CHAPITRE XIV
R. Lindet est élu président de la Convention le i6 floréal an II. Il ne prend pas une part active au 9 thermidor, quoiqu'il se soit associé à tous les arrêtés pris contre Robespierre, Couthon et Saint-Just. Il profite des dispositions favorables du Comité, au lendemain de thermidor, pour faire mettre en liberté les citoyens détenus pour fédéralisme. Son grand rapport sur la situation de la République^ le quatrième jour complémentaire de Tan II (20 sept. 1794). Effet considérable produit par ce rapport. R. Lindet sort du Comité de salut public le 1 5 vendémiaire an III.
Le 16 floréal an II-5 mai 1794, R. Lindet est nommé président de la Convention ; à la fin de sa quinzaine de présidence (le 18), il fut remplacé par Carnot. Les représentants, en portant ainsi à la présidence, successivement leurs collègues les plus notables, voulaient récompenser les hommes dont ils appréciaient spécialement le caractère et les services rendus. Le dévoûment et l'habileté dont Lindet donnait, chaque jour, de nouvelles preuves dans les services des subsistances, du commerce et de l'industrie, justifiaient amplement cette haute distinction '.
I . Pendant cette quinzaine, peu d'affaires importantes vinrent en discussion. On peut noter cependant le décret du 3 floréal nommant Cambacérës, Merlin (de Douai) et Couthon pour composer la Commission chargée, aux termes de la loi de police générale de la République, de rédiger en un code succinct et complet les lois rendues jusqu'à ce jour, en supprimant celles qui seraient devenues confuses; puis, à la séance du 5 floréal, radresse ou la pétition de Thérésa Cabarrus, épouse divorcée de M. de Fontenay, la future M"* Tallien, demandant qu'avant de prendre un époux les jeunes filles soient forcées d'aller passer quelque temps dans les asiles de la pauvreté et de la douleur, pour y secourir les malheureux et y exercer toutes les vertus que la société a droit d'attendre d'elles. Les séances furent remplies de la lecture des lettres des généraux annonçant des victoires, d'adresses de félicitations à la Convention, de demandes de gratifications et d'honneurs civiques pour des actions d'éclat et d'héroïsme, telles
246 ROBERT LINDET [l794]
Il ne nous appartient pas de suivre, au sein du Comité de salut public, les péripéties de la lutte qui amena le sacrifice des Hébertistes et des Dantonistes après celui des Girondins. Pendant les mois de mars et d*avril, Robespierre plaça partout ses partisans : à côté du Comité de sûreté générale, il avait sa police particulière gouvernée par Héron. Ses propres agents contrôlaient et surveillaient ceux du Comité de salut public. Uni à Couthon et à Saint-Just, il semblait dominer le Comité de salut public : il avait dans la main la commune, la Convention, les Jacobins, la police et le tribunal révolutionnaire . Que lui manquait-il pour obtenir la dictature complète? Peu de chose, mais il sentit tout à coup dans ses collègues une opposition tardive peut-être, mais résolue. Il en fut, dit Barras, comme abasourdi. « Il avait rencontré de la résistance de la part de Billaud, personnage froid, mais irritable, qui ne parlait jamais que par sentences ou par injures ; de Collot, espèce de rustre, d'une violence incomparable, et dont l'éloquence populaire à la tribune des Jacobins comme à celle de la Convention ne redoutait pas de se mesurer avec celle de Robespierre ; de Carnot qui n'était point homme de tribune, mais dont le but militaire d'assurer l'indépendance de la France fortifiait encore le caractère, de Prieur (de la Côte-d'Orj, associé à Carnot, son ancien camarade dans l'arme du génie ; de Lindet uni par le travail à ceux qui travaillaient^ de Barère dont l'activité et la loquacité ne pouvaient manquer de seconder ses collègues, puisqu'ils étaient la majorité et que toujours Barère en fit partie. Ce faisceau, formé par le danger, présentait bien quelque motif d'inquiétude à Robespierre. Son caractère de vengeance implacable, si bien connu, ne permettait pas à ceux qu'il menaçait d'espérer leur salut autrement que de sa défaite et môme de sa mort '. »
Carnot avait, depuis longtemps, à se plaindre de Robespierre qui dépréciait constamment ses plans stratégiques avec acrimonie. Saint-Just ne lui était pas moins antipathique, surtout depuis
rérection d'une colonne au Panthéon en mémoire de la mort des généraux Hazo, Moulin et Dagobert (9 et 11 floréal). Le rapport le plus important fut celui présenté par Eschassériauz sur les moyens d'éclairer et d'améliorer l'agriculture. Il commença à la séance du 7 floréal et fut continué dans les séances suivantes. Ce ne fut que le lendemain du jour où finissait la présidence de Lindet que Robespierre donna connaissance de son rapport relatif à la reconnaissance de l'Être suprême et à l'établissement des fêtes décadaires (18 floréal).
I, Barras. Mémoires^ I, 16^.