‹ Robert le ressuscitéChapitre 14 sur 17 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

La comtesse de Fenestrangje.

Dans une pièce vaste et élevée une femme était assise, ou plutôt a moitié couchée dans un grand fauteuil posé devant une fenêtre ouverte d'où le regard embrassait l'horizon.

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Celle i'einme était remarquable par sa taille élevée et une physionomie naturellement fière et imposante dont une longue souffrance avait toutefois modifié l'expression. Aujourd'hui cette fierté native avait presque entièrement disparu sous un air d'abattement et de résignation dont il était impossible de n'èlre pas vivement touché. Avec ses grands traits pâles et amaigris, ses jeux bleus errants et allanguis , on l'eût prise pour une de ces peintures antiques qui se dégradent et s'effacent peu a peu sous le souille mortel du temps.

C'était la comtesse Hélène de Fenest range.

Au bout de deux heures pendant lesquelles elleétait demeurée aussi immobile, , aussi calme de visage que si elle eût été de marbre, elle tourna doucement la tète, étendit la main vers uu petit marteau d'argent placé a sa portée et frappa deux coups sur sou timbre.

La porte de la chambre s'ouvrit, et une femme de quarante ans environ, a la mine éclatante de force et de santé , entra aussitôt.

— Marthe, lui dit la comtesse, ferme celte fenêtre.

— Fermer cette fenêtre ! madame , s'écria Marthe , et pourquoi cela , Jésus !

ce soleil est si bon , et ce paysage si beau

a voir l Ça vous réchauffe a la fois le corps

et l'àme.

— Oui, Marthe, répondit la comtesse d'une voix profondément triste, oui, la chaleur de ce soleil est douce et vivifiante; oui, ce point de vue est large et grandiose, et l'œil s'y promène et s'y perd avec délices , mais c'est pour cela que je te prie de fermer cette fenêtre.

Je ne vous comprends pas, ma bonne

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maîtresse, dit Marthe, en regardant la comtesse avec inquiétude.

— Ah ! dit la comtesse, d'un ton qui trahissait une légère amertume , tu ne comprends pas que ce soleil qui infiltre comme une nouvelle vie dans mes veines épuisées , c'est là-bas, au sein de la campagne, que je voudrais me sentir inondée de ses rayons! Tu ne comprends pas que ce magnifique paysage, c'est a pied ou sur ma haquenée, que je voudrais le parcourir, au lieu de suivre et de compter du regard ses clairières , ses ombrages , ses mystérieux sentiers. Oh ! je te le répète, Marthe,

ferme cette fenêtre , car en contemplant tous ces biens dont je suis privée , je me sens assaillie de pensées qui me sont soufflées par le démon, j'éprouve de l'envie et presque de la haine pour tous ceux qui errent librement sur la face du globe et sous la voûte du ciel. Obéis donc, Marthe, obéis.

Marthe hocha tristement la tête en jetant sur sa maîtresse un regard plein d'affection et de douce pitié et s'en fut fermer la fenêtre ; puis elle s'assit en face d'un rouet à quelques pas de la comtesse et se mit à filer. Madame de Fcnestrange resta long-

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temps immobile et silencieuse, les regards fixés sur sa servante, l'air morne, accablé et comme si la pensée eût cessé de vivre dans son cerveau ; cependant de temps à autre un vague éclair jaillissait de ses yeux ternes et attestait que son esprit se livrait a un travail. Évidemment elle observait Marthe et cherchait a pénétrer quelque secret d'après l'expression de son visage.

— Marthe , lui dit-elle tout a coup , tu es triste. . .

— Moi, madame!

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