‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 136 sur 201 · RAPPORT DU 4<^ JOUR COMPLÉICENTAIRE · texte numérisé non relu

RAPPORT DU 4<^ JOUR COMPLÉICENTAIRE

mouvements qu'il est impossible de prévoir et de diriger ? La Révolution est faite : elle est Vouvrage de tous. Quels généraux, quels soldats n'ont jamais fait dans la guerre que ce qu'il fallait faire et ont dû s'arrêter oii la raison froide et tranquille aurait désiré qu'ils s* arrêtassent? N'étions-nous pas en état de guerre contre les plus nombreux et les plus redoutables ennemis ? Quelques revers n*ont-ils pas irrité notre courage, enflammé la colère ? Que nous est-il arrivé qui n'arrive à tous les hommes jetés à une distance indéfinie du cours de la vie ?

La Révolution a coûté des victimes, des fortunes ont été renversées. Iriezvous autoriser des recherches sur tous les événements particuliers ? »

Cet appel à la réflexion et au bon sens se terminait ainsi :

t La raison, le salut de la patrie ne vous permettent pas de jeter les yeux sur des ruines que vous avez franchies : n'envisagez que ce qui vous reste à faire, que la patrie seule occupe votre pensée.

Des erreurs, des fautes, des abus de pouvoir, des actes arbitraires ne sont-ils pas des maux inséparables d'une grande révolution ? Mais, s'il est des crimes, s'il est des forfaits qui exigent une prompte expiation, vous n'imposerez pas silence aux tribunaux. La justice nationale a ses droits, il ne nous est pas permis d'y porter atteinte. »

Lindet retrace ensuite les motifs puissants d'éclairer le peuple et de l'attacher à la Révolution.

Dissipez les ténèbres de l'ignorance, répandez les lumières et l'instruction, mettez entre les mains de vos concitoyens ces ouvrages si désirés dans lesquels ils apprendront leurs droits et leurs devoirs.... Dans le Valais, tout habitant sait cultiver son champ, les arts et les sciences : toute malson renferme une collection des meilleurs livres, des outils les plus ingénieux des différents arts et métiers, dont le possesseur sait faire usage...

Il demande ensuite l'ouverture à Paris d'un cours d'étude pour y former des instituteurs^ puis la publication, par les soins du Comité d'instruction publique, d'un Cahier d'instruction par chaque décade. « Que ces cahiers soient un répertoire de vos travaux et des principaux événements, que Ton y trouve des conseils, des règles de conduite, qu'ils respirent l'amour du travail, les mœurs et l'honnêteté publique. »

Il réclame ensuite la mise en liberté des citoyens utiles aux arts et à Tindustrie, comme on l'avait accordée aux cultivateurs avant la récolte, Tobligation pour les municipalités qui auraient à refuser un cenificat de civisme, de donner les motifs de leur refus, afin d'éviter Teffet des haines locales et de permettre de soumettre aux directoires les motifs du refus.

Il terminait enfin en demandant à la Convention de transformer ses propositions en décrets.

Ce rapport fut pour Lindet un véritable triomphe. Les applau-

dissements étaient unanimes. L'ère des haines et des représailles paraissait close définitivement. La justice allait suivre régulièrement son cours, et la Révolution terminant son œuvre sous Tégide de ceux qui, dans les Comités de gouvernement, n'avaient point pris part aux vengeances de la Terreur, allait pouvoir enfin assurer à la France la pacification des esprits et les bienfaits de la paix avec l'étranger '.

Six décrets furent rendus par la Convention, sur la demande de Lindet, et comme conclusion de son rapport :

i^ Les municipalités devront désormais, en cas de refus de certificat de civisme, donner les motifs de leur refus ;

20 Le Comité d'instruction est chargé de rédiger, dans le cours de chaque décade^ un Cahier d'instruction dont l'objet sera de ranimer l'amour du travail, d'affermir les citoyens dans les principes de la morale, de l'attachement à leurs devoirs, de leur rappeler les grands événements de la Révolution et de leur présenter les avantages des sciences et des arts ;

30 Les Comités du commerce et des finances devront, sous trois jours, faire un rapport sur les pétitions des marchands tenus de verser, dans les caisses du district, les sommes dont ils sont débiteurs envers les étrangers appartenant aux nations avec lesquelles la République est en guerre ;

4<> Les Comités du commerce et des finances devront, sous trois jours, faire leur rapport sur les avantages ou les désavantages de la libené de l'exportation des marchandises de luxe ; sur les avantages et désavantages de l'exportation du superflu des denrées de première nécessité ;

50 Le Comité d'instruction publique est chargé, dans un délai de deux décades, de faire un rapport sur un projet d'écoles normales ;

60 Les Comités de commerce et de finances devront, dans trois jours, faire un rapport sur les moyens les plus avantageux de rendre à la circulation et au commerce toutes les matières et marchandises expédiées pour Commune affranchie (Lyon) et autres communes qui avaient été déclarées en état de rébellion.

Ces décrets furent rendus, dit le Moniteur^ à l'unanimité et au milieu des plus vifs applaudissements \

1 . Sar les vues de paix du Comité de salut public. Cf. Mémoires tirés des papiers d*un homme d'État. III. 76.

2. « Ce fut vers cette époque, dit Louis Blanc {Hist. de la Révolution^ i3* vol., 3o6) que Robert Lindet mit sous les yeux de la Convention, dans

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