RAPPORT DU 4« JOUR COMPLÉMENTAIRE
Abordant l'historique de la lutte héroïque que la France soutient contre les rois coalisés : « Lorsqu'une nation veut être libre, dit-il, il ne suffit pas qu'elle le veuille, il faut encore qu'elle soit assez puissante pour résister à la coalition des oppresseurs et des tyrans et faire reconnaître et respecter sa liberté.
a Douze cent mille soldats sous les armes, qui sont Pavantgarde des soldats de la liberté, reculent nos frontières dans TEspagne, dans le Palatinat et dans la Belgique. Tout cède à leur courage... » Il énumère ensuite l'art des sièges et des campements perfectionné, la prudence de ceux qui commandent, la confiance de ceux qui obéissent, le résultat des nouvelles conceptions stratégiques, la marine formidable réunie et sagement dirigée.
Par quels moyens, dit-il, la France est-elle parvenue à ce degré de gloire et de puissance?... Lorsque la liberté et Tégalité ont été solennellement proclamées, tout Français a senti qu'il avait une patrie. Tout citoyen est devenu le défenseur et Tappui de son pays. Vous avez rappelé aux hommes qu'ils étaient tous égaux, qu'ils étaient tous frères...
Ce qui doit fixer particulièrement l'attention, c'est cette raison sublime du peuple qui s*est imposé tant de privations, qui a établi et maintenu, dans Tadministration de ses subsistances une économie si sévère et si effrayante. Son courage ne Ta pas abandonné. Il a souffert pour être libre ! Quel tableau à offrir à la postérité que celui d'un peuple qui fait à sa patrie le sacrifice continuel du salaire de ses travaux, de ses vêtements et de sa subsistance, qui s'oublie pour elle et recommence chaque jour par des sacrifices qui surpassent les forces humaines !
Après avoir rendu cet hommage à l'héroisme de la population, Lindet arrive aux journées des 3i mai et 2 juin.
La Convention nationale avait frappé et anéanti, par son décret du 2 juin, une faction puissante, pourvue de talents, mais jouissant d'une plus grande réputation.... L'opinion publique se trouva quelque temps partagée, la sensibilité s'intéressa pour ces hommes dont on ignorait les vues ambitieuses, la France ne fut peut-être pas assez tôt instruite, elle connut trop tard sa situation... On se divisa, on s'aigrit, on courut aux armes : on allait, au nom de la République une et indivisible, déchirer le sein de la patrie pour laquelle on jurait de verser son sang...
Dans ce chaos la Convention, environnée de trahisons et de perfidies, donna une Constitution à la France, soutint les efforts des puissances ennemies et éclaira les Français sur les événements qui avaient précédé....
Puis il expose que les ennemis de l'intérieur ayant profité de ces désordres pour augmenter le nombre de leurs partisans et intriguer, il fallait rassurer le peuple et l'associer tout entier à la surveillance générale. Un décret du 17 septembre régla les
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fonctions et les devoirs des Comités de surveillance dans chaque commune. Les citoyens appelés à remplir ces fonctions s'en acquittèrent avec zèle. On ne doit jamais oublier les services qu'ils ont rendus à la République...
Il arrive ensuite aux journées de thermidor.
Le 8 thermidor, on vit développer dans cette enceinte le plan artificieux d*une vaste conspiration.... Le lendemain, le voile fut déchiré.... Vous sûtes prendre de grandes et promptes déterminations. Vous éteignîtes les torches ardentes qu'on allumait pour embraser la patrie.
Vous avez consacré vos premiers soins à faire renaître la confiance et la sécurité ; vous avez rendu les bras à l'agriculture, quelques citoyens au commerce et aux arts, des vieillards et des infirmes à la liberté.
Puis il précise la portée de ces journées de thermidor au point de vue politique :
Quelques esprits inquiets, dit-il, ont conçu de vives alarmes. On a craint ou on a feint de croire qu*une marche rétrograde vous fit tomber dans des précipices et ne replongeât la France dans Vabime d'où elle était sortie le 3i mai.... Cette nation est grande et généreuse ; elle donne des larmes au malheur, à l'infortune.... elle n'a pas partagé les troubles, les inquiétudes, les agitations de quelques sociétés et de quelques fonctionnaires publics....
Organes des vœux des Français, hfttez-vous de prévenir les suites de ces nouvelles dissensions.... Annoncez à la France que le gouvernement sera maintenu dans toute sa force; qu'entre vos tnains, il conservera ce caractère de puissance et de sévérité qui comprimera tous ses ennemis et ne laissera renaître aucune faction.
Il demande ensuite la mise en liberté de tous ceux que les haines, les passions, l'erreur des fonctionnaires publics, les fureurs des derniers conspirateurs ont fait précipiter dans des maisons d'arrêt, de tous ceux qui ont été utiles ou qui peuvent l'être...
Il fait ensuite un appel suprême à la conciliation, répondant indirectement à des attaques dont les membres des comités avaient déjà été l'objet de la part de Lecointre (12 fructidor). « Que vous faut-il, représentant du peuple, pour combler votre gloire et assurer le bonheur de la France ?
De l'union, de la confiance. Ne nous reprochons ni nos malheurs, ni nos fautes. Avons-nous toujours été, avons-nous pu être ce que nous aurions voulu être en effet ? Nous avons tous été lancés dans la même carrière : les uns ont combattu avec courage, avec réflexion ; les autres se sont précipités, dans leur bouillante ardeur, contre tous les obstacles qu'ils voulaient détruire ou renverser. Chacun de nous a contribué à fonder, à affermir la République, à conserver les amis, à détruire les ennemis de la liberté et de l'égalité. Qui voudra nous interroger et nous demander compte de ces