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— Je vois fort bicQ, dit-il, que vous avez peu de considération pour ma chétive personne et, par contre-coup peu de foi dans mes paroles : mais je suis habitué a cela el n'ai pas coutume de m'en formaliser. J'en arrive donc tout de suite à l'objet qui m'amène ici.
— Avant toutes choses, dit Diane, ap'prenez-moi donc ce que signifient ces flammes, ces hommes réunis, sous les murs de Fenestrange.
— Ces hommes, répondit Clochepain, sont tout simplement les routiers de Normandie, qui sont occupés en ce moment à briser les portes de Fenestrange, dont ils ont résolu de massacrer tous les habitants
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pour venger la mort de leur chef, Koherl de Feneslrange, et quaul a cet incendie, ce sont cu\qui l'ont allumé pourvoir clair dans leurs opérations.
— Robert, dites-vous? Robert, le frère de messire Raoul, est mort?
— Assassiné.
— Un meurtre ! O mon Dieu I
— Cette nuit même.
— Et par qui?
— Oh ! ceci est une question encore un peu obscure pour beaucoup de ^ens, mais que l'avenir éclaircira tôt ou tard. En attendant, les compagnons de Robert songent au plus pressé. Leur chef manque au rendez-vous qu'il leur a donné : tout leur
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fait croire, ■— ce qui est vrai, — qu'il lui est arrivé malheur, et ils se ruent sur ceux qu'ils soupçonnent d'avoir tué leur maître, avec l'impétuosité d'un torrent déchaîné.
— Alors, dit Diane en se rapprochant de la fenêtre, nous n'avons aucune.pitié a attendre de ces hommes qui sont capables de tous les crimes?
— Aucune, et le plus sûr est de ne pas les attendre.
— Mais que faire ? dit Diane. Oh ! si j'avais pu rejoindre mon père JMais non,
impossible... Car on m'a caché le lieu de
sa retraite et d'ailleurs, il n'est plus
temps I...
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— Croyez -vous donc que je sois venu vous relancer jusqu'ici sans avoir mon idée, reprit Clocliepain. Écoutezmoi, je vous apporte un moyen de salut...
— Vous! oli ! alors, parlez, parlez vite, car messire Raoul peut venir, et alors...
— Messire Raoul ! je sais où il est, sans quoi je ne resterais pas ici une seconde, attendu qu'il soupçonnerait bien ce qui m'y amène, s'il m'y rencontrait, et en ce cas il me tuerait sur le coup comme un chien. Mais il est en ce moment sur les créneaux, où il vient d'être entraîné par ses soldats, bien un peu mal^Té lui, au
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moiuenl ou il allait entrer daus votre chambre.
— Alors, dites, que voulez-vous, que pouvez-vous faire pour nous?
— Je puis d'abord vous dire où est voire père.
— Je le sais, dans les mains d'une bande de routiers.
— Plût à Dieu 5 mademoiselle , qu'il fut entre les mains des routiers, il eût été plus en sûreté que dans celles oîi il esl tombé.
— Je vous répète qu'il est au milieu des hommes qui se sont emparés du château de Cévoles, et qu'il va m'élre rendu
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contre une forte rançon payée par inessire Raoul.
— Oui, oui, je connais riiisloire, dit Clocliepain, et voila le pié^^e dont je vous parlais. C'est avec ce leurre que messire Raoul vous a décidée k un mariage qui n'aurait jamais eu lieu sans cela.
— San s doute, mais c'était le seul uiojen de sauver les jours de mon père.
— Votre père! dit Clochepain en regardant la jeune fille avec une expression si étrange que celle-ci en frissonna.
— Mais que savez-vous donc et que voulez-vous dire? demanda-t-elle en tremblant
— Je veux dire, répondit Clochepaiuj
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que le plus féroce des routiers est un agneau en comparaison demessire Raoul, et s'il faut vous en donner. une preuve, pardon pour la douleur que je vais vous causer, mais... la voici.
Il fouilla à sa poche, en lira un papier plié en deux et le présenta ouvert à Diane.
La jeune fille prit le papier en frissonnant, et le regard fixé sur Clochepain comrae pour lire sur sa physionomie ce qu'elle redoutait d apprendre.
— Voyez, dit Clochepain, car il faut prendre un parti immédiatement sans attendre l'arrivée de messire Raoul , voyez, il n'y a. que deux lignes.
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Diane «Tl)aissa lonlement les yeux sur le papier, ellulces mots dont le sens était si lerrihlc et si imprévu pour elle, que son esprit en fui comme pétrifié, et ne les comprit pas du premier coup :
« Je meurs assasiné par Raoul de Fenestrange.
» Baron deCÉvoLES. »
— Baron de Cévoles! mon père! murmura Diane en levant les yeux sur Clochepain :
Reportant ses rer^ards sur le falal papier:, Diane le lut une seconde fois. Alors un cri terri l)le sortit de sa poitrine et saisissant violemment la main de Clochepain :
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— Mon père mort ! mon père assassiné, s'écria-t-elle, oh ! non, non, c'esl impossible n'est-ce pas?
— Je l'ai vu mourir, répondit l'enfant.
— Mon Dieu I
— Mourir de faim, ici même, dans un des cachots de Fenestran^e ! et son assassin est Piaoul, comme le baron de Cévoles le déclare lui-même, car c'est bien lui qui a tracé ces lignes, vous devez le voir. Maintenant vous connaissez votre époux, c'est a vous de juger du degré de reconnaissance que vous lui devez et de décider si vous voulez partager son sort.
—- Infamie! Oh! jamais ! jamais!
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— Alors suivez-moi, j'ai les moyens de vous faire évader.
— Mais les serviteurs et les hommes d'armes de Raoul me verront fuir et s'opposeront a mon départ.
— Ils sont tous aux remparts oîi dans la grande tour, pas un ne nous verra.
— Oui, mais ces terribles routiers qui enveloppent Feiieslrange, impossible de leur échapper a eux, et plutôt que de tomber entre leurs mains, je préférerais nvc briser la léle sur cette roche.
— Nous allons prendre un chemin qui nous soustraira aux routiers, aux gens de messire Raoul, un chemin creusé dans les entrailles même du roc et qui aboutit dans
la campagne, au-delà "de ces bois enflammés. Mais je crains toujours le retour de votre époux et je ne vous cache pas que j'aimerais autant rencontrer Lucifer en personne. Hâtons-nous donc, venez, venez vite.
— A quoi bon? murmura Diane d'un ton découragé et les yeux, pleins de larmes. Je pouvais encore tenir a la vie quand j'espérais revoir mon père, quand je pouvais craindre que ma mort ne le tuât..... Mais maintenant qu'il n'est plus
— Si vous êtes désolée de l'idée de ne plus revoir votre père ce qui est très naturel, reprit Clochepain , il mo semble
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qu'en revanche vous devriez redouter pnr dessus tout de vous trouver en face de messire Raoul, un chrétien peu aiinahlc et peu séduisant, celui-là! Il va venir, vous êtes sa femme, et...
— Oh! c'est vrai! partons, Gertrude, parlons, dit Diane à sa nourrice, mille périls nous entourent; mais quoi qu'il puisse m'arriver, je braverai tout plutôt que d'être exposée h revoir cet homme effroyable.
jertrude prit a la hâte un manteau et le jeta sur les épaules de Diane, qui s'en enveloppa plutôt pour cacher sa toilette qui l'eût trahie que pour se garantir du froid; puis Clochepain ayant ouvert la jKjrte,
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tous trois s'engagèrent dans un grand vestibule sombre a l'exlrémilé duquel un jour pâle et blafard descendait par une espèce de meurtrière.
— Si nous arriyons au bout de ce corridor sans encombre, dit Clochepain^nous sommes sauvés.
11 se mit a presser le pas, suivi par les deux femmes qui marchaient en silence, et quelques instants après, ils approchaient de l'endroit que leur avait indiqué Clochepain en leur disant que là le danger allait cesser.
Dans le désespoir dont son âme était remplie, Diane trouvait une vive consolation a penser qu'elle allait échapper pouf
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toujours à llioiiune féroce qui avait osé la prendre pour l'einnie après avoir assassiné son père, el pressée d'alleindre le but oîi son salut devait être assuré, elle avait devancé de quelques pas sa nourrice et Clochepain, quand elle sentit la main de ce dernier se poser tout à coup sur son bras.
— Ecoulez, lui dit Clochepain à voix basse.
— Mon Dieu! que crai^niez-vous, demanda Diane toute tremblante.
Elle achevait à peine sa question lorsqu'un homme parut brusquement au haut de la galerie, tenant h la main une torche qui éclairait en plein son visage.
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— C'est messire Piaoul, dit Clochepain; il vient de ce côté; retournons en arrière nous pouvons l'éviter encore.
Et,' rebroussant chemin, il se mit à marcher d'un pas rapide en frôlant la muraille pour échapper plus sûrement aux regards de Raoul quoique celui-ci fût encore loin.
Diane voulut le suivre; mais au bout de quelques pas, accablée par la violence des émotions qui venaient de l'assaillir depuis une heure, elle poussa un profond soupir ei tomba évanouie au milieu du corridor.
— Ah! malheur! s'écria Clochepain, tout est perdu 1
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il s'arrèla, parul iiositer un instant ; mais voyant approcher Raoul, et reconnaissant l'impossibilité de sauver la jeune fille, il prit son clan et eut bientôt disparu dans l'ombre.
Pendant ce temps, les routiers déconcertant par la vivacité et la furie de leur attaque l'énergie des assiégés, emportaient un a un tous les points disputés, et bientôt la moitié des leurs pénétra parla partie la plus faible et la moins fournie des soldats. Alors leur triomphe fut assuré, et ceux du dehors, aidés par la diversion qu'oi)érèrenl aussitôt leurs camarades, ne tardèrent pas à pénétrer comme eux dans