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oïl il restai étendu dans un état d'immobilité complète.
Tout était fini, Robert de Feuestrauge n'était plus qu'un cadavre.
Quand il le vit.tomber, son cheval se pencha vers lui, approcha sa tête de son visage, se mit a aspirer avec terreuf l'odeur du sang qui coulait sur la roche, puis, l'œil en feu, la crinière effarée, il s'élança devant lui, descendit le monticule en deux bonds, franchit la campagne avec une vélocité effrayante, et, en moins d'une minute, disparut tout a fait.
CIIAPITKE SEIZIEME
I^^apparition,
Une fois le crime accompli, Raoul resta comme frappé de la foudre ; le regard ûxe sur le cadavre de son frère, il serrait dans sa main crispée le manche de sa dague toute ruisçelaute de sang, dont les gouttes,
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en tombant, creusaient un trou écarlate
dans la neige.
Il fut longtemps à se remettre de cette commotion, mais enfin il retrouva peu a peu son sang froid et toute sa lucidité d'esprit, et alors son premier mouvement fut de s'assurer que la vie était bien complètement éteinte dans celui qui, tout à l'heure, était l'arbitre de sa destinée et dont la force et l'énergie lui avait toujours inspiré tant d'effroi.-Il s'agenouilla a côté du corps, écarta ses longs cheveux bruns <ïui, dans sa chute, étaient retombés épars sur son front, et se mit a l'examiner avec
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une allciilioa aussi fiMiJc; que s'il l'eiU
regardé d ormir.
C'était uue belle (été, quoiqu'elle fut déjà couverle de la pâleur de la mort : do grands jeux bien abrités sous l'arcade sourcillière, dont l'ombre, quand la vie et la passion les animaient, leur donnait une expression étrange, a la fois pleine de vague etd.e profondeur ;!puis un front large, harmonieux, où se dessinaient ces insensibles saillies qui décèlent un grand caractère et une grande intelligence; une magnifique chevelure noire, tombant autour de sa tète dans un df'^sordre qui ajoutait '^ l'air de noblesse, de francbise et
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d'intrépidité encore empreinte snr ces traits inanimés ; une bouclie un peu grande, mais fière, gracieuse et admirablement ciselée. Toute sa barbe était coupée, excepté les moustaches, dont les pointes noires et toufTues venaient se perdre dans les deux coins de sa bouche. Une fossette assez profonde, creusée juste au bas du menton, formait le trait le plus vif et le plus saisissant de cette figure.
La dague de Raoul s'était enfoncée dans le cou et v avait fait une plaie profonde, d'où l'on voyait le sang s'échapper a flots.
Quand il l'eût regardé longtemps ainsi, quand il se fut assuré, en posant la main
sur sa poitrine et le visage contre sa bouche, que la vie avait l)ien réellement quitté ce corps, Raoul se frappa tout a coup le Iront en s'écria nt :
— Les preuves ! les preuves !
Et, d'une niain brûlante (fimpatience, il ouvrit les vêtements de Ilobert, sans s'inquiéter du san»; tout tiède encore dans lequel plongeaient ses mains, et se mit a chercher ces papiers redoutables qui avaient failli causer sa ruine et dont la destruction devait assurer a jamais sa fortune.
Il chercha longtemps, il revint dix fois fouiller les poches qu'il avait déjà visitées; mais toul fut inutile. e( il dut reconnaître
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enfin, non sans maugréer Dieu et tous ses saints, que si ces fatales pièces existaient, elles étaient en sûreté dans d'autres mains. Mais oïl les ctiercher? A qui Robert avaitil pu confier un dépôt si précieux?
Voila les questions que se posait Raoul, qu'il retournait sans relâche dans sa tête bouleversée , sans pouvoir trouver même une supposition pour se guider.
— Ah ! s'écria-t-il enfin, éclairé par une idée subite, Aïssa 1 Aïssa ! son ^uide et son conseil en toute occasion; Aïssa qui lui a révélé le secret de ma naissance, Aïssa mon ennemie mortelle, c'est elle qui a ces papiers! Ah ! femme imprudente et
folle qui oses t'jil(a([iicra moi, ces papiers, je les aurai, dnssé-je faire de loi ce que je viens de faire de cet lioinme, qui n'a pas craint de me dire : Je suis tout et tu n'es rien !
Une autre préoccupation vint bien lot s'emparer de son esprit.
— Ce cadavre, murmura- t-il, je ne puis le laisser Ta, il faut le faire disparaître a tout prix, car si quelque passant me rencontrait sur celte route et le voyait enruite, il pourrait parler, et alors tous les
soupçons se réuniraient contre moi
Comment faire?
En quelques minutes, il imagina et rejeta aussitôt vingt moyens de faire dispa-
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raître ce témoignage éclatant de son
crime.
Tandis qu'il se creusait la léte pour trouver un expédient qui eût a la fois l'avantage de détruire toute trace du meurtre et d'éloigner de lui jusqu'à l'idée du soupçon, ses regards, errant machinalement sur la campagne, s'arrêtèrent sur le précipice. Ce fut une illumiualion, ses yeux, brillèrent tout a coup, et il s'écria, avec une expression de joie infernale :
— Ce gouffre avec sa gueule béante ne semble-t-il pas quelque horrible monstre qui attend une proie? Oui, oui, c'est la qu'est sa tombe, c'est la qu'est mon salut ;
une fois au fond de ral)înie, qui donc ira Tv chercher? L'œil de J)ieu seul pourra Tv voir, et tant que je n'aurai affaire qu'a Dieu!...
Sa pensée s'acheva dans un sourire d'une effrayante ronie.
Une fois cette idée trouvée, Raoul se hàla de la nietlre a exécution. Il se pencha sur le cadavre de son frère, le souleva par les épaules et le traîna jusqu'à Touverturc du [)récipice, laissant derrière lui une trace humide, qui se détachait sur la blancheur de la ueige comme un serpeut aux. écailles sanglantes. Il le posa tout au bord du gouffre, mais avant de l'y rouler, il le fouilla une dernière fois, ne pouvant rc-
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noncer a l'espoir de retrouver ces terribles papiers dont la possession l'eût assuré contre toute crainte de se voir jamais inquiété dans son nom et dans sa fortune. Celte dernière rectierche demeura vaine comme les autres, et alors ce fut avec une imprécation de rage que Raoul poussa du pied le corps raide et glacé de Robert, qui roula rapidement dans l'espace, heurtant dans sa chute les nombreuses saillies qui jaillissaient ça et là des parois de la roche. Quand il l'eut perdu de vue; Raoul se pencha en avant et écouta; il entendit un bruit sourd et mat, puis rien que le silence profond et solennel !
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Allons, muriuura-t-il pour la seconde fois, la llocbe-Sanglanle amériléson nom.
On dirait vraiment qu'elle a quelque puissance surnaturelle pour attirer a elle le meurlre et le fratricide.
Il se pencha encore une fois sur le gouffre et chercha d'un œil attentif si quelque lambeau de vêtement n'était pas resté attaché aux aspérités de la roche ; puis, une fois rassuré sur cette crainte, il se releva et fit un pas pour aller vers son cheval. Mais alors un spectacle étrange, inouï, incrojable, le cloua immobile a sa place, pâle, tremblant, en proie à une terreur si profonde que ses dents claquaient l'une contre l'autre.
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A dix pas de la, veaait de se dresser un homme dont les longs cheveux, la Ifigure pale et les haillons de couleur sombre se dessinaient avec une netteté fantastique sur une roche toute blanche de neige qui s'élevait derrière lui et lui servait'de fond; ci cet homme, éclairé tout entier par la clarté limpide de la lune, c'était le portrait frappant, la reproduction exacte et vivante. do celui que Raoul venait de lancer dans le précipice. C'était sa taille, sa tournure fiére et dégagée, c'était son froutsi noble, son regard si profond et si ardent, sa bouche un peu grande et si délicatement ciselée, sa moustache noire et recourbée aux deux coins de la bouche; tout enfin,
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jusqu'à l'expression inlelligenle et passionnée de la physionomie, jusqu'à celle fossette profonde marquée au menton.
Le fantôme, car il était impossible de voir aulre chose dans cette ombre immobile, dans cette ima^^e saisissante de l'homme qui venait de rouler mort au fond d'un abîme, le fantôme regardait Raoul avec une fixité impassible qui ajoutait encore a l'impression surnaturelle de cette apparition terrible.
— Robert! murmura Raoul d'une voiK étranglée par la peur, Robert! c'est lui! c'est lui !
Peu a peu, les traits du fantôme parurent s'animer, sa physionomie quitta 1 in-
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sensibilité glaciale qu'elle avait conservée jusque la et il regarda Raoul de l'air curieux et étonné d'un Jjomme dont l'intelligence s'éveille et cherche à comprendre. Il leva même un bras et tendit la main vers Raoul comme s'il allait lui adresser la parole. A cet aspect, celui-ci recula ébloui par ce regard dont il ne pouvait détacher les siens, 'épouvanté par ce geste, dans lequel il voyait une menace et un anathème, et les traits effarés, l'âme saisie de vertige, il se dirigea lentement du côté de son cheval, chancelant sur ses jambes comme un homme abattu par l'ivresse.
Le fantôme, comme s'il eût été surpris de cet eifroi, ne proféra pas une pairole et.
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n sla iminoliile dans la mêrae position, le bras toujours tondu vers Ilaoul, position que reiidait plus sinistre et plus effrayante encore la manche lar«^e et pendante de sa casaque toule dentelée de lambeaux.
Enûn, après avoir mis plus de cinq minutes a parcourir un espace de quelques pas, Raoul posa la main sur le cou de son cheval. Mais alors il sentit que l'animal frissonnait de tout sou corps et paraissait être comme lui sous l'empire d'une indomptable terreur, ce qui accrut tout à coup son émotion en le confirmant dans la pensée qu'il se trouvait en face d'un fait surnaturel, et que celte image était bien l'ombre de Robert qui venait de sor-
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tir de l'abîme où son corps avait disparu. Cependant, puisant un reste d'énergie dans l'ardent désir d'échapper au regard inexorable du spectre, Raoul parvint a se mettre en selle, et il enfonça aussitôt ses éperons dans les flancs de son coursier ; mais l'animal , auquel il suffisait habituellement d'une caresse pour le voir partir ventre a terre, ne bougea pas plus que s'il eût eu les quatre pieds scellés dans le roc. De plus en plus effrayé par ce symptôme, Raoul recommença a lui déchirer les flancs sous la pointe de ses épfîrons; alors l'animal, cédant a la douleur se cabra, fit deux ou trois tours sur ses pieds de derrière et retomba à la
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même place, où il demeura de nouveau sans mouvement, toujours frémissant de tous ses membres. A la lin cependant Je cheval céda à l'homnie, et, prenant un élan furieux, il s'élança comme un' trait sur le versant de la roche qui faisait face à Fenestrange. En quelques secondes le cheval el cavalier étaient hors de la portée du rci'ard.
Alors l'homme murmura à voi\ basse et le regard tourné dans la direction oii venait de disparaître Raoul :
— Quel est donc cet homme ? Pourquoi me regardait il ainsi et quelle peut être la cause de celte terreur qui l'a fait fuir comme si la jiiorl courait après lui ?
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— Je vais vous expliquer tout cela, répondit une voix derrière le jeune homme.
Celui-ci se retourna stupéfait et aperçut une femme de haute taille, dont les yeux pleins de feu et la physionomie ardente et sombre ajoutèrent encore a sa surprise.