‹ Robert le ressuscitéChapitre 9 sur 17 · R0BF.RT · texte numérisé non relu

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jetant un regard oblique à Clochepain, qui élait allé s'asseoir dans un coin, qu'en feras-tu ?

— Un routier cornme'moi, par le diable ! et ce ne sera pas le plus niais, ni le plus mal partagé de la bande quand il y aura quelque bonne rapine a faire.

Clochepain hocha silencieusement la tête.

— Comment , lu refuserais! s'écria Guiscard.

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— Mon petit oncle, répondit Clochepain, je vous suis vraiment reconnaissant de vouloir bien vous occuper de mon avenir; mais il y a longtemps que j'y ai songé moi-même et mon choix est fixé.

— Bah ! s'écria Guiscard stupéfait, ton choix...

— Est fixé, répéta Glochepain d'un ton calme et résolu. Gela vous étonne ?

— Às-tu jamais vu chose pareille? dit Guiscard en se tournant du côté de Gauthier, un enfant!...

— Il paraît qu'il a de l'ambition, ton neveu, répliqua Gauthier.

— De l'ambition, oh oui ! beaucoup, dit Clochepain , mais une ambition noble et

légitime !

— Ne voudrais-tu pas être connétable comme messire de Clisson? demanda Guiscard d'un ton ironique et en le toisant du haut en bas.

— Non, ce n'est pas cela.

— C'est encore heureux.

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— Ce que je désire, moi, ce qui est l'unique objet de mon ambition et ce que j'atteindrai un jour, j'eu répouds bien, c'est beaucoup moins que cela, suivant l'opinion générale, c'est beaucoup plus, selon moi.

Et en parlant ainsi, Glochepain avait l'air pénétré d'un homme qui songe sérieusement a son avenir.

Gauthier le regardait tout ébahi. Ce petit bonhomme était pour lui un vrai mystère.

— C'est donc bien beau ce que tu voudrais être? s'écria Guiscard.

— Si beau que j'en désespère parfois.

— Ne peux-tu nous dire ce que c'est ?

— Non, vous ririez de mon idée ; mais vous verrez cela un jour.

Puis s'adressant a Gauthier :

— Et maintenant, lui dit-il, quand vous voudrez me donner vos papiers, je suis prêt a partir.

Gauthier prit un petit sachet en cuir caché au fond de «on hissac, et eu tira une lettre.

— Clochepain , dit— il en la lui remettant, je te confie là un. papier de la plus haute importance, un papier d'où dépend l'honneur d'une femme et d'une famille entière. Réfléchis bien a cela avant de t'en charger, et ne l'emporte que si tu es sûr de pouvoir le remettre aux mains de la comtesse elle-même, car s'il fallait qu'il tombât au pouvoir de ses ennemis, tu serais cause que la pauvre femme mourrait victime de la plus horrible des injustices. Cette lettre, dont la recherche m'a coûté des efforts , des fatigues inouïs , c'est plus que la vie pour elle ; encore une fois, songe à toute la gravité de la mission dont tu prends la responsabilité, et re-

nonces-y plutôt si tu n'es pas assuré du succès.

— J'en répondrais sur ma tête, dit Clochepain; fiez-vous donc a moi et soyez sans crainte. Avant une heure, madame la comtesse de Fenestrange aura celte lettre.

— Attends, dit Gauthier, je veux y joindre quelques mois.

— Comment! toi aussi, tu sais écrire?

s'écria Guiscard au comble de la surprise.

— Pas du tout, mais je vais profiter de

la science de ton neveu ; je lui dicterai ce que je veux dire a la comtesse.

— Ah ! a la bonne heure, observa Guiscard ; je disais aussi...

- Tout le monde n'est pas savant comme ton neveu, tu as raison, acheva Gauthier.

— Allons, va chercher l'encre et l'écritoire, dit Guiscard a Clochepain.

Celui-ci ouvrit une petite armoire, en tira ce qu'il fallait pour écrire et s'asseyant sur uu escabeau :

— Dictez, dit-il a Gauthier. »

Celui-ci se recueillit un instant et dicta :

« — Madame la comtesse, voici la lettre que je vous avais promise ; je m'étais engagé par serment à vous la rapporter ou a mourir a la peine. Mon serment est rempli... Dieu m'a protégé et soutenu dans les épreuves que j'ai eu a traverser pour venir à bout du projet que j'avais conçu, épreuves cruelles et terribles, puisque ce n'est qu'en Palestine que j'ai trouvé enfin l'homme auquel je voulais demander celle

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lettre et qui Ta écrite. Mais ce n'est pas tout : il y avait deux victimes, vous et une autre, innocente créature! Je n'ai donc accompli que la moitié de ma tâche en vous sauvant, je repars pour accomplir l'autre moitié.

» Adieu, madame la comtesse; je n'ai pas besoin de vous dire : Priez Dieu qu'il bénisse mes efforts! Ne sais-je pas que désormais mon nom et le sien seront dans toutes vos prières. »

— Voila! dit Clochepain, quand il eut fini. Savez-vous signer?

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— Ecris mou nom, je ferai ma croix au

dessous.

— Voila qui est fait.

Et il passa la plume et la papier a Gauthier, qui traça sa croix.

— Maintenant, je puis partir? demanda Clochepain en serrant soigneusement les deux papiers dans sa poilrine.

— Va ;mais surtout je te recommande...

— Inutile, j'ai tout compris.

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— Encore faut-il qu'on t'explique...

— Pour qui me prenez-vous donc, mon oncle; suis-je de ces animaux obtus a qui il faut mettre les points sur les ï? J'ai compris. Que vous faut-il de plus?

— Ah! par ma foi, dit Guiscard, je suis curieux de voir quel chemin tu vas prendre pour entrer au château deFenestrange sans être aperçu de personne.

— Ah ! vous êtes si curieux que cela, dit Glochepain ; eh bien ! regardez.

11 s'élança dehors, et au lieu de courir

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dans la direction du château, qui était situé à droite de l'auberge} il prit a gauche, c'est-à-dire du côté du petit bois planté à cent pas du vieux manoir.

— Quelle diable de route prend-il donc? dit Guiscard.

— Ce n'est donc pas le chemin?

— Non, certes.

— Est-ce qu'il se moquerait de nous ?

demanda Gauthier avec une vive inquiétude, et ces papiers...

— Oh! ne crains rien, il a compris toute l'importance de tes recommandations, et s'il s'en est chargé, c'est qu'il est sûr de réussir ; mais comment ? je n'en sais rien, et surtout je ne conçois pas pourquoi il prend par le petit bois, quand ce chemin l'éloigné de plus d'un quart de lieue. Cet enfant-là ne fait rien comme les autres; je veux bien être pendu un jour, si je comprends rien a son caractère.

Il y eut un moment de silence ; Guiscard et Gauthier avaient toujours les yeux fixés sur le bois où venait de pénétrer Clochepain.

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— C'est étrange, dit enfin Gauthier, dont l'anxiété allait toujours croissant, le bois n'est pas grand, il a déjà eu le temps de le traverser trois fois, et je ne le vois pas reparaître de l'autre côté.

— Je te dis que je ne comprends rien a cet animal-là, s'écria Guiscard en se frappant le front.

Enfin, fatigués de regarder en vain de ce côté, les deux amis s'assirent de chaque côté de la table et se perdirent en conjectures sur la conduite inexplicable de Clocbepain.

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