‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 106 sur 201 · AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC · texte numérisé non relu

AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC

tout les convois militaires. J'avais connu Lindet en mission dans le Calvados, je le savais actif et bon administrateur ; je lui proposai de s'en charger, il accepta, et voilà notre machine montée. Elle alla parfaitement. »

« On est d'abord surpris de voir deux hommes aussi considérables, dit l'auteur des Mémoires sur Carnot, se donner à un service dont l'importance semble secondaire : secondaire, en effet, dans l'ancienne stratégie, mais sans compter d'immenses désordres à corriger, il fallait changer le système entier : à des masses de soldats volant d'une frontière à Fautre devaient correspondre des convois aussi rapides qu'elles-mêmes. C'était donc une organisation nouvelle à former, un personnel nouveau dont il fallait faire l'éducation. Le mérite en appartient à Lindet particulièrement et l'on ne saurait priser trop haut le service qu'il a rendu. Ce travail ne l'empêchait pas cependant de diriger la commission des arts et de l'agriculture, ainsi que celle du commerce et des approvisionnements généraux. Celui de ses collègues qui le secondait (Prieur de la Marne) s'occupait également des finances : les cultes même étaient dans ses attributions, mais c'étaient des hommes, dit-on, à tout embrasser et suffisant à tout. »

La division du travail avait groupé ces hommes suivant leurs affinités morales, et aussi suivant leurs ambitions personnelles. Ainsi Barère, Billaud-Varenne et CoUot d'Herbois étaient, pour le public, les gens révolutionnaires. Robespierre, Couthon et Saint-Just formaient le triumvirat des ^en5 ^e la Haute-main ; enfin, les trois autres membres du Comité, absorbés par leur travail administratif et d'organisation méthodique et ne prenant part qu'aux discussions générales, étaient dits : les gens d'examen, les travailleurs.

La besogne imposée à Lindet au sein du Comité était surhumaine : pour s'y consacrer tout entier, il s'isola, du reste, dans ses bureaux situés en dehors de ceux des comités. Souvent il ne quittait son travail qu'à trois heures du matin, pour reprendre séance au Comité le matin, à neuf heures. Il produisait par lui-même une somme de travail incalculable. Plus d'un millier de pièces, rapports, projets, écrits de sa main remplissent les cartons où sont conservés, aux archives, les pièces du Comité '. Son principe était de ne jamais remettre au lendemain ce qui pouvait être expédié le jour même. Dans cette période

|, Arch. nat., AF * II, 47-49 — 59-6;.

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OÙ Tavenir était si incertain^ qui pouvait prévoir que le lendemain n'allait pas exiger Temploi de toutes les énergies disponibles? Une exactitude méticuleuse, une surveillance de chaque instant imposée aux employés, avait fini par inculquer à chacun d'eux la méthode de travail de leur chçf, dont ils admiraient la simplicité, la fermeté, l'énergie toujours rassurante au moment des dangers, et enfin Tactivité féconde et laborieuse. Ses collaborateurs et employés, fiers d'une telle direction, apportaient un dévoûment absolu à leur travail, à la mission dont ils étaient chargés, et dans les situations les plus inextricables, ce concours intelligent d'un personnel dévoué et laborieux permit à Lindet de résoudre et de mener à bien les plus terribles difficultés.

Qui peut, mieux que Lindet lui-même, nous peindre la situation à sa rentrée au Comité de salut public. Écoutons-le ' : a Quelle carrière s'ouvrit devant moi, lorsque je rentrai à Paris le i5 brumaire de l'an II (5 novembre 1793)? Les vivres étaient rares. Il était difficile de s'en procurer. Je fis assurer dans peu de jours les subsistances de cette commune (Paris). Je fis bientôt après assurer celle des armées de terre et de mer *. »

Il est utile de donner quelques détails sur les divers services confiés ainsi successivement à R. Lindet ^

Le Maximum avait été établi par les lois du 4 mai et du 17 septembre : une commission des subsistances et approvisionnements avait été formée et jouissait du droit de réquisition. La Commission déterminait, — sur le vu des états établissant les quantités de grains, fourrages, bestiaux, disponibles dans chaque département — , les quantités qui devaient être fournies par les districts pour l'approvisionnement des armées, des places fortes, des grandes villes ou des régions qui manquaient de subsis-

X. R. Lindet au peuple français, ou Tableau de la Convention nationale, an IV. — Pages 10 et suiv.

2. Cf. arrêtés du Comité du salut public, 3, 3 frimaire an IL Recueil des actes du Comité de salut public. Âulard, VIII, pp. 618-628; — 10, 19, 20 frimaire; ces deux derniers de la main de R. Lindet, IX, 2, 276, 3oo; — 22 pluviôse, XI, 44.

3. Le tableau du maximum^ établi d'après les bases formulées dans le décret du 1 1 brumaire, fut voté sur le rapport de Barère dans les séances des 3 et 4 ventôses (21 et 22 février 1793). Il avait été préparé par la Commission des subsistances présidée par Lindet. Hist, pari., XXXII, 4 et suiv.

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