IV. KHSSUSCITÉ
messei^Deurs, loule éiier'^ie et toute diguilë, jedis aussi : ce serait folie, el dispensé par la de tenter le moindre effort et de m'exposer au moindre péril, je me plonge et m'endors dans ma mollesse.
~ Un seul homme pourrait aujourd'hui ramener la nohlesse française dans la voie qu'elle a abandonnée, en doublant les forces de la royauté par son alliance : c'est Charles de Navarre. iMais il s'est fait tout d'abord l'ami de l'Anglais, e^ ses nombreuses trahisons n'ont pas peu contribué a affaiblir le roi Jean et à éloigner sa noblesse d'une cause qui devenait impossible a soutenir.
— Oui, dit le sire de liougemare, le
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premier et le plus ^rand coupable a coup siir dans toule celle alTaire, celui dont riuflueiice a rendu la ruine de la France inévitable, on ne peut nier que ce ne soit le roi de Navarre. Quant à nous, messeigneurs, quel est notre crime? Nous n'avons fait que céder a l'instinct tout naturel qui pousse les rats et les souris a quitter une maison en ruines pour n'être pas engloutis sous ses décombres.
— C'est parler comme les Écritures, dit le sire de ïourville; mais c'est égal, il est fâcheux d'être obligé de se comparer à des rats pour justifier sa conduite.
— Messire, s'écria le baron de Rougemare en jetaîit au sire de Tourville un
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regard de colt're, votre irilenlioii seinilelle de railler mes paroles !
— Comment lepourrais-je faire? répondit celui-ci avec un calme ironique, quand je montre par mes actions que je partage en tout point vos principes et votre manière de voir? Je vous aj)prouve donc entièrement et déclare que nous no pouvions raisonnablement agir autrement que nous n'avons fait. Cependant, permettez-moi de vous citer un homme qui, obscur, sans nom, ayant, conjme nous, intérêt a se ranger du côté du plus fort avec cet avantage sur nous tous qu'il ne se trouvait engagé ni par son passé, ni par celui de ses ancêtres, a néanmoins mis
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bravemenl son épée, son courage et sa force au service du roi de France dont il est sans doute tout k fait inconnu.
— Oh! oh! dit le baron de Rougemare en ricanant, et le nom de ce paladin ?
— Mais ce nom a fait assez de bruit pour que personne ne l'ignore, car il a déjà été fatal a bon nombre de gentilshommes dévoués a TAnglais, et il n'est guère de châteaux, si solides et si bien défendus, qui lui aient résisté jusqu'à ce jour. Vous devinez, n'est-ce pas, que je veux parler du Pioutier de Normandie? -
11 se fit un silence général a ce nom redouté de tous et qui arrivait la d'une façon lout à fait imprévue. Un des convives.
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place a une des èxlrémifrs de la lablc, le sire de Guvaumont, leva Ja tùle et sourit.
— Eh bien ! vrai , reprit le sire de Tourville aivec une apparente bonhomie, s'il faut vous dire mon sentiment, je me sens fort humilié au fond <lu cœur de voir un chef de routiers me donner une leçon de fidélité, d'abnégation et dedévoument, à moi ainsi qu'a une partie de la noblesse française.
— Bah ( dit le baron de Rougemare avec mépris, n'allez-vous pas nous engager a prendre pour modèle Jun pareil personnage? Quelque vilain qui aura (fuitté la pioche ou la charrue pour se mettre a la
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têle d'une Iroupe de bandits de son espèce.
— Ètes-vous bien siir que ce soit un vilain? demanda Guyaumont.
— Je ne le connais pas, mais j'en fais volontiers le pari si vous voulez.
— Eh bien, j'en suis fâché, reprit Rougemare, car alors c'est doublement honteux pour ceux qui ont laissé prendre et piller leurs châteaux par lui et sa bande, convenez-en !
— Allons, messeigneurs, s'écria le sire de Guyaumont, laissons toutes ces discussions qui ne sont bonnes qu'a faire sortir les dagues du fourreau et ne songeons qu'a nous divertir puisque nous sommes
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réunis pour cela. Pcrmellez-moi seulenicnl de vous fournir un -polit renseignement, car je m'aperçois que vous n'êtes guère au courant de ce ([ui se passe à quelques pas de chez vous. Ce Routier de Normandie, dont vous voulez parler n'est aulreque le frère de notre cher et bien aimé hôte. N'est-il pas vrai, messire Ptaoul?
Raoul de Fenestrange se réveilla comme en sursaut en entendant prononcer son nom. Depuis le moment où l'on s'était mis a table, il était demeuré plongé dans ses pensées, et l'esprit préoccupé par une seule idée, il était resté complètement étranger a tout ce qui se passait autour de
lui.
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— Eh bien, qu'avez-vous donc, Raoul?
lui dit le baron frappé de son air stupéfait, vous ne mangez pas, vous ne buvez pas, et il semble que votre pensée soit en cfe monlent a cent lieues de nous. Savezvous que nous serions en droit de nous plaindre de celle mine sérieuseettaciturne dans un hôte dont le devoir serait de nous exciter a rire et h faire honneur à son festin ? Seraient-ceces quelques mots en l'air que je viens de dire auxquels vous attacheriez...
— Ah ! pardon, baron, pardon, messeigneurs, dit alors Piaoul en essayant vainement de prendre un ton dégagé, j'avoue
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qucj'clais tombé dans une disIracUon dont je m'accuse, mais...
— Mais que nous comprenons et excusons tous, dit le sire de Tourville, quand nous remarquons la place restée vide à celle table et qui devrait être occupée à celle heure par votre frère.
En elTet , une place était demeurée vide juste en face de Raoul.
—• Vous avez deviné le sujet de la préoccupation qui m'a fait oublier un instant mes devoirs d'hôte et d'ami, dit Raoul ; je suis a la fois triste el inquiet du retard de Robert, que j'eusse été si heureux de revoir dans un tel jour et après plusieurs mois de séparation. Il est brave jusqu'à
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la témérité, et je tremble qu'il ne se soit mis seul en route au milieu de la nuit et qu'il n'ait été victime de quelques bandits.
— Quelle idéel s'écria le sire de Guyaumont; rassurez-vous, mon cher Raoul, Robert n'est pas homme à se laisser massacrer au coin d'un bois comme un paysan imbécille ouun bourgeois poltron ; croyezmoi, il est sain et sauf, frais et bien portant comme le plus robuste d'entre nous, et en attendant son arrivée, je propose que nous vidions chacun un coup a sa santé.
•— Oui, oui, a sa santé ! s'écrièrent tous les gentilshommes.
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-Les coupes furent remplies a la hàle cl se cboqucrcnl avec un bruil confus ; alors le sire de Tourviile élevant la sienne:
— Messeigneurs, dit-il d'une voi\ sonore, à la santé de Robert de Fencstrange!
— A la santé de lloberldeFeneslrange I répétèrent a lafois tous les gentilsbemmes.
— Alors, dans le silence profond qui se fit pendant que chacun portait sa coupe a ses lèvres, une voix fit entendre ces mots:
— Merci, messeigneurs !
Toutes les têtes se tournèrent a la fois du côté d'où était partie cette voix et l'on VHj debout au seuil de la porte restée o\i--
verte, un gentilhomme couvert de son armure, la visière baissée et portant sur sa poitrine les armes de Fenestrange.
A cet aspect, Raoul laissa tomber sa coupe, qui rompit le silence en roulant sur les dalles de pierre avec un bruit sonore.
— Robert! c'est Robert de Fenestrange!
dit enfin le sire de Tourville sortant le premier de l'étrange stupeur qui semblait peser sur toute la compagnie, car la physionomie de Raoul avait quelque chose de si étrange, que tout le monde le considérait avec étonnemeut.
Le chevalier resta immobile et silencieux, la tête tournée du côté de Raoul,
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Cjiii trem!)lait de Ions ses membres et avait Tair d'un spectre, tant ses trails étaient défigurés, tant sa pâleur élait livide.
— Eh l)ien , messire Iloherl, dit à son tour le baron de Rougemare, venez donc prendre place a cette ta!)le et faites-nous raison.
— Volontiers, répondit le chevalier.
Il s'avança vers la table d'un pas lent et solennel, avec une raideur dans les mouvemenls dont son armure était la seule cause, sans doute, mais qui lui donnait l'apparenced'une statue de marbre animée tout a coup d'une vie factice, el sans que personne la lui indicjual, il pril la place
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demeurée vide en face de Raoul , reslan debout comme les autres convives.
— Allons, pages, dil le sire de Tourville, remplisez de Chypre la coupe de messire Robert.
Un page s'avança un flacon a la main.
— Non, dit le chevalier en faisant un geste négatif, de Teau î
Le page prit sur la table un vase de cristal remplit d'eau et en versa dans la coupe que lui tendait le chevalier.
— Maintenant, messeigneurs, dit celui-ci en portant la main a son casque pour lever sa visière, je bois a vous
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En le voyant faire ce geste, Raoul sentit redoubler sa terreur et son anxiété ; les regards fixés sur le chevalier, il serrait la table de ses mains crispées et l'on eût dit a la violence de ses émotions, qu'il attendait un arrêt de vie ou de mort. Tout a coup, ses yeux se fermèrent, comme frappé d'un speclacle dont l'horreur l'accablait, et it se laissa tomber sur son siéae en remuant les lèvres pour proférer quelques mots qui ne purent sortir de sa bouche, il venait de reconnaître, trait pour trait, telle qu'il l'avait vues et dresser devant lui au bord du précipice, l'image vivante de Robert, et celle fois il ne pouvait l*en jiiëridiè k l'eflervescence d*un.e îmf»-
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giDalion troublée, car il vit tous les gentilshommes , ses convives , s'approcher de son frère, l'appeler par son nom et prouver enGïi par les témoignages d'amitiés dont ils l'accablaient, qu'ils le reconnaissaient tous parfaitement.
C'était donc lui, Piobert, lui dont il avait vu tout le sang couler par la plaie profonde que lui avait faite sa dague, lui qu'il avait jeté, glacé par la mort, au fond du gouffre de la Roche-Sanglante !
Devant cette preuve palpable d'un fait inouï, surnaturel, impossible, Piaoul sentit son sang se glacer dans ses veines et son cœur s'arrêter dans sa poitrine; il lui sembla qu'il suffisait d'un mot, d'un regard
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du terrible fantôme pour que la vie se retirât (le lui tout a fait et qu'il tombal frappe de mort comuie au contact de la foudre.
Quant au cbevalier, après avoir serré, de sa main toujours gantée, la main de tous les gentilshommes qui vinrent successivement le féliciter de son retour, il but lentement le contenu de sa coupe, la posa ensuite sur la table, puis fixant sur Raoul un regard de glace :
— Piaoul de Fenestrange, lui dit-il, je suis Piobert, votre frère, pourquoi donc vos yeux se détournent-ils de moi ? Pourquoi votre main ne cberciie-t-elle pas la mienne comme celle de ces nobles sei-
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gneurs^-? Pourquoi enfiu vos traits, au lieu de rayonner de joie a mon aspect, sont-ils couverts de p«àleur et défigurés par l'épouvante? Raoul de Fenestrange, prouvez donc à vos hôtes que vous êtes heureux de mon retour. Levjez-vous.
A cet ordre, proféré d'une voix brève et impérieuse, Raoul fit un effort surhumain et se leva en se soutenant au dossier de son siège.
— Regardez-moi en face, reprit le chevalier toujours sur le même ton.
Raoul releva lenlement la iête et fixa sur le chevalier un regard stupide et effaréi
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— Refuserez- vous de me dounçr In main? ajouta celui-ci.
- Raoul hésita, avança la main, a^iité d'un frisson si violent qu'on entendait ses dents claquer l'une contre l'autre, puis la relira brusquement au rii ornent ou elle allait toucher celle du chevalier.
— Vous n'osez, dit celui-ci; c'est bien, je ne vous demanderai pas le secret de celle terreur. Vous savez bien qu'il m'est connu comme a vous.
11 se fit un profond silence, pendant lequel tous les spectateurs de cette scène étrange regardaient les deux frères avec une ardente curiosité, attendant qu'un
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mot ou un incident leur dévoilât quelque chose de cet inexpliquable mystère.
— Et maintenant que vous savez qui je suis, reprit le chevalier, glacial et impassible comme s'il eût été de bronze, maintenant que vous compcrnez bien, n'estce pas, que mou regard plonge au fond de votre «inieet surprend une a une toutes les pensées qui la traversent, répondezmoi comme vous répondriez à Dieu même s'il vous interrogeait. Qu'avez-vous fait de Diane de Cévoles?
— Diane !... balbutia Raoul en portant la main a son front pour éviter le regard du chevalier.
— Vous savez bien, Raoul, que vous
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lenicricz en vain de nie cacher la vérité; répondez donc, qu'avez-vous fait de Diane?
Raoul garda le silence ; ses traits livides ruisselaient de sueur, et l'épouvaute Tempêchait de proférer une parole.
— Mais, mon cher Robert, dil alors le sire de ïourville, il n'y a plus ici de Diane de Cévoles.
— Que voulez-vous dire? demanda le chevalier d'une voix tremblante d'émotion.
— Une chose toute simple et dont je vous croyais instruit : je veux dire que nous venons d'assister à son mariage.
— Son mariage ! oh I impossible ! s'écria
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le chevalier avec une expressioQ d'indicibje désespoir.
— C'est tellement possible, au contraire que nous ne sommes rassemblés ici que pour cela.
— Ici!... mais elle serait donc...
— Eh î'pardieul oui, depuis une heure elle est comtesse de Fenestrange; vous avez bien de la peine a comprendre aujourd'hui, mon cher Robert.
— Sa femme! murmura le chevalier d'une voix brisée.
11 demeura anéanti, comme pétrifié , l'œil fixe et sans regard.
Alors Ptaoul le voyant ainsi absorbé, re- •cula lentement vers la porte, les regards
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toujours tournés vers lui; puis, arrive là, il s'élança dans le vestibule avec le visa^^e bouleversé et les gestes désordonnés d'un homme frappé de folie.
— Or ça I qu'est-ce que tout cela signifie? dit le sire de Tourville aux autres seigneurs.
'— Je ne sais, répondit un gentilhomme, mais ce qui me paraît certain, c'est que Raoul a perdu l'esprit, et, si vous m'en croyez, nous allons tâcher de le rejoindre, car je crains pour lui quelque malheur.
Chacun parut partager cette opinion.
On sortit donc pour retrouver Raoul, et le