‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 101 sur 201 · MESURES POUR ASSURER LES SUBSISTANCES 20I · texte numérisé non relu

MESURES POUR ASSURER LES SUBSISTANCES 20I

des grains de deuxième qualité réservés à la consommation courante. Elles avaient en outre le droit de délivrer des ordres pour arrêter les officiers municipaux ou citoyens coupables de refus ou de négligence, et de les traduire devant le juge de paix chargé de les interroger et de les mettre en état d'arrestation comme suspects.

La levée en masse souleva aussi, vers la même époque, une série de difficultés relatives aux règles à suivre pour statuer sur les cas des jeunes gens réclamés comme soutiens de famille. Le 17 septembre, les députés soumirent les principales réclamations au Comité de salut public qui se garda bien d^intervenir dans ces questions d'interprétation, et répondit : ce... Tous les intérêts privés doivent céder devant Tintérêt public. Au reste, pour ce qui est des besoins de l'agriculture, la Convention nationale y a pourvu, et quant aux autres difficultés, elle vous a donné, pour les aplanir, des pouvoirs qu'elle n'a point limités, laissant à votre prudence le soin de faire, suivant le temps et les lieux, une application qui tourne au profit de la chose publique, d

Si justes qu'aient été les décisions prises par les commissaires, elles n'en avaient pas moins l'inconvénient de reposer sur l'arbitraire, sur la volonté d'un homme faisant la loi à des cas particuliers. Voici un exemple des décisions prises par les représentants.

<c On me présenta, dit Lindet dans son discours du 2 germinal an III (p. 52), vingt jeunes citoyens de l'âge de la première réquisition qui étudiaient les mathématiques. On me demanda si les besoins de l'État exigeaient qu'ils perdissent le fruit de leurs études, si l'on ne pouvait pas les employer utilement pour les sciences, pour eux-mêmes et pour la patrie.

« Je pris leurs noms que j'envoyai au Comité de salut public, au département de la guerre. Je priai instamment que Ton prît soin de ces jeunes gens dont plusieurs étaient très instruits et qui, pour la plupart, étaient nés dans l'indigence. On les a envoyés à la Fère ; on les a employés d'une manière utile à la République ; on les a. attachés au domaine des sciences. Plusieurs paraissent destinés à reculer les bornes des connaissances humaines. »

Les représentants eurent aussi à intervenir pour réglementer et régulariser le brûlement des titres féodaux ordonné par l'art. 6 de la loi du 17 juillet. Ces titres devaient être déposés dans les trois mois de la publication de ce décret au greffe des municipalités; les notaires dépositaires de titres récognitifs ou

confirmatifs de droits féodaux étaient tenus à la même obligation du dépôt. Ces officiers publics réclamèrent, notamment ceux de Pont-Lévéque. Comment, en effet, les notaires obligés d'écrire ces titres sur des registres, pourraient-ils les déposer, pour ôtre ensuite brûlés, du moment où ces volumes contenaient en même temps une infinité d'autres actes relatifs à des intérêts particuliers ? Un arrêté du 17 octobre reconnut le bien fondé de ces réclamations et dispensa les notaires du district de Pont-Levêque du dépôt de cette sorte de pièces. Une même décision intervint pour les notaires d'Isigny.

Ainsi, dans l'application de ces lois de salut public, l'action intelligente des commissaires intervenait pour empêcher les abus, les exagérations ', faisant appel au patriotisme, éclairant les citoyens sur l'interprétation de ces lois terribles et leur en démontrant la nécessité. Ils surveillaient les établissements d'instruction publique de la ville de Caen, et, lors de la visite qu'ils firent au collège du Mont, le 29 brumaire, ils furent salués par l'un des élèves, d'un compliment en vers latins ". Ces

1. Un arrêté des représentants, rendu le 18 octobre sur la demande de la Société populaire de Bayeux, décidait que la bibliothèque importante de cette ville y demeurerait, et que les livres dont elle se composait ne seraient point transportés à Caen. (Registre des arrêtés des représentants.)

2, Civibus egregiis, Populi vices gerentibus Lindet et Oudon (sic), quia pridie, Gymnasium eorum benignius inviserant, Cadomensis hujus Gymnasii juvenes certatim

Gratias agunt ac salutem.

QuK studuit faustas Populo docemere leges, Vivat in sternum, felix Respublica vivat!...

Hi sunt inscripti nostro sub pectore sensus Egregii cives, Patrias spirantis imago !

Dudum serva jacens, gravibus constricta catenis Gallia, mœrentl languebat Marcida luctu ;

Dicitis in manibus subito fera vincla recedunt ;

Libéra ceu tumulo gentis frons Iseta resurgit Cuncta et promissam suadent sperare salutem.

Ista quidem nequeunt nisi longo exsurgere nisu. Tôt varii pugnant obices ! . . . Miracula rerum ; Ât vos quam seritis multis conatibus arbor Crescet. . . Et usque memor, tribuens data munera vobis^ Jugiter hinc largos carpet. Gens postera fructus.

Horum primiias statuit nos ordo nepotum; Dum que Patres veluti, gentis quos pectore natos, Spem patris eximiam! Nutu arridente fovetis,

[1793] VISITE AU COLLÈGE DU MONT 2o3

pacificateurs ne croyaient pas descendre au-dessous de leurs devoirs en entretenant les jeunes gens des grandes idées de liberté et d'indépendance nationale pour laquelle mouraient à la môme époque leurs aînés, les soldats de Wattignies.

Uesprit public se dirigeait de plus en plus vers les exagérations du sans culottisme. On en trouve la trace dans le style de quelques-uns des numéros du Journal de V armée des côtes de Cherbourg. Le chef de brigade Peyre, qui se trouvait à Cherbourg le 9 octobre, écrit aux représentants restés à Caen :

On respire ici depuis quinze jours Tair pur du républicanisme ; grftce aux mesures vigoureuses de vos collègues les citoyens Garnier et Carpentier, les miasmes aristocratiques ont été dissipés par l'arrestation d'un grand

nombre d'individus suspects tout ce qui donnait prise au soupçon a été

destitué ou suspendu.

Des députés de notre société et de celle de Coutances doivent partir au premier jour pour prêcher le nouvel évangile dans cette région des infidèles Leur mission est de se rendre à la Convention nationale et de lui

demander un tribunal révolutionnaire contre les Caennais, s*ils restent endurcis.

Inutile de dire que Fidée d'un tribunal révolutionnaire causait une terreur profonde aux Caennais, et que Lindet se garda bien de faire jamais une telle proposition au Comité de salut public. S'il eût été agité de la fureur terroriste, il avait là une occasion admirable de satisfaire des rancunes politiques '. Son caractère

Primitias vobis properamus solvere laudum, Ultima quos recinet lustris labentibus œtas.

O patriae blandum, dilectum, O Francia, nomen ! Oh ! prius aspera mors nos primo in limine vitae Demetat; aut nostra, ut marmor, subito ora rigescant, Quam nos sacra tu! cesset vis insita amoris, Nos, inquam et sobolem cslesti accindere flammft. Die vigesimâ nona primi mensis 2' anni post erectam Gallorum unam et indivisibilem rempublicam).

I. R. Lindet et Oudot se bornèrent, dans la généralité des cas, à réorganiser les conseils de surveillance et les administrations dont les membres s'étaient compromis dans le fédéralisme. Ainsi, pour le district de Pontl'Évèque, le directoire et le Conseil général du district furent réorganisés par arrêté du 4 octobre, le Conseil de surveillance de cette ville le vingtdeuxième jour du premier mois de l'an II. Le tribunal de Bayeux, dont tous les membres, sauf un, étaient compromis, fut reconstitué avec de nouveaux membres par arrêté du 17 octobre. Les représentants procédèrent aussi à diverses révocations de maires, officiers municipaux et notaires de communes rurales, mais en très petit nombre. ^Cf. Registre des arrêtés des représentants.)

ne lui permettait pas d'employer de tels moyens vis-à-vis d'une population qu'il savait être plus égarée que coupable.

L'armée de pacification n'avait jamais cessé de préoccuper Lindet. Il voulait qu'elle laissât un bon exemple de patriotisme aux populations qu'elle traversait. Nous l'avons vu se montrer rigoureux pour l'observation de la discipline à Évreux, il ne le fut pas moins à Caen. Il avait, on s'en souvient, demandé au Comité de salut public, l'envoi de deux presses destinées à suivre l'armée et à imprimer les proclamations des représentants. Ces presses lui furent envoyées vers la mi-juillet : elles servirent pour quelques-uns des arrêtés de Lindet et de Du Roy. Mais Lindet voulait initier les populations aux travaux de l'armée et faire partager aux masses les idées dont il s'était constitué le champion. Dans ce but, il créa le Journal de l'armée des côtes de Cherbourg^ dont les trois premiers numéros parurent à Lisieux, et qui continua sa publication jusqu'au moment où l'armée du général Sepher quitta Caen (5 novembre 1793).

Ce journal est rempli des ordres donnés à l'armée, de résumés des séances de la société populaire, d'articles de circonstance tendant à développer le patriotisme, à augmenter le nombre des enrôlements et à engager les cultivateurs à se conformer aux règlements faits pour l'approvisionnement des marchés. Il permet de suivre, au moins pour partie, les travaux des députés en mission dans le Calvados.

Dès que les représentants furent rentrés en possession du matériel d'artillerie détourné par Wimpffen, ils en disposèrent en faveur des armées de l'intérieur et de la défense des côtes. Le 29 août, on écrivait de Caen au Journal de Rouen :

Un convoi d*artillerie est parti dimanche dernier pour Péronne. Hier encore, huit pièces de quatre et de cinq ont pris la route de Cherbourg. Ainsi l'inutile parc d*artillerie de notre ci-devant château va être employé contre Tennemi. Les troupes s'exercent journellement et se forment aux manœuvres et à la discipline. Les ressentiments Toubli du passé commencent (sic). Les craintes pour la subsistance commencent à diminuer, à cause de la récolte si facile et si abondante que nous avons eue et par les sages précautions que prendront la municipalité et les représentants du peuple.

La garde nationale fut aussi réorganisée, et Lindet ne négligea rien pour lui faire oublier ses anciennes tendances fédéralistes. Une grande revue eut lieu, dans les premiers jours d'octobre, de tous ses bataillons, par les représentants du peuple et le général Sepher, commandant l'armée de pacification. « Tous les batail-

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