel voyage : les jours étant si courts, et les chemins si mauvais, surtout tous les deux nous faisant si vieux et si peu ingambes ; et spécialement votre mère souffrant à tel point d'un genou qu'elle ne peut marcher dans la maison sans s'appuyer sur un bâton ; et moi-même j'ai, depuis presque la moitié de cette année, une telle douleur dans l'épaule droite que je ne puis m'habiller sans être aidé. La vieillesse apporte des infirmités avec elle ; Dieu en a ainsi ordonné...

Je m'assure que nous vous verrons, votre femme et vous, à Leicester l'été prochain, pour faire fête avec nous, et de même votre frère Hawes et sa femme, votre frère Holden et sa femme, avec quelques autres de vos amis. Votre mère et moi sommes cordialement reconnaissants des afi-'ectueux présents que vous nous avez envoyés ces temps derniers, et nous sommes fâchés que vous vous soyez mis en une telle dépense, lorsque nous ne vous envoyons que rarement quelque chose qui vaille, et qui ne soit pas de plus gâté en chemin.

Votre mère et moi vous envoyons, à votre femme et à vous, pour faire fête à Noël, deux épaules de porc salé et deux rouelles, et une rouelle pour

' Cité par H.R.F. Bourne, owv. cit., p. 87.

^ John Stanford, Esc|. Barrister-at-Law, Recorder of Leicester, M. P. pour la ville en 1596, avait épousé Elizabeth, la quatrième fille de John et de Mary Eyrick.

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