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au mal qu'on t'a dit de moi, sans doute? Si c'esl ainsi, tu dois savoir qu'il n'est pas prudeul d'excitçr ma colère ; hâte-toi donc de faire ce que je t'ordonne.
— Le ciel me préserve de résister a un homme tel que vous. J'obéis.
Et elle se mit a chanter ces paroles sur un rhjlhme dont la monotonie avait quelque (liose de terrible :
c< La nuit est sombre, les étoiles se sont voilées d'un crôpe de deuil ; la tempête siffle et hurle dans les ténèbres, ébranlant
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les lours crénelées et courhanl leS chênes sur son passa{»e.
» Tout lro(n])le dans la nature, (ont cherche un abri contre la colère du ciel ; rhDuune, comme les animaux, tressaille et sent le frisson de la peur passer dans son àme.
» Quels sont donc ces deux cavaliers qui vont par la campagne, hravant l'orage et les ténèbres? Ce sont deux frères, Gérard et Uimbaut.
» Gérard est triste et silencieux, car il s'éloigne pour quelques jours de celle
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qu'il aime. Rimbaut jette sur Gérard des regards sinistres, car lui aussi il aime la jeune Berthe, et en jurant a son frère de veiller sur elle pendant son absence, il s'est dit tout bas qu'elle serait a lui.
» Les voila arrivés a la Roche où ils doivent se séparer; le vent redouble de furie, les nuages sombres qui se traînent lourdement dans l'air crèvent tout a coup, et des torrents de pluie se mêlent aux grincements de l'orage.
» Viens, mon frère bien-aimé, dit Rimbaut , viens que je te presse dans mes bras avant de te quitter.
» Gérard s'avance, noble el conlianl ' mais tout a coup une lame brille, un cri d'aj^onie rolenlil dans l'air, un corps tombe sur la Rocbe, puis un cavalierparl, franchissant l'espaceavecla rapidité d'une flèche.
» l.e lendemain le soleil jaillit de l'horizon, el ses premiers rayons éclairent le cadavre de Gérard étendu au sommet de la Uoche, qui est teinte de sang.
» Voyageurs, pâtres et chevaliers attardés la nuit, éloignez-vous de la Roche- Sanglante. »
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^ Quand ia Maii^^abine eut fini son chant, il se fit un moment de silence ; Ptaoul, la tête penchée sur sa .poitrine, était perdu dans une rêverie profonde, et Zari ta s'était remise a chercher des plantes.
— Sorcière ! lui cria tout a coup Raoul.
— Que me voulez-vous? répondit celleci sans retourner la tête.
— Es.t-ce bien la la véritable ballade de la Roche-Sanglante ?
— C'est celle que l'on m'a chantée; qui peut vous en faire douter?
— Qui me dil que cclle-ra u'esl pas de loû iaveiiliou?
— Quel intérêt aurais-je a cela ?
— Je l'ignore, mais si je le savais !...
La Maugrabine ne réplii|ua pas ; Raoul lui jeta un regard soupçonneux, puis il siffla de nouveau son cheval et se mit a gravir le sentier raboteux et escarpé qui conduisait au sommet de la Roche-Sanglante. Parvenu Ta, il jeta les yeux devant lui, et n'apercevant personne dans la campagne, descendit de l'autre côté de la
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roche el mit son cheval au galop. Au bout de quelques instants, il s'arrêta une seconde fois, porta ses regards au loin, et croyant voir a une certaine distance un point noir se détacher sur la blancheur éclatante de la neige, attendit immobile. Peu à peu le point grandit, puis prit une forme déterminée et enfin se trouva assez rapproché pour qu'on pût reconnaître un cavalier arrivant a toute bride.
— Enfin! murmura Raoul, le voila!
Et il s'élança ventre à terre au-devant du cavalier.
CHirn RR Qll^ZlKME
L««s fleax frères.
Raoul ne s'était pas trompe ; ce voya- ^euT était bien son frère, comme il put bientôt s'en convaincre, car, en moins
de deux minutes, lise trouva en face de
îui.
HS KObKKT
En voyant venir a lui un cavalier, a celte heure de la nuit et dans cette campagne désolée, Robert avait arrêté son cheval et s'était mis sur ses gardes, portant la main a la poignée de son épée qu'il tira a moitié du fourreau. Raoul le trouva dans cette position ; il s'avança aussitôt vers lui la main tendue :
— Et quoi, mon frère, lui dit-il, ne me reconnaissez-vous pas ?
— Comment! c'est vous, Raoul; dit Robert avec surprise.
Et il repoussa lentement son épée dans
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le fourreau, Tobservanl d'un œil calme et pénétrant.
— Je comprends votre étonnement de me voir venir a voire rencontre ai)rè5 la façon dont nous nous sommes quittés, reprit Raoul; nuiis c*est précisément ce souvenir qui n.j'a décidé. J ai voulu vous donner cette preuve que toute rancune était éteinte dans mon cœur, et que revenu a de meilleurs sentiments, je ne voulais plus être pour vous désormais qu'un frère plein de déférence et d'atîection.
Etpour la seconde fois, il lendil la main
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à Ro])ert; mais celui-ci teignit de ne pas voir ce mouvement et répondit^ toujours immobile et imperturbable :
— Je vous remercie de cette marque d'amitié, Raoul; mais ces sentiments, auxquels j'eusse été sensible autrefois, se manifestent aujourd'hui dans une circonstance peu opportune.
— Je ne vous comprends pas , Robert.
— Je vais m'expiiquer ; mais d'abord^ veuillez donc satisfaire ma curiosité en m'apprenant commeut vous avez pu de- ^ viner que je viendrais par ce chemin, car
je VOUS ai I>ion annoncv le jour el riieuro (le mon arrivée a Teneslranf^e , mais sans vous indiquer la route par laquelle je m'y rendrais.
— J'ai suppose que vous prendriez ce chemin, qui est le plus court et surtout le plus commode par ce temps de neige, cl je suis venu a tout hasard.
Robert regarda un instant Raoul en silence.
— C'est bien, dit-il enfin, rendons-nous donc ensemble a Fenestrange.
Raoul fit tourner son clieval,qui alla se
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placer a côté du coursier de Roberl^^les deux frères partirent au pas.
— Eh bieu, Kol)ert5 reprit alors Raoul, me diriez-vous ce que siiinifient les étranges paroles que vous venez de prononcer sur l'inopportunité de mes sentiments fraternels?
— Cela sii^nifie, Raoul, que ces sentiments n'ont jamais pu exister entre nous, et que l'indiftérence que nous éprouvions jadis l'un pourl'autre était toute naturelle, car nous ne sommes pas frères.
— Nous ne sommes pas frères! s'écria Raoul, jouant admirablement la stupéfac-
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lion ;el sur qiioi hasez-vous iiiio sii|)posilion aussi insensée?
— Ce n'esl'pas une supposition , c'est unecerlilude, répondit froidement Robert, et il ne vous restera aucun doute sur ce point quand je vous aurai révélé la vérité, que je ne connais moi méjue que depuis peu de jours.
— Parlez, dit Raoul avec ironie, je suis vraiment curieux d'enlendre cette merveilleuse histoire. Mais je dois vous déclarer d'avance que vous aurez beaucoup de peine a convaincre le monde que vous n'avez pas de frère, lorsque cent témoins
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peuvent se lever pour attester qu'ils l'ont vu naître et grandir près de vous.
— Ces témoins, répliqua Robert, auront raison quand ils attesteront qu'il m'est né un frère a Fenestrange ; ils auront tort quand ils affirmeront qu'il a grandi près de moi.
— Vos paroles deviennent de plus en plus obscures, dit Raoul.
— Un mot d'explication suffira pour les rendre claires et intelligibles. Oui, j'ai eu un frère, un frère né du même père et de la même mère que moi ; mais peu de temps après sa naissance, le comte, mon
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pèro, égaré ])ar d'injuslcs souprons, le faisait enlever de Feneslrange et remplacer dans son berceau par un bâtard qu'il avait eu dans le niènie temps de je ne sais quelle maîtresse. L'enfant légitime n'a jamais reparu, et tout fait présumer qu'il est mort depuis longtemps; quant au bâtard, c'est celui qu'on a toujours salué jusqu'à présent du nom usurpé de Raoul de Fenestrange, c'est vous.
Raoul tressaillit en entendant prononcer ces derniers mots, et il se fit un long silence.
— L'histoire est assez bien trouvée, dit-
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il eiilin, et je comprends fort bien l'inlérét que vous avez à ce qu'elle soit acceptée comme vraie ; malheureusement , je vous le répèle, personne n'y croira, et moi moins que personne.
— Tout le monde y ajoutera foi, et TOUS comme les autres, répliqua Robert, qnand je produirai des preuves authentiques, irrécusables, a l'appui de mes paroles.
— Ah ! vous avez des preuves? dit Raoul d'un ton moqueur.
— Je les ai en ma possession, écrites et de la dernière évidence.
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Uaoul jeta un rcf^anl sinistre sur son frère et porla la maiu a son poignard; mais i^s nuuchaienl côte îj cùie, el , ii la clarlé (le la lune, aucun de ses niouvcmenls ne pouvait échapper a Robert; il le comprit et laissa retomber nonchalamment sa main sur le coude son cheval , qu'il feifrnilde caresser.
Ecoutez-moi, reprit Robert, quelle que soit votre répugnance à renoncer au nom de Fenestrange, a la fortune, a l'autorité, au\ honneurs attachés ai ce nom, qui n'est pas le vôtre, il faudra bien vous y ré- i soudre quand la loi aura décidé, et je vous jure que j'ai en main tout ce qu'il faut pour
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quelle se prononce contre vous. Or, ce jour-là, qu'arivera-t-il si telle est ma volonté? 11 arrivera que vous partirez seul, plus faible, plus pauvre et plus isolé sur terre que le mendiant errant de village en village. Mais je ne veux pas qu'il en soit ainsi ; je ne veux pas qu'un homme qui a porté le nom de Fenestrange tombe dans la honte et la misère ; je vous donneral donc uû des manoirs qui sont dans mn mouvance, a la seule charge de m'en rendre foi et hommage, et vous tirerez de la ce qui vous manque aujourd'hui , un nom et un titre qu'on ne pourra plus vous contester.
— Robert, répondit Raoul après un
moment de réllexion, je ne puis me faire a la pensée de quillcr le nom et le ran^ auxquels je m'étais accoutumé et que je considérais comme m'appartenant h tout jamais; j'attendrai donc pour m'en désaisir que vous ayez fait valoir les preuves dont vous vous dites possesseur; mais s'il arrivait qu'en eifet j'e ne fusse qu'un bâtard sans nom et sans droits, comme vous le dites, j'accepte d'avance le don que vous voulez bien me faire, et vous reaiercie de votre générosité.
Cette résifîna lion subite parut surprendre Robert, qui jeta un regard sur Raoul pour lire sur son visage si elle était sincère ;
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niais celui-ci avait bien un air a la fois calme et triste d'un homme qui voit la fortune lui échapper et qui accepte sa destinée. Cette expression convainquit sans doute Robert que Raoul ne tenterait aucun effort pour se soustraire aux coups qui venaient si inopinément bouleverser toute sa vie, car il parut ne plus songer a épier sa pensée ni ses mouvements.
Les deux frères arrivaient en ce moment au pied de la Roche-Sanglante. Le sentier tracé dans le roc était a peine assez large pour laisser passer un cavalier ; Raoul prit Jiumblement quelques
pas en arrière, el Kobert passa devanl. ,
Plusieurs fois pendant le trajet, qui fut lon^ ei péiiil)le, car les chevaux pouvaient li peine tenir pied sur la neige durcie, llaoul, dont les traits étaient devenus plus sombres et plus sinistres que jamais, avait tiré a moitié son poignard de sa gaine, fixant sur son frère un regard brûlant de liaine et de vengeance; mais ebaque fois l'arme avait échappé à sa main, paralysée par la terreur que lui inspirait le courage intrépide de Robert. Cependant le moment (»tait propice; il
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était probable que jamais roccasion ne se présenterait aussi favorable.
Robert, devenu tout a coup silencieux, absorbé dans ses pensées, ne se rappelant même plus peut-être que Raoul était derrière tui, se prêtait sans défense au coup qui vomirait le frapper. Raoul se faisait ce raisonnement; mais au moment d'exécuter le crime, la peur s'emparait de lui, et la lutte qui régnait entre sa lâcheté d'une part, son intérêt et sa haine de l'autre, était si violente, que de grosses gouttes de sueur perlaient sur son front, malgré la rigueur du froid.
Enfin le cheval de Robert prit pied sur
le sommet du ûionlicule, et celui de Raout s'y élança après lui.
Robert, poursuivant son chemin, allai franchir la roche large et polie qui, par un étrange caprice de la nature, «e trouvait jetée comme un pont.au -dessus du précipice, quand Raoul le'retint par le bras.
— Ces pauvres bêtes sont fatiguées, ditil en montrant les chevaux, laissons-les reposer un instant.
— Volontiers, dit Robert.
Il arrêta son chevaret Raoul en fil autant.
Pendant quelques instants ils restèrent silencieux, Robert contemplant, avec un sentiment de mélancolie, la majesté sombre et^funèbre du paysage, qu'on eût dit comme pétrifié dans le vaste linceul de nei«e qui en dessinait avec une exactitude merveilleuse toutes les ondulations, toutes les fondrières et toutes les saillies ; Ilaoul jetant de tous côtés un regard perçant et inquiet, pour voir s'il était bien seul avec son frère dans cette solitude, dont le silence effrayant et la physionomie désolée semblaient faire un appel énergique aux sinistres pensées qui tour a tour l'enflammaient du feu de la haine et le faisaient pâlir d'épouvante.
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— Qu'avez-vous donc, Hoherl, dit enfin Raoul; vous voilk tout pensif?
— Je ne puis me lasser d'admirer ce site étrange que je connais depuis mou enfance, et qui m'apparaît eu ce moment sous un jour tout nouveau, répondit Pioberl. Voyez vous-même, Raoul, sous cetle neige si blanche et rendue plus éclatanle encore par les rayons argentés de la lune, ne semble- t-il pas que ces grandes cavités se soient ouvertes toutes seules pour recevoir les morts qui vont venir s'y couchVr ? Et ces pins magnifiques avec leurs longues branches qui s'an\)issent sous le poids des frimais, ne les picudrail-on pas pour des
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fantômes soutenant sur leurs grands bras les plis de leurs suaires qui traîoeat juS' que sur le sol.
— Voila qui est vraiment bizarre, répliqua Ptaoul; cette impression est justement celle dont j'ai été saisi tout a l'heure en traversant ce site pour aller au-devant de vous.
— Oui, dit Robert, il y a dans tout Tensemble de ce tableau je ne sais quoi de morne et de navrant, qui jette la tristesse et le découragement dans Tame. Ce lieu répond bien a la renommée terrible qu'on lui a faite et au nom terrible qu'il porte.
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Il ajouta presque aussi loi :
— Allons, nos chevaux sont reposés, parlons.
11 s'approcha de son cheval el mil le pied dans i'élrier.
— Un mot avanl de parlir, je vous prie, lui dit Raoul en posant la main sur son bras.
— Tout ce qu'il vous plaira, Raoul; parlez.
— Vous savez qu'en toutes choses, Robert, l'incerlitude est un intolérable sup-
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plice, et vous devez comprendre tout ce que je vais soulTrir laul que je Jie serai pas li\é sur ma destinée ; car, vous l'avez dit vous-même, si je ne suis pas un Fenestrange, je puis tomber, au gré de voire caprice, au dernier degré de la honte et de la dégradation. Eh bien ! quel que doive être mon sort, je préfère le connaître a l'instant même que de rester une heure de plus ei\ proie a cet horrible doute.
— Ne vous ai-je pas dit, répliqua Robert, que le doute, a cet égard, était impossible, et que j'étais assuré de porler ia conviction dans iàme des
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plus iiicictiules, dans la voire elleluème ?
— Eh bien! c'est celte conviclion, si cruelle qu'elle soit, que je veuK acquérir et que je vous demande comme une grâce. Los pièces qui attestent la vérité sur ma naissance et sur la substitution dont vous m'avez conté l'étrange histoire, ces pièces, vous les avez sur vous sans doute, puisque vous n'êtes revenu que dans le but de me révéler ces faits et de vous établir a Feneslrange, comme seul et unique possesseur du nom et des domaines que je me croyais en droit de partager au moins avec vous. ^lontrez-les-moi,
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et une fois toute illusion détruite , je
me sens la force de me résigner a mon
sort.
Robert parut réfléchir quelques instants avant de répondre.
— îl me semble, dit-il entin, que ce n'est guère ici le lieu ni l'heure d'examiner des papiers et d'en discuter la valeur ; et quant à l'incertitude qui vous agite, elle ne sera pas de longue durée, puisque dans une demi-heure a peine nous serons arrivés a Fenestrange.
— Pourquoi m'infliger cette demi-heure de torture, quand, pour me l'épargner,
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VOUS n'avez qo'a lirer do votre poche les papiers (|iie je vous demande? Quant a en discuter la valeur, a quoi bon , si le témoignage qu'ils contiennent est éclatant el irrécusable comme vous le dites?
— Enfin, il ne me plaît pas ainsi, riposta Robert avec hauteur; je trouve plus convenable de débattre cette alTaire dans une des salles de Fenestrange que sur celle roche nue et les pieds dans la neige.
—^Allons, dit Raoul d'un ton insinuant, tant de mauvaise grâce ne me paraît pas
î ! 2 Robert
naturelle, el je ne puis supposer qu'une chose, c'est que vous n'avez pas ces papiers, ou du moins que vous ne les avez pas sur vous.
— Vous pourriez vous tromper, messire Raoul, dit Robert d'un ton un peu dédai-
gneux.
Et retournant a son cheval, dont il s'était éloigné de quelques pas pendant cet entrelien, il regarda avant de monter en selle si ses harnais étaient solidement attachés.
— Les papiers sont sur lui, murmura tout bas Raoul.
Et celte fois, tirant résolument sada-^ue « du fourreau, il feignit aussi d'aller a sou
clieval, qui était resté iuiuiubile d côté de
celui de Robert.
— Le pied peut vous glisser sur cjtte Deige, dit-il, en voyant que Robert allait s'élancer a clieval, laiss3z-inoi vous tenir l'étrier.
Il s'approcha pour remplir ce soin olïicieux; mais au moment où Robert n'avait plus qu'un pied sur le sol, le poignard brilla tout a coup dans l'air, un cri étouffé se fit entendre, et le corps du jeune homme tomba lourdemeut sur le tocIkm-,