‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 131 sur 201 · LINDET OPPOSÉ AUX POURSUITES CONTRE DANTON · texte numérisé non relu

LINDET OPPOSÉ AUX POURSUITES CONTRE DANTON

Je n'invitai pas, dit-il, Legendre et Lacroix à nous entendre, à faire an rapport général snr les troubles du département de TEure. Si j'avais fait une démarche aussi imprudente, n'aurais-je pas compromis la vie et la fortune d'un grand nombre de citoyens? J'étais en opposition avec Legendre et Delacroix. Aurai- je obtenu un rapport favorable à mes vues de conservation ?

R. Lindet n'admettait point que la guerre civUe avec ses alternatives de succès et de revers, la proscription des vaincus ou leur envoi à Téchafaud fussent des moyens efficaces pour assurer en France, môme en temps de crise révolutionnaire, le triomphe et Tunité de la République. La rivalité des factions n'a trop souvent pour cause vraie que des inimitiés personnelles ou des rancunes nées d'ambitions déçues. Sa raison, tout autant que sa sensibilité naturelle, lui inspirait l'horreur du sang. Il détestait les proscriptions et les vengeances départi. Ce qui se passa le 3o mars 1794, à la fin de la séance des Comités, en est un exemple saisissant. Saint-Just, par un coup de théâtre audacieux, donna lecture d'un rapport concluant à l'arrestation de Danton, de Delacroix, etc., et à leur renvoi devant le tribunal révolutionnaire. Malgré la stupeur que causait une pareille mesure, tous les membres présents signèrent ce réquisitoire, sauf deux : R. Lindet du Comité de salut public et Rûhl, du Comité de sûreté générale. Lindet motiva, dit-on, ainsi son refus : « Je suis ici pour nourrir les citoyens et non pour tuer les patriotes '. » Carnot avait signé avec les autres pour ne point rompre, a-t-on dit, Tunité et la force du gouvernement. La vérité est qu'il n'eut point l'énergie de résister aux rancunes dont il était animé envers Danton *. Delacroix était poursuivi avec Danton, et Lindet ne pouvait pas avoir oublié que Delacroix avait été son ennemi personnel et son adversaire acharné dans

l'insurrection calvadosienne, requérir le geôlier de la prison de l'incarcérer, et, sur son refus, faire sommation par huissier, au Comité de surveillance, de lui remettre le mandat d'arrêt décerné contre lui, afin de lui permettre à lui, Chatry, d'obéir à la loi. Quel que soit l'amour des Normands pour le papier timbré, il est probable que Chatry eût été moins fanfaron s'il n'eût été au courant du sursis obtenu par Lindet, quelques jours auparavant, en faveur des municipaux de Couches. (V. dans Vaultier, p. 369, la note de Mancel) .

1 . Aussitôt, R. Lindet et Rûhl firent prévenir Danton par l'intermédiaire de Panis du danger qu'il courait : le grand tribun refusa, comme on le sait, de se soustraire aux poursuites...

2. Âulard. Études et leçons sur la Révolution française, Paris, 1893, p. 179 et suiv.

Taffaire des municipaux de Couches (séance du 19 pluviôse). Il préféra ne pas se souvenir et refusa de participer à une mesure de vengeance.

Le 5 avril, Danton, Delacroix, Fabre d'Églantine, subissaient le dernier supplice. Lindet était innocent du sang versé.

Sa signature ne figure point au bas des minutes des arrêtés pris par les Comités pour la mise en accusation, soit de Hérault Sechelles, soit de Camille Desmoulins, soit de Broglie, soit môme de Chaumette. Cantonné dans ses bureaux, loin du lieu des séances des Comités, R. Lindet se tint à Técart des factions et de leurs luttes violentes, et refusa de s'associer aux mesures sanguinaires que crurent devoir arrêter, pour le salut public, les deux grands Comités réunis. Il semble avoir échappé à cette espèce de fanatisme qui ne permettait point aux hommes de la Révolution de supporter la contradiction dans leurs idées politiques. Robespierre avait eu, du reste, la juste vision du caractère de R. Lindet quand il lui dit : « Nous voulons fonder Salente, vous serez le Fénelon de la Révolution ' ». La perspicacité de Robespierre ne fut point mise en défaut, et la carrière tout entière de R. Lindet, justifie cet horoscope politique.

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