SUPPRESSION DES MINISTRES
civile, auxquels ils avaient à faire face! Le 12 germinal, le plan rédigé par Carnot de la suppression de l'ancien corps exécutif fut voté par la Convention. Les divers ministères disparurent et furent remplacés par douze grandes commissions. Voici dans la nouvelle organisation, la direction des services qui revint à Lindet.
La Commission des transports, à laquelle on avait attaché les relais, les postes et les messageries, afin que tous les services civils et militaires se secondassent et concourussent au même but, la commission d*agriculture et des artSt — la commission du commerce et des approvisionnements , à laquelle on attacha l'administration des subsistances militaires, et Vadministration de Vhabillement qu*on détacha du département de la guerre^ furent confiés à ma surveillance '. Ce poids, sous lequel je succombais, fut encore aggravé par les relations nécessaires que je dus entretenir avec la commission des armes pour faire rendre au commerce et à l'agriculture les matières qu'elle absorbait, lui procurer celles qui lui étaient nécessaires, avec la commission des relations extérieures pour le commerce avec rétranger, avec la commission de marine pour tout ce qui concernait la partie matérielle. Je n'eus pas des relations moins étendues avec la commission des revenus nationaux, sur plusieurs parties d'administration.
Ainsi réorganisée, Tadministration des subsistances, des charrois et du ravitaillement, acquit sous l'impulsion de Lindet une activité nouvelle. « Carnot, dit Lindet, me communiquait les mouvements des armées, les besoins des troupes : je transmettais les ordres du Comité aux diverses commissions, j'envoyais des plans, des moyens d'exécution, j'indiquais les ressources ; et chaque nuit, je me faisais rendre compte des opérations du
I. Art. 7 du décret. La commission d'agriculture, arts et manufactures sera chargée de tout ce qui concerne l'économie rurale, les dessèchements et défrichements, l'éducation des animaux domestiques, les écoles vétérinaires, les arts mécaniques, les usines, les filatures et de tout ce qui tient à l'industrie manufacturière.
Art. 8. La commission du commerce et des approvisionnements sera chargée de la circulation intérieure des subsistances et denrées de toute espèce, des importations et exportations ;
De la formation des greniers d'abondance et magasins de tout genre ;
De la subsistance des armées et de leurs fournitures en effets d'habillement, d'équipement, casernement et campement.
Elle exercera seule le droit de préhension, sous la surveillance du Comité de salut public.
Art. 1 1. La commission des transports, postes et messageries, sera chargée de tout ce qui concerne le roulage, la poste aux chevaux, la poste aux lettres, les remontes, les charrois, convois et relais militaires de tout genre.
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jour, et je concertais avec les commissions les travaux et les opérations du lendemain '. »
Cette régularisation méthodique et quasi scientifique des réquisitions permit à Lindet de débarrasser le gouvernement d'une institution dont il n'avait jamais cessé de redouter les effets pour la consolidation de la République. Je veux parler de l'Armée révolutionnaire.
Pendant mon absence, — nous dit Lindet — on avait cru qu'il serait impossible de se procurer, par des moyens de gouvernement et d'administration, les ressources nécessaires pour soutenir TefTort prodigieux que la nation faisait pour combattre toutes les puissances de TEurope. On avait pensé qu'il n'y avait qu'une armée révolutionnaire qui pût procurer, pour les villes et pour les armées, les subsistances, les denrées, les matières, les effets d'habillement, de campement, et les moyens de transport *. La Convention, qui ne s'était pas encore privée de soixante-treize de ses membres, l'avait décrétée. La France allait devenir un gouvernement militaire semblable à celui de Gengis et de Tamerlan. Une armée révolutionnaire allait parcourir tout l'intérieur, vider les magasins et les greniers, distribuer les subsistances et les approvisionnements aux armées, aux principales places de la République.
La France ainsi gouvernée aurait encore été redoutable à ses ennemis. Ses armées bien entretenues auraient triomphé sur les frontières, tandis que l'intérieur n'aurait plus offert à l'œil épouvanté qu'un vaste désert et quelques volcans.
Je me crus chargé de délivrer la France de ce fléau, de l'affranchir des horreurs d'un gouvernement militaire et de substituer les principes et les moyens d'administration à l'usage de la force et de la violence : je répondis de tous les services sous la condition que l'armée révolutionnaire ne serait pas employée à cette destination.
Le gouvernement conserva cette armée toujours prête à me remplacer, si je me retirais ou si je ne pouvais remplir les engagements que j'avais pris.
1. Discours du 2 germinal, p. 86.— Les registres cotés aux Archives nationales ÂF* io5, 119 contiennent la copie par ordre chronologique des arrêtés du Comité de salut public sur le commerce, les approvisionnements, les exportations, les transports militaires, les postes et les messageries à partir de janvier 1794. En y joignant les n** 226 et 227, on pourra se rendre compte de l'immensité des travaux de R. Lindet, dans ces matières spéciales confiées à sa direction. — Voir aussi le rapport concernant les subsistances, (ventôse an II février-mars 1794) dans le carton AF, II. 9. Guerre (3« dossier) 49.
2. On avait dû, dans certains cas, employer des détachements de l'armée révolutionnaire pour veiller à la sûreté et la sécurité des convois de subsistances. Un arrêté du Comité de salut public en date du i3 février (Aulard, Recueil^ XI, 1 1 3) avait envoyé un détachement de cent hommes de cette armée pour vaincre la résistance des charretiers et bateliers qui retardaient l'arrivée de quarante bateaux de bois de chauffage restés en détresse à Conflans.
[1794] LICENCIEMENT DE l' ARMÉE RÉVOLUTIONNAIRE 227
La Convention licencia son armée lorsqu'elle eut vu tous les services assurés par des moyens d'administration.
L'événement que je retrace ici est sans doute le plus important de la Révolution. Il n'en est point qui ait eu plus d'influence sur les destinées de la République et sur la liberté et l'indépendance de la nation.
L'armée révolutionnaire fut licenciée par décret du 27 germinal an II (27 mars 1794), sur le rapport de Barère.
Cependant Lindet s'aperçut bien vite au sein de la commission des subsistances que nos ressources territoriales étaient insuffisantes pour nourrir et entretenir nos armées et notre population civile. Seul, le commerce pouvait suppléer au déficit; mais la défiance était partout : le négoce semblait avoir disparu, le commerçant dissimulait ses capitaux et essayait de neutraliser sa fortune. Il fallait d'abord empêcher les corps administratifs et les municipalités d'acheter des subsistances en pays étranger et d'y établir ainsi une concurrence défavorable aux agents chargés d'approvisionner pour le compte de l'État. Seule la commission des approvisionnements occupée du plan général devait effectuer ces opérations. Un arrêté du 18 novembre 1793, écrit de la main de R. Lindet, défendit aux corps administratifs et aux municipalités de faire aucun achat de subsistances en pays étranger, et de faire partir aucun navire français pour le Nord et les États-Unis d'Amérique. La même défense fut imposée aux représentants du peuple députés dans les départements. R. Lindet s'occupa alors d'entrer en relations avec les principaux négociants du nord pour les engager à reprendre leurs négociations avec les Français '. Afin de s'attirer les bonnes grâces des États-Unis et de nous attacher des négociants en grains, il fit lever l'embargo mis par Tallien sur les vaisseaux américains dans le port de Bordeaux. Les vaisseaux de cette nation vinrent, depuis lors, régulièrement fréquenter nos ports '. Des agents furent accrédités en Amérique, à Gênes ', pour l'achat des grains : la compagnie d'Afrique fut conservée par