VIII
Frantz.
Frantz demeura un instant silencieux, puis, jetant un regard sur la plaine qui s'étalait au loin toute blanche et prenait
des teintes argentées sous la clai^té de la
lune.
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— Il y a des choses dont on porte en soi le sentiment sans les avoir jamais connues, dit-il d'une voix lente et comme se parlant à lui-même. Ainsi, il me semble que tous les autres hommes, ceux qui sont nés au sein d'une famille et en ont connu toutes les douceurs, doivent voir jaillir parfois du fond de leur âme des tableaux charmants; une mère avec ce sourire qu'elle trouve toujours pour son enfant, même au milieu des plus cruels chagrins, avec ces caresses quiTendorment si doucement, qui le suivent dans ses rêves, et V qu'il retrouve toujours au réveil; des frères et des sœurs, gracieux compagnons de ses ,^ plaisirs, qui partageât et comprennent
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toutes ces joies naïves ;enûn les mille surprises, les félicités sans nombre que renouvelle sans cesse autour d'eux une tendresse ingénieuse et toujours en éveil.
Oh! ils sont heureux ceux qui trouvent de pareilles scènes dans le souvQnir de leurs premières années ! Mais quand je me reporte au temps de mon enfance , ce sont de tout autres tableaux que j'y découvre; jamais ua sourire, jamais une caresse, souvent des coups, toujours la misère et les privations. 3Iais j'aperçois tout cela vaguement comme a traversun brouillard épais et i^lacial ; un seul souvenir jaillit a la fois délicieux et terrible du sein de ces ténèbres. Ln jour que je pleurais
assis dans un coin de la chaumière où j'élais élevé, je vois la porte s'enlr'ouvrir tout à coup, puis une femme couverte de riches vêtements, belle, pâle, et qui me parut, a moi enfant, d'une nature si supérieure aux grossiers paysans qui m'entoi|raient, qu'il me sembla voir entrer un des anges du paradis dont j'avais entendu parler quelquefois. Pendant que je la regardais avec ravissement, elle interrogeait les paysans d'une voix brève et d'un air agité. Après quelques ^paroles rapidement échangées, ceux-ci me montrèrent du doigt a l'étrangère, qui s'élança sur moi avec une joie frénétique, me pressa avec force contre son sein et me teint
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longleinps dans ses bras, niurmiiranl dos paroles dont jVUais allendri sans les < oin prendre, me couvrant de baisers el ni'inondanl de larmes. Elle m'appelait son enfant et me donnait mille noms charmants que j'entendais pour la première fois de ma vie. Au bout d'une heure passée ainsi, elle se leva et me dit qu'elle allait m'emmener, et que je ne la quillcrais plus. A ces mots, je lui exprimai ma joie avec la franchise et l'abandon de mou âge, elle m'embrassa avec transport, ravie de la tendresse subite que je ressentais pour elle, et nous allions partir lorsque la porte s'étant ouverte de nouveau , un homme entre, les yeux flamboyants, les