MUNICIPAUX AU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE
installé, et les représentants placèrent à sa tête, avec le titre de maire, le vice-président du conseil de surveillance, Leroy, dit Brisorgueil .
Après Evreux, ce fut le tour de Couches. La municipalité, quoique, au fond du cœur de tendances royalistes, ne s'était point compromise dans le mouvement insurrectionnel de l'Eure ; mais elle était en lutte avec une société populaire dite les Amis de la Montagne, que dirigeaient deux abbés sans culottes. L'un Raymond, ex-curé de Folleville, actuellement révolutionnaire exalté, et qui pourtant, avait refusé le serment et publié une brochure contre la constitution civile du clergé ; l'autre nommé Forquet, dit Damalix, curé de Portes près Couches, était commissaire du pouvoir exécutif dans le canton. L'un et l'autre combattaient, de toutes leurs forces, la municipalité qui était soutenue par une autre société populaire dite des Sans Culottes,
Le 28 novembre, Delacroix, Legendre et Louchet, excités par Hullot, arrivèrent à Couches et se transportèrent à l'hôtel de ville pour s'y faire représenter le registre des délibérations du Conseil général. Ils y trouvèrent la copie d'une adresse que le Conseil avait votée au Roi à la suite des événements du 20 juin. Cette adresse, tout empreinte de sentiments royalistes, disait « que les républicains étaient les pires ennemis de la France, que Louis XVI était le meilleur des rois et qu'il fallait défendre énergiquement la monarchie contre les attentats d'une secte impie prête à consommer tous les crimes ! »
C'était « un style d'esclave », dirent les représentants. En vain les n^unicipaux firent-ils observer que ces sentiments s'expliquaient par la date à laquelle l'adresse avait été rédigée, ils ne furent point entendus. On leur reprocha aussi d'avoir laissé enlf^^er, la veille de l'affaire de Brécourt, par les troupes de P'aisaye, les boulets que le ministre de la guerre venait de faire fondre dans la fonderie de Vaugoins. Le maire protesta et dit qu'il avait fait, au contraire, tout ce qui était possible pour s'opposer à cet enlèvement. Il n'en fut pas moins mis en état d'arrestation ainsi que ses collègues et enfermé, avec eux, à la prison d'Évreux où ils couchèrent le 3o novembre.
Sur la demande des représentants Delacroix, Legendre et Louchet, Fouquier Tinville commença le procès de ces municipaux. Ceux-ci, de leur côté, ne s'abandonnèrent pas. Un nommé François Savarre, allié de M. Nouvel, maire de Conches, ancien clerc de procureur, s'était établi défenseur officieux
près le tribunal révolutionnaire à Pari^, et grâce à ses relations de parenté, il se chargea de la défense des inculpés.
Il commença par remettre au Comité de sûreté générale, le 17 décembre 1793, un mémoire dans lequel il discutait et réfutait les imputations de fédéralisme portées contre les accusés, et, prenant à son tour ToÉfensive, il ne craignit pas d'attaquer la ligne de conduite suivie dans TEure par les trois représentants :
Envoyés dans le département de TEure pour y régénérer les autorités, les délégués de la Convention, disait le mémoire, ont intentionnellement tenu à récart toutes les personnes qui pouvaient leur fournir des renseignements sincères, et se sont cantonnés, pour s'éclairer, dans ce qu'il y a de plus impur et de plus taré dans le pays. Les arrestations qu'ils avaient ordonnées, loin de leur avoir été dictées par le souci de Tintérôt général, entraient, au contraire, comme pièce principale, dans un plan machiavélique de conspiration pour faire détester la République
C'était la mise en accusation de Delacroix et de ses deux collègues que Savarre formulait ainsi avec plus d'audace que de prudence. Il ne craignait pas d'attaquer en face ceux qui venaient détruire l'œuvre de pacification commencée par Lindet. Delacroix, on le verra bientôt, devait relever la provocation et aggraver encore la situation des accusés. Savarre alla plus loin pourtant. Ayant appris que l'abbé Raymond et le commandant de la garde nationale de Conches venaient d'arriver à Paris, il provoqua, le 28 décembre, un ordre de sa propre section pour les faire arrêter, et le mandat fut exécuté d'urgence. A cette nouvelle, la Société des amis de la Montagne de Conches délégua deux nouveaux membres à Paris pour réclamer Télargissement de ses premiers députés, et ceux-ci ne crurent mieux faire que de venir trouver Lindet pour les intéresser à leur cause.
Ils n'eurent point à se louer de la réception qui leur fut faite, et ils s'en plaignirent dans des termes qui sont un des meilleurs témoignages de la fermeté de la conduite de Lindet :
Ce représentant, que nous avons trouvé prévenu contre nous, écrivaientils, sans vouloir seulement nous entendre, sans nous permettre de nous expliquer sur Tobjet de notre mission, sur les intentions patriotiques et républicaines de la société qui nous envoyait, nous a traités comme les plus cruels ennemis de la patrie, comme des monstres altérés de sang qui n'avaient d'autre objet que de rallumer dans dix départements à la fois le feu de la guerre civile qu'il était parvenu à éteindre par les seuls moyens de la prudence et de la sagesse, et dont il s'occupait encore sans relâche, d'étouffer, par les mômes moyens, jusqu'à la dernière étincelle. Étonnés et révoltés d'une inculpation si inattendue, il nous était facile de la détruire. Mais on nous imposait le silence humiliant du coupable, on nous ordon-