CHAPITRE VII\GT-DEUXIEME
Ii« cheTikl «la irépasjié.
Nous avons montré tout à l'heure le lieutenant 3Iàcliefer quittant avec ses hommes la caverne où il laissait Jacques Brisecœuraux soins de Guiscard.-
^— Or ça, mes enfantSj dil^il aux sieni
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quand ils furent tous dehors, voici la douzième heure qui approche, ne quittons plus des yeux le crénau qui s'élève là-has juste en face de la grande tour, et tenonsnous prêts a escalader le château s'il s'écoule seulement deux minutes après l'heure dite sans voir paraître notre brave chef.
Les routiers se dispersèrent par groupes et, les regards tournés vers le point désigné par leur lieutenant, ils attendirent dans un si profond silence et une immobilité, si parfaite, qu'on les eut confondus avec les blocs de granit qui jaillissaient partout du sol.
Comme ils étaient ainsi calmes et atlen-
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iifs, un bruit se lil loiit h coup entendre dans le loinfain, un bruit sourd, précipité, répété a intervalles é^aux, mais si insensible, qu'il fallait, pour le saisir, l'oreille délicate et expérimentée de ces hommes hibitués à une vie de périls et d'aventures.
— Je ne sais si je me trom])e, dit Mâchefer en se baissant sur le sol et écoutant avec une attention profonde, mais il me semble que ce bruit est celui que fait le galop d'un cheval sur la terre couverte de neige et durcie par le froid.
— Je parierais bien que vous avez deviné juste, lieutenant, dit un roulier.
• Le bruit, se rapprochant avec une ex-
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trènie rapidité, devint bientôt assez distinct pour qu'il ne fût plus permis de se tromper sur la cause qui le produisait.
— Décidément, s'écria Mâchefer, c'est le galop d'un cheval, et a coup sûr le cavalier vient vers nous. Est-ce que ce serait messire Robert ?
— Le capitaine! c'est bien possible, riposta nn vieux routier, car minuit vient de sonner, et personne n'a paru sur la plate-forme que nous avons tous guettée avec soin.
— Alors ce doit être lui, répétèrent plusieurs voix.
Le galop se rapprochait de plus en plus^
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el hienlol, 'a Li clarlé limpide (\c la lune on put distinguer une silhoucllc noire qui se détachait au loin sur la blancheur éclatante de la neige.
— Oui, oui, c'est un cheval, je ne me trompe pas! s'écria le lieutenant Mâchefer, dont la vue était aussi perçante que Touïe délicate, mais c'est étrange, on dirait qu'il vague seul et sans cavalier par la campagne.
— Impossihle ! ou alors ce n'est pas le cheval du capitaine, il est trop habile cavalier pour se laisser désarçonner, et trop brave pour se laisser vaincre.
Enûn on entendit le hennissement de l'animal, aspirant l'air de ses naseaux pour
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se guider par l'odorat, et on le vit arriver presque aussitôt au milieu de la troupe, où il s'arrêta brusquement, couvert de sueur et d'écume, l'œil ardent, la crinière efïarée, tremblant de tout son corps.
Il y eut un moment de stupeur générale, pendant lequel il ne fui pas proféré une parole, car ce coursier, c'était bien celui de Robert de Fenesirange; tous les routiers le reconnaissaient.
— Trahison ! s'écria tout a coup Mâchefer; il est arrivé malheur au capitaine.
— Oui! oui! mais que lui est-il arrivé, et d'où partie coup?
-—Il n'y a qu'un moyen de le savoir,
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dit le lioulcnaiil en désif;nant les tours de Feneslrange; c'est d'escalader ces murs.
— Mais son cheval arrive de la plaine, et le sire Raoul, son frère, est la, dans le château.
— Messire Raoul venait aussi de la plaine, il v a une heure. D'ailleurs, enfants, êles-vous d'avis que nous devons tous, chefs et soldats, ohéissance aveugle a notre capitaine?
— Sans doule !
— Pensez-vous que, quelque soit l'ordre qu'il nous donne, notre devoir soit de nous y conformer sans réflexion, sans discussion surtout?
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— Oui, oui !
--Ne cherchons donc pas a éclaircir ce qui nous semble obscur, ni a interpréter ce que nous ne pouvons comprendre.
Rappelons-nous ses paroles, et faisons ce qu'il nous a commandé, ni plus ni moins.
— Le lieutenant a raison, dirent les routiers.
— Or, le capitaine m'a dit : Envahissez le château, si a minuit je n'ai pas paru sur le créneau du pont-levis. Minuit est passé ; en avant, mes amis, sus au château !
— En silence et dans l'ombre ; n'est-ce pas? demanda le vieux routier.
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— Du loiit ; n'imitons pas les roulier (VAuberlicouii, inoDlroiis-leur eu toule occasion que nous leur souimes supérieurs eu courage et en loyauté. Des torches, mes enfants, des torches, el eu avant! il s'agit aujourd'hui de sauver notre capitaine ou de le venger.
. — Des torches, c'est facile à dire, observa Guiscard qui arrivait en ce moment, mais nous en avons cinq a six. a peine, tout juste de quoi donner Talarme aux.
hommes de Raoul, sans en tirer aucune utilité pour nous ; et oh en trouver d'autres en ce moment?
— Où? répéta le lieutenant en passant
la main sur son front.
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il resta un moment à rolléchir, puis il 'écria tout à coup :
— Eh! par la Vierge, vous voila bien embarrasses ! Des torches, vous en avez des milliers devant les yeux et vous ne ne les voyez pas.
— J'avoue, dit Guiscard en jetant autour de lui des regards étonnés, que je n'eu aperçois pas une.
— Je te dis qu'elles te crèvent'les yeux, reprit Mâchefer, et ceiles-ra ont sur les autres un immense avantage, c'est qu'on n'a pas la peine de les porter, elles se tiennent d'elles-mêmes^
— Je comprends de moins en moins, dit Guiscard en hochant la tête; si Cloche-
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pain était là, [)eiit-etrc. . . . mais quant k
moi!...
— Eh bien ! puisqu'il faut tout le dire, vois-tu là haut ces pins gigantesques dont la sombre verdure foruie au château de Feneslrange comme une couronne funèbre, voilà nos torches !
— Ah ! bah! s'écria Guiscard stupéfait.
— Nous allons les allumer sur tous les points à la fois, et je te jure que, dans quelques instants, nous aurons une lumière à faire pâlir celle du soleil.
Un hourra d'enthousiasme accueillit celte merveilleuse idée.
Mâchefer divisa sa bande par petites troupes, qui se mirent à gravir sur tous les
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poiiiis a la fois le monlicule de granit dans lequel était incrusté le château de Fenestrange, et, a un coup de sifflet, six flanioies brillèrent en même temps dans les grands sapins qui enveloppaient le sombre et imposant édifice. La résine prit feu avec une rapidité a laquelle contribua la vivacité du froid, et en moins d'un quart d'heure, le bois, tout à l'heure si calme et si silencieux, offrait le coup d'œii
d'un embrasement général.
Alors se déroula un tableau curieux et terrible a la fois. Les pins gigantesques se tordaient dans les flammes comme des fantômes aux mille bras, faisant entendre des craquements qu'on eût pris pour des
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cris de doulour; et à réclol de celte éblouissante fournaise, les intrépides routiers, couverts de vêlements disparales, élranges,*fanlasliques de formes et de couleurs, fourmillaient comme une bande de démons au pied des murs de Fenestrange, les uns lendanl leurs bras, les autres des échelles, ceux-ci coupant à coups de hache les poternes et les ponlslevis, ceuv-l'a préparant des machines destinées à lancer des[pierresau\ assiégés. Tous ces hommes, a l'aspect bizarre et sinistre, se démenant avec une incroyable agilité a la lueur sanglante de la forêt en flammes, produisaient un elfet vraiment diabcli(|ue.
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Les ordres du lieutenant avaient été donnés avec tant d'intelligence et exécutés avec un si merveilleux ensen>ble, q^ue le siège était déjà fort avancé avant que les chevaliers et les hommes d'armes renfermés dans Fenestranfi^e eussent eu le temps de faire leurs préparatifs de défense; car d'abord ils ne virent que l'embrasement de la forêt et demeurèrent quelque temps sur les créneaux, stupéfaits, éblouis par ce spectacle inattendu, et sans voir leurs ennemis au pied des murailles. Ils les aperçurent enfin et se mirent a leur lancer des traits, des ilèches et des projectiles de toutes sortes, mais Pvaoul, que l'on cherchait vainement de tous côtés, n'étant pas
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la, et ancun ^enlilhomni" ne se mellant a la lele des hoinncs crariiies pour donner une direction uni((ue à la défense, les assiégeants éprouvèrent fort peu de douima*^e el avancèrent rapidement dans leur attaque.
Il y avait surtout une personne dans le cliâteau qui recevait une violente impression de ces terribles scènes, c'était Diane de Cévoles.
Au\ premières lueurs de l'iii cendie, elle s'approcha de la fenêtre el regarda avec étonnement, cherchant dans cet incideni, sans même songer a se l'expliquer, une distraction à son désespoir. Mais à mesure que la flamme grandissail, sa surprise
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devenait de la slupciir d'abord, puis de l'effroi ; et enfin, quand les grands pins se mirent a s'embraser, à craquer et a fendre du haut en bas, depuis le tronc jusqu'à la cime, quand elle vit, a la clarté rougeâtre et éclatante des flammes, les routiers pulluler au pied du château, semblables a des groupes de scarabées aux mille nuances et aux mille formes, alors le délire de la peur lui monta au cerveau, et se rappelant tout a coup les scènes effrayantes dont le château de Cévoles avait été le théâtre quelque temps auparavant, elle s'élança dans la chambre de sa nourrice en jetant un cri perçant.
— Gertrude ! ma bonne Gertrude ! s'é-
cria-l-elle en la saisissant violemment par le bras; mais lu ne vois donc pas? tu n'entends donc pas?
Gerlrudc dormait, fatiguée d'avoir veillé la nuit précédente près de sa jeune maîtresse, essayant de ranimer son courage et de l'accoutumer a l'idée d'une union a laciuelle elle ne se résignait qu'en pleurant.
— Diane! ma chère Diane! qu'avezvous ? dit la vieille nourrice en se frottant les yeux.
— Ce que j'ai! s'écria la jeune fille; mais regardez donc, vous comprendrez.
Gertrude jeta un cri a son tour a l'as-
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pect de la muraille de flaQimes qui se dressait devant elle.
— Seigneur Jésus! s'écria-t-elle en joignant les mains, qu'est cela?
— Si tu veux le savoir, reprit Diane, regarde maintenant aux pieds des murs du château.
Gertrude avança un peu la tête, puis se rejetant tout a coup en arrière et demeurant immobile de terreur :
— Les routiers ! balbutia-t-elle d'une voix éteinte ; nous sommes perdues !
— Perdues ! oh ! oui, murmura la jeune fille.
— Peut-être! dit une voix derrière elles.
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Les deux femmes se relournèrent, stupéfaites, et aperçurent uu petit l>onhomme a la mine intelligente et rusée.
— Qui êles-vous? demanda Diane.
— On m'appelle Clochepain, et je viens pour vous apprendre d'abord un secret auquelvous ne vous attendez guère et vous sauver d'un piège que vous ne soupçonnez pas davantage.