PRÉSIDENT DU COMITÉ ÉLECTIF
membres élus par la ville, et ensuite les huit premiers officiers de la garde nationale, plus un secrétaire et un receveur, — Lindet fut élu président à la pluralité des voix.
Cette nouvelle fonction n'était pas une sinécure : le soin des subsistances, les réclamations sans cesse renouvelées contre rimpôt de la capitation ', les adresses et les renseignements à fournir pour faire accorder à Bernay un arrondissement de district *, la rédaction de mémoires très importants sur le Treizième en Normandie ', sa correspondance active avec les deux députés de Bernay, son frère Thomas Lindet et Buschey des Noës absorbèrent toute son activité pendant la fin de 1789 et les premiers mois de 1790. Les archives de la mairie ont conservé les nombreuses minutes, écrites de sa main, des lettres qu'il adressait aux députés, ou à l'Assemblée nationale, et de ses mémoires et projets.
Cette organisation n'était d'ailleurs que provisoire dans tout le royaume. A Bernay, elle présenta cette particularité que les officiers principaux de Tétat-major de la garde nationale faisaient partie du comité électif. Dans la discussion de la loi municipale, la majorité de l'assemblée constituante fut d'avis que les fonctions municipales soient incompatibles avec les fonctions militaires. R. Lindet, dans une lettre adressée par lui, au nom du comité électif, à son frère Thomas, combattait cette opinion, à raison de la difficulté que l'on rencontrerait à trouver, dans les campagnes, un nombre suffisant de citoyens capables et aptes à la gestion des affaires.
« L'organisation des municipalités est un fort bel ouvrage, mais il est croyable qu'on n'a pas envisagé les hommes tels qu'ils sont. Comment parviendra-t-on, dans la plupart des paroisses, à former une municipalité? L'instruction est très longue : il aurait fallu une instruction particulière
I . Voir le brouillon de la réclamation de R. Lindet à l'hôtel de ville. Le département de Bernay était frappé d'une augmentation de 3,5oo 1. et la généralité entière de 3o,ooo 1. (lettre du 28 novembre).
3. Voir sa correspondance avec son frère, 9 décembre : « Le projet que vous proposez, dit-il, serait très agréable et très avantageux à la ville. Bernay figurerait assez bien dans le département de l'Eure. » — Voir aussi les lettres de Thomas Lindet en réponse à celle du Comité électif (Ârch. municipales de Bernay).
3. Deux mémoires, l'un du 11 janvier 1790 adressé à V Assemblée nationale dans laquelle Lindet démontre que le Treizième en Normandie est représentatif d'une servitude personnelle, et doit être aboli comme tous ceux qui tiennent à la mainmorte. 1790, 8 pp. in-40. S. 1. et sans nom d'imp. ; — l'autre adressé à l'Assemblée nationale le 30 janvier 1790.
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très claire et très succincte pour les campagnes. Croit-on que toute paroisse de trente feux fournira assez de sujets un peu entendus, pour former un établissement de cette nature? N*y a-t-il pas à craindre que la force d'inertie ne l'emporte sur toutes les forces motrices ? Tant de mouvements fatigueront les campagnes.
« On a sans doute de fortes raisons pour déclarer incompatibles les fonctions municipales et les fonctions militaires. Le grand nombre des villes a eu la môme idée, et il en résulte d'interminables discussions. Nous ne devons notre tranquillité qu'à Vobservation très exacte d'un principe con^ traire,
« Les chefs de la garde nationale ont eu voix délibérative dans le comité, A ce moyen, nous ne nous sommes proposés qu'un même but : nous avons toujours été unis. Nous n'avons formé qu'un corps : il nous aurait été bien difficile de nous maintenir dans cet état, si nous avions adopté un autre plan, »
Les fonctions du comité électif, grâce à cette harmonie régnant entre les chefs de la garde nationale et les administrateurs civils, s'exercèrent donc facilement, sans froissements d'amour propre, et sans provoquer de troubles dans l'opinion, et cela jusqu'au 3 février 1790.
A cette date, les sections de Bernay furent appelées, en vertu de la nouvelle loi sur les municipalités, à nommer un maire. R. Lindet obtint 217 voix sur 32o votants et put continuer, à rhôtel de ville, les fonctions qu'il y exerçait comme président du comité électif. Son principal concurrent, M. Le Danois, n'avait obtenu que 81 voix. Le 9 février, le nouveau maire, entouré de la bienveillante sympathie de ses anciens collègues du comité électif ', était installé, avec la nouvelle municipalité, à l'hôtel de ville.
Après son installation, R. Lindet adressa aussitôt ses remercîments à ses électeurs. Faisant allusion à l'œuvre administrative à laquelle il s'était livré au sein du comité : a Nous nous sommes élancés dans la carrière, dit-il, et l'amitié et l'entente réciproque nous ont soutenus. L'assiduité à nos exercices a entretenu la conformité de vues et de desseins que vous avez approuvée. Nous sommes constamment demeurés unis. Un exemple si touchant et si rare vous a favorablement prévenus. Ma nomi" nation est un témoignage éclatant de satisfaction que vous rende^ à votre comité, »
Il offrit ensuite le témoignage de sa sympathie à la garde
I. Ceux-ci, en effet, dès le 3 février, s'étaient hâtés d'informer de cette bonne nouvelle Thomas Lindet, député à l'assemblée nationale, qui les remercia aussitôt de l'empressement et de la manière obligeante avec laquelle ils avaient bien voulu l'instruire de cet heureux événement.