Discours du 2 germinal, pp. 62 à
vaincus, s'interposa. « Lindet, dit-il, n'a pas parlé contre nos collègues Delacroix et Legendre, mais il a parlé sur les officiers municipaux de Conches renvoyés au tribunal révolutionnaire. Delacroix et Legendre font leur devoir. La municipalité de Conches est accusée d'un fait grave : cette accusation leur a paru mériter le renvoi des municipalités au tribunal révolutionnaire, ils ont dû les y envoyer. Lindet a vu les faits autrement. Eh bien, examinons-les, discutons froidement : je demande que Delacroix, Legendre et les autres collègues se concenent avec le Comité de salut public pour faire un rapport à la Convention. »
L'intervention de Danton décida l'Assemblée : elle n'était point habituée à entendre un pareil langage dans la bouche de ses orateurs ordinaires. Delacroix reprit la parole pour réclamer la mise en liberté de Raymond et de son compagnon, mais la vraie question n'était plus dans le sort des deux délégués de Conches. La Convention, par deux décrets, ordonna l'élargissement de Raymond et de son ami, et suspendit la procédure commencée contre la municipalité de Conches jusqu'à ce qu'un rapport général concerté entre Lindet et les autres commissaires envoyés dans l'Eure et le Calvados, eût été présenté à la Convention.
Dans la réalité, toute poursuite pour fédéralisme fut suspendue, et l'effet du décret de la Convention ne resta point seulement limité aux municipaux de Conches. Lindet, du reste, se hâta d'en donner une large interprétation à l'accusateur public. Les fédéralistes de Caen, Chaix d'Estange, Expilly, etc., envoyés à Paris par Laplanche durent aussi leur salut au décret du 19 pluviôse, et purent attendre en prison la venue de jours moins agités.
Lindet se garda bien de rédiger son rapport et de le déposer ; il n'ignorait pas que le seul moyen de sauver les administrateurs égarés dans l'affaire du fédéralisme, était d'établir la conspiration du silence autour de leur affaire '.
I. Quelques jours après cette séance si honorable pour R. Lindet, celui-ci put user du décret qu'il venait d'obtenir pour arracher au tribunal révolutionnaire Ferai, Tun des administrateurs du Calvados qui avait pris part à rinsurrection. L'attitude de Lindet dans l'affaire des municipaux de Conches avait rendu confiance aux anciens fédéralistes compromis. Ils pensaient, avec juste raison, que la justice ne serait point un vain mot, et l'on vit à Caen, le 20 pluviôse-8 février 1794, c'est-à-dire le lendemain même de la séance, Isaac Chatry Lafosse, compromis avec son frère Samuel dans