CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
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Rayon d*«spoir.
Si le jeune homme avait été étonné de voir une femme se montrer tout a coup a ses côtés clans un lieu où il avait toute raison de se croire seul, la surprise de celle-cî parut bien aulremenl profonde
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quand elle put apercevoir les traits de celui auquel elle venait d'adresser la parole. Son premier mouvement fut même un geste d'eifroi ; elle recula d'un pas et demeura quelques instants silencieuse, les regards fixés sur le jeune homme avec un air de doute et de stupéfaction qui rappela a celui-ci l'effet qu'il venait de produire sur Raoul.
— Qu avez-vous donc , bonne femme ?
dit-il enfin, vous me regardez exactement du même air que ce cavalier qui vient de fuir a mon aspect comme si j'eusse été Satan en personne. Vous me direz sans doute comment il se fait que j'inspire un tel effroi ?
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— C'est vraiment iniraciilcux, murmura la Mau,ural)ine loulonlièrt; a la surprise qui la domiuait. Je ue l'avais vu tout a l'heure que daus l'ombre et eiuloruii, et j'avais compris l'émotiou de ce Raoul ; mais mainleuant je m'étonue qu'il ne soil pas mort sur la j>lace devaut une resseml mce aussi merveilleuse.
— Je vous eu supplie, brave femme, reprit le jeune homme en se rapprochant de la Maugrabine, veuillez mettre fin a mon anxiété en m'expliquant la cause de l'impression étran^^e que j'ai produite sur vo us et sur ce gentilhomme.
— Ne vous ai-je pas promis que j'allais vous révéler ce mystère? dit la Mau|^^ra-
bine: je tiendrai parole: mais d'abord, répondez a une question; quel nom portez-vous?
— Mon nom est Frantz.
— Frantz! ce n'est pas le nom de Yotre famille?
— Je n'en ai jamais porté d'autre, et quant à une famille , je n'en connais pas.
— Mais vous êtes né dans cette contrée?
— Je suis né loin d'ici ^ ma patrie est l'Allemagne.
— Quel intérêt vous attache donc à ce pays? car hier déjà je vous y ai rencontré, et autant que j'en ai pu juger, a la dis-
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tance qui vous séparait de moi, vous paraissiez triste et découragé, couinie vous Je paraissez eucore en ce moQicnl.
Ma tristesse, dit le jeune liOHime avec un sourire amer, je pourrais l'expliquer par ces haillons dont je suis couvert, par la faim qui ronge mes entrailles et dont j'espérais mourir, quand loui \i l'heure je me suis couché dans la neige, mais je veux bien vous avouer qu'elle aune autre cause, une douleur plus cruelle que le froid et la faim, car celle-là, c'est mou cœur qu'elle dévore.
— Je devine, dit Zarîla, un amour?
— Un amour dont il faut que je meure, car tout espoir m'est interdit.
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— L'espoir est un trésor qu'il ne faut jamais jeter liors du cœur, dit la Maugrabine; nos rêves sont souvent sur le point de se réaliser au moment même où nous les croyons détruits pour toujours.
— Olijmon rêve î reprit le jeune homme d'une voix profondément émue, il était trop beau pour jamais s'accomplir.
— Quand vous aurez vécu davantage, jeune homme, répliqua la Maugrabine, vous reconnaîtrez que Dieu se plaît à abaisser l'orgueil de Thomme en déjouant sans cesse les caloils de sa raison, et que les choses qui arrivent ici -bas sont toujours celles que nous déclarons impossibles et invraisemblables. Vous me parlez
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de vos malheurs ! Si vous connaissiez les iiiier)S, si vous saviez lonl ce qu'il fau- (Irail de liasards miraculeux pour amener la rralisalion de mon rêve, à moi, vous seriez sur|)ris de m'enlenJre tenir un pareil lauiiage.
— J'admire votre loi, dil bVantz avec l'expression dun amer découragement, mais j'ai beau faire, je ne puis la partager.
— Eh bien,, ne fut-ce que pour^soulager votre cœur du poids qui l'accable, failesmoi le récit de votre amour et de vos malheurs.
— A quoi bon ? murmura le jeune homme en laissant retomber sa tète sur sa poitrine.
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— Parlez toujours, reprit Zarria, et croyez que si j'insiste pour connaître ces détails, ce n'est pas une frivole curiosité qui m'anime, mais un intérêt sincère pour votre personne. 11 y a a coup sûr quelque étrange mystère dans la ressemblance irnppante qui existe entre vous et certain personnage dont je vous révélerai le nom tout a l'heure, et peut-être le récit que je vous demande pourra-t-il jeter quelque clarté dans ces ténèbres.
— Soit, dit Frantz, je vous ferai la confidence que vous me demandez, mais sans partager l'espoir insensé que vous voulez faire luire à mes yeux et dans le seul but
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de laisser déborder de mon cœur les souvenirs qui rétouiïenl.
11 releva la lète et promena autour de lui son rei^^ard vague et mélancoli(jue ; puis, se tournant vers la Maugrabine:
— Ce qui m'a attiré dans ce pays, lui dit-il, c'est une vision éblouissante qui a pénétré un jour dans mon cœur et qui, depuis lors, y resplendit éclatante et pure comme un phare au-dessus delà tempête.
C'est aux environs de Manheim que je la vis ; j'habitais la chez le curé d'un petit village, homme d'une science profonde et d'une vertu modeste, qui m'avait recueilli par pitié et envers lequel je tâchais de m'acquitter en lui copiant de vieux ma-
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nuscrits. Un malin je la vis passer dans la cao]pa^^ne5 montée sur un beau cheval blanc et accompagnée par un vieillard qui paraissait être son père. Je la suivis du regard aussi longtemps que je pus l'apercevoir, j'en rêvai tout le jour, et le lendemain à là même heure, je m'en fus l'attendre a l'endroit où je l'avais rencontrée la veille, espérant qu'elle y passerait encore. Elle vint en efl'et ; je la revis et il me sembla que son regard s'était arrêté sur moi. A dater de ce moment, son image s'empara de mon cœur et je n eus plus une pensée, plus un espoir qui ne se rapportât a elle. Pendant plusieurs mois, je la rcîicontrai ainsi tous les jours, soit
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(laîis la campagne, soit clans une é^^lise de Manheini où j'avais découvert qu'elle se rendait quelquefois , et bien souvent je crus surprendre dans ses yeux, quand ils se tournaient vers moi, le même sentiment de tendresse profonde et d'irrésistible sympatbie qui m'entraînait vers elle. C'était du délire, car, hélas ! comment pouvais-je espérer d'occuper un seul instant sa pensée, moi, pauvre infortuné, sans nom, sans famille, vivant presque du pain de l'aumône ; elle, noble de race comme l'indiquait la richesse de ses vêtements, et belle entre toutes î C'était de ma part une folie insigne, je le savais bien ; mais cette illusion seule me rendait la vie suppor-
table, el, loin de chercher a la détruire, j'amassais avec soin au fond de mon cœur tous les petits incidents, toutes les nuances imperceptibles qui pouvaient lui donner une apparence de réalité. Oh ! que de fois agenouillé dans Téglise oîi elle allait prier, je demandai à Dieu une occasion de l'approcher, d'entendre le son de sa voix,, d'échanger avec elle quelques mots insignifiants! Mon ambition se bornait là; mais Dieu, dans sa bonté infinie, m'accorda au-delà de mes désirs. Un jour, que je chassais à quelque dislance d'un torrent qui traversait un petit bois voisin de la ville, je vis son cheval se précipiter avec une rapidité effrayante vers la roche qui
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dominait ce torrent. A la direcliou que prenait l'animal et aux efforts évidents que faisait la jeune 011e pour l'arrêter, je compris qu'elle n'était plus maîtresse de lui et qu'elle courait \x une mort certaine. IMa première pensée fut de m'élancer audevant du cheval, de le saisir par la bride et de me faire broyer sous ses pieds pour la sauver; mais une seconde de rédexion me suffît pour reconnaître l'absurdité d'un tel projet et me sug^a^rer un moyen terrible, dangereux, mais quioiïraitau moins une chance de salut a côté d'un grand péril, .l'allai droit h l'animal, je saisis le couteau (jui pendait a ma ceinture, et d'un coup vigoureux , porté des deux
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mains, je l'éleiidis mort a mes pieds. Elle était sauvée ! Je jetai un cri de joie et de douleur a la fois, car elle aussi était lora^ bée violeoiment sur le rocher^ et elle pouvait être dangereusement blessée. Je courus pour la secourir, mais elle se relevait quand j'arrivai a elle; je la Irouvai pâle et encore toute étourdie du dan^ii^er auquel elle venait d'échapper et de la secousse qu'elle avait reçue en tombant. A mon approche, je vis sa pâleur disparaître tout à coup pour faire place aux plus vives couleurs.
— C'est à vous que je dois la vie , D'est-ce pas? me dit- elle en me montrant
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(lu doigt la lame enfoïicce dans le liane du cheval.
Je fis un geste alTirmalif, car réinotion m'empecbait de proférer une seule parole.
— Merci, me dit-elle, et veuillez accepter ceci en lémoignage de ma reconnaissance.
Elle ôta un magnifique bracelet de son bras et me TotTrit.
— Unerëcompense, lui dis-je, pourquoi?
Ne suis-je pas lro|> heureux d'avoir été choisi par la Providence pour vous arracher à la mort?
— Vous vous méprenez sur mon intention, reprit-elle, prenez ce braceiel, non
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comme récompense, mais comme souvenir.
El comme j'hésitais encore, elle ajouta en détournant les yeux comme pour cacher son embarras :
— Je pars demain, je quitte l'Allemagne pour retourner en France, dans la province de Normandie, mon pays natal ; je serais désolée de parlir sans vous laisser ce giï^e de ma gratitude.
, — Vous partez î murmurai-je d'une voix étouffée.
Alors je pris le bracelet; en le recevant de sa main, j'osai presser légèrement ses doigts, et il me sembla qu'elle les retirait bien lentement. Alors je crus que j'allais
devenir fou de bonheur ; mais elle nie rendit tout à coup a moi-même, en me disant d'une voix calme :
— Encore une fois, merci! Soyez heureux, c'est le vœu que je forme en vous quittant.
Et elle s'éloigna en me jetant un dernier reijrard.
— Heureux ! heureux loin d'elle ! ah ! ce vœu-la me prouva bien qu'elle n'avait rien compris de ce qui se passait en moi, et que mon cœur seul avait imaginé ce que mes yeux avaient cru voir. Cependant ce beau rêve, un instant refoulé au fond de mon àme s'y raviva bientôt plus ardent, plus entraînant que jamais, et il arriva
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enfin que, quelque temps après son départ, iucapal)le de résister plus longtemps au charme lout puissant qui m'attirait vers elle, je quittai le presbytère et me mis en route pour la province de Normandie. J'y suis arrivé après des fatigues et des privations inouïes , et je la cherche partout sans savoir son nom, ni quelle contrée elle habite dans cette immense province. Je suis allé toujours devant moi, cherchant de villai^re en village, de château en château , et bien décidé a mourir le jour où j'aurais perdu tout espoir de la retrouver. Eh bien! ce jour fatal est arrivé hier; quand vous m'avez vu rôdant par la neige autour du château de Fenestrange,