‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 134 sur 201 · LIBERTÉ DES FÉDÉRALISTES INCULPÉS · texte numérisé non relu

LIBERTÉ DES FÉDÉRALISTES INCULPÉS

d*ailleurs avait déjà contribué à faire rendre, le i6 messidor, un décret qui prescrivait la mise en liberté provisoire des laboureurs et des moissonneurs détenus comme suspects. Il se hâta aussi de faire élargir tous les accusés pour fédéralisme qui étaient enfermés soit dans les prisons de Paris, soit dans celles des dépanements '. Il les avait défendus au péril de sa vie, en plu-* viôse ; il eût la douce satisfaction de leur ouvrir les portes de la prison et de les renvoyer définitivement dans leurs foyers.

Pour quelques-uns d'entre eux la détention avait duré neuf mois; neuf mois d'angoisses presque aussi cruelles pour les victimes de la guerre civile que pour le courageux représentant qui voulait les arracher au tribunal révolutionnaire, c'est-à-dire à la mort.

Il ne suffisait pas de liquider le passé, dWvrir les portes des prisons et d'assurer le cours régulier de la justice. Chaque jour la besogne journalière renaissait au Comité de salut public, et allait se compliquer encore des intrigues et des menées du parti royaliste et girondin. Au début cependant, les nouveaux élus ne parurent pas séparer leur attitude de celle de leurs anciens collègues. On savait gré à Lindet du courage civique dont il avait fait preuve dans l'affaire des municipaux de Couches. Courtois, député de TAube, en faisant son rapport sur les papiers trouvés chez Robespierre, exprime ainsi les sentiments des vainqueurs de Thermidor à rencontre de Lindet : <c Nous ne pouvons regarder comme le complice des tyrans l'honnête Lindet^ dont la prudence et la fermeté, dignes des plus grands éloges, ont préservé VEure et le Calvados des déchirements et des angoisses d'une guerre civile prête à éclater. »

Le i5 fructidor an II (i«r septembre 1794), CoUot, Billaud- Varenne démissionnaires, et Barère qui s^ostracisait lui-même *,

I. « Peu de temps après le 9 thermidor, je m^empressai de faire mettre en liberté par Tordre des deux Comités réunis, tous les citoyens de Pacy, de Vemon, d'Évreux, dePont-l'Évôque, de Caen, deConches, d'un grand nombre d'autres endroits qui avaient été mis en état d'arrestation sous prétexte de fédéralisme, quoique plusieurs d'entre eux fussent décrétés d'arrestation et qu'il n'y eût qu'une surséance de jugement à l'égard de plusieurs autres. » — Conduite de R, Lindet depuis la Révolution. [MS. Papiers R. Lindet.]

Cf. le décret du 16 messidor rendu sur le rapport de Vadier. Hist, parL^ XXXIII, 327.

3. Lors du premier renouvellement, le sort avait désigné comme membres sortants, Camot, Lindet et Barère; mais Collot et Barère donnèrent leur démission, ce qui permit à Camot et Lindet de rester au Comité. Cf. Barère, Mémoires^ III, 247.

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sortaient du Comité. Le mois suivant (i 5 vendémiaire, an III), c'était le tour de Carnot, de R. Lindet et de Prieur (de la Côte-d'Or) .

Pourtant, les nouveaux membres du Comité tenaient fermement à établir que leur énergie révolutionnaire égalait celle de leurs prédécesseurs, et que, hormis les proscriptions et les sanglantes exécutions de la Terreur qu'ils désavouaient, ils voulaient continuer Tœuvre de la Révolution, et fermer la route aux intrigues royalistes et aux menées souterraines des réacteurs. R. Lindet fut chargé de tracer les principes politiques du Comité, et de faire à l'Assemblée un tableau de la situation actuelle de la République.

Ce document constitue une pièce capitale dans l'histoire du gouvernement révolutionnaire. Il résume les actes d'héroïsme de nos armées et les sacrifices de toute nature que la nation s'était imposés pour le salut de l'État, indique et précise les mesures à adopter pour ramener la prospérité de l'agriculture et du commerce, et assurer aux jeunes générations républicaines l'éducation qui doit faire d'elles une pépinière de bons et d'utiles citoyens. A un autre point de vue, il est un témoin fidèle et impartial de l'état d'esprit dans lequel se trouvait la Convention au lendemain de Thermidor, et quand Lindet parlera de la Révolution du 3i mai et flétrira Tinsurrection fédéraliste, de vifs applaudissements accentueront encore ses paroles. La réaction royaliste n'est point encore parvenue à confisquer à son profit la révolution thermidorienne ; et il ne viendrait à l'idée de personne de penser que ceux qui applaudissent Lindet, le laisseront, moins d'un an plus tard, mettre en état d'arrestation.

Lindet donna lecture de son rapport dans la séance du quatrième jour complémentaire de Tan II (20 septembre 1794}. Il débute ainsi ' :

Citoyens, les représentants du peuple ont senti la nécessité de se faire représenter, aux principales époques de la Révolution, le tableau de la situation de la France : ils se sont empressés de faire connaître les causes qui avaient préparé et occasionné ces grands événements. C'est un compte que nous rendons à la nation. Nous nous rappelons à nous-m6me ce que nous avons été, ce que nous sommes : nous nous prononçons sur ce que nous devons être. La France nous entend et nous juge.

I . M. Thiers a cité avec admiration ce rapport ; mais, ainsi que Ta fait remarquer M. Aulard, l'analyse qu'il en donne est de pure fantaisie. C'est du R. Lindet revu, corrigé et vôtu d'une forme littéraire recherchée. Au contraire, dit M. Aulard, « l'honnête Lindet n'affecte d'autre artifice oratoire que la franchise et le courage. Ses démonstrations sont minutieuses, infiniment développées. »

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