‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 138 sur 201 · I. Sur les suspects · texte numérisé non relu

I. Sur les suspects

258 ROBERT LINDET [l794]

Je ne dis qu'un mot sur la liberté de la presse, parce que ce mot me parut tout dire ;

J'avais traité tous ces sujets dans le discours que je lus aux trois comités^ Je pensais que la Convention devait s'empresser de faire un grand pas qui caractérisât le gouvernement qu'elle allait établir et qui fixât les principes et la confiance.

On me dit qu'il n'était pas encore temps de traiter la première question; que je devais me donner de garde de parler si tôt des fédéralistes, que ce n'était pas le lieu d'en parler. Je fus obligé de changer toute Ut partie du rapport dans laquelle je prouvais qu'aucun tribunal ne devait connaître de pareils événements et qu*aucun citoyen ne pouvait être plus longtemps détenu à cette occasion.

J'avais voulu me décharger d'un fardeau qui pesait depuis si longtemps sur ma tête. Il n'y avait qu'un décret de la Convention nationale qui pût me délivrer des inquiétudes auxquelles j'ai toujours été en proie depuis que le tribunal avait commencé ses procédures sur ce qu'on appelait le fédéralisme.

Sur la seconde proposition, on me défendit de parler des ex-nobles et des prêtres. Je satisfis mes collègues. Je ne me servis pas de ces expressions ; mais je ne fus pas moins entendu, et mes collègues approuvèrent mon nouveau plan.

Les Comités ne pensèrent pas que je dusse proposer aucune interprétation ou modification sur la loi du 17 septembre.

Ils crurent que le temps n'était pas encore arrivé de défendre aux fonctionnaires publics d'assister aux séances des sociétés populaires, et à ces sociétés de former des associations et des affiliations.

Lorsque je soumis mon projet de rapport à l'examen des trois Comités, je n'étais pas sûrement resté en arrière envers ceux qui désiraient le plus ardemment le redressement de toutes les erreurs, de tous les excès et de tous les malheurs. On n'avait pas été plus loin que moi. On pensa au contraire que je m'engageais trop avant. On m'arrêta»

La haine politique ne devait permettre à R. Lindet ni d'exécuter les décrets qu'il avait fait voter, ni d'en présenter de nouveaux, destinés à compléter Tœuvre de pacification et de justice souhaitée par les montagnards républicains auteurs ou complices du 9 thermidor. Quinze jours, en effet (i5 vendémiaire), après ce rapport mémorable, Lindet sortait du Comité de salut public pour n'y jamais rentrer '.

I . Ce discours a été reproduit dans l'Histoire parlementaire, XXVI, 83, et en partie dans le Moniteur. Nous donnons cette pièce, disent les auteurs, comme le plus sage manifeste du Comité de salut public, après le 9 thermidor.

Page 1