‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 15 sur 201 · MAIRE DE BERNAY · texte numérisé non relu

MAIRE DE BERNAY

nationale et à son colonel et continua : « J'étais à la tête d^une compagnie. L'assemblée nationale a déclaré le service des armes incompatible avec les fonctions civiles, mais cette incompatibilité ne me sépare pas d'un corps, dont les chefs et les membres m'ont honoré de tant de marques de confiance et d'amitié. Si la ville était menacée de quelques dangers, ce serait mon devoir de les détourner ou de les partager avec cette brave garde nationale, si distinguée par son exactitude dans le service, et par son excellente discipline '. »

Aussitôt son entrée en fonctions, le nouveau maire fit voter une adresse qui reflétait les sentiments, de confiance absolue dont la nation tout entière était animée, à cette époque, pour le roi. Le peuple poursuivait de sa haine la féodalité et les courtisans qui trompaient et égaraient le roi, mais il ne venait à personne l'idée que Louis XVI voulait s'associer avec les privilégiés pour faire échec aux réformes.

Aussi, le conseil de la commune pouvait-il écrire ces mots : « Sire, nous confondons dans notre amour les noms de roi, de père et de patrie ! Nous élèverons nos enfants dans ces sentiments d'amour et de respect que la loi nous commande, que la nature et la reconnaissance nous inspirent. » Hélas, trois ans plus tard, ces mômes conseillers, trahis dans leurs espérances et victimes de la perfidie royale, applaudissaient au supplice du roi et devenaient des républicains aussi sincères dans leur foi nouvelle qu'ils l'avaient été dans leur royalisme ancien.

Au début de la Révolution, peu d'hommes, même parmi les classes instruites, osaient se croire et se dire républicains. La République pouvait paraître peut-être, dans l'esprit de certains citoyens d'élite *, comme le couronnement suprême d'une longue évolution du progrès social, dont ils avaient trouvé la théorie dans Rousseau et la réalisation dans l'histoire héroïque des républiques anciennes d'Athènes et de Rome ; mais l'état actuel des mœurs, l'absence d'instruction dans les masses ne paraissaient pas rendre possible cette forme de gouvernement essentiellement démocratique. La monarchie s'identifiait encore

1. Ce discours a été imprimé. Un fragment des douze pages dont il se composait est collé à la fin du registre des délibérations de 1 789-1 790. (Arch. de Bernay.)

2. Après la fuite de Varennes, Th. Lindet envisageait dès lors rétablissement de la République en France. Le 23 juin il écrivait à son frère : « La France est en état de donner Tezemple d*un peuple qui sait se passer de roi... »

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avec la patrie. Les vertus privées du roi provoquaient Tillusion sur sa faiblesse, et le rendaient cher à la nation. En réalité, faire de la monarchie une institution nationale permettant à toutes les classes de travailler, sous le règne de Tégalité et de la libené, au bien de TÉtat, en supprimant les privilèges de toute nature, les servitudes féodales et foncières, en réformant profondément la justice et le clergé ; placer ces institutions ainsi réformées sous la garantie d'une constitution votée par les États généraux, acceptée par un roi bienfaisant, honnête et probe, tel était le rêve, peut-être irréalisable, qui hantait les cerveaux des novateurs les plus hardis de notre moyenne Normandie '.

Ces fonctions de maire ne lui imposaient pas seulement une besogne extrêmement pénible, au moment où la disette des grains se faisait le plus sentir : il lui fallut faire rentrer l'ordre dans les divers services, réorganiser et mettre en marche la machine administrative, d'après les nouvelles bases établies par les lois récentes.

En mars 1790, s'ouvrit, dans toutes les communes, la contribution patriotique fixée au quart du revenu, par l'Assemblée nationale. R. Lindet fit sa déclaration ' le 7 mars 1790, en déclarant « avec vérité que la somme de 3oo francs dont il contribuerait aux besoins de TÉtat, excède les fixations établies par le décret de l'Assemblée nationale du 6 octobre.. Il s'engageait à

1. Marat lui-môme était encore royaliste en 1 791. Danton, dans une lettre adressée au président de l'assemblée électorale de Paris le i*' février 1791, déclarait qu'il signalera son attachement à la nation, à la loi et au roi, et son dévouement éternel au maintien de la Constitution,

Brissot, qui iiit un des premiers à professer le républicanisme, disait en juillet 1792 : « S'il existe des hommes qui tendent à établir une république sur les ruines de la Constitution, le glaive de la loi doit frapper sur eux comme sur les partisans de Coblentz. »

Enfin, Carnot n'était pas républicain en 1792, quand il disait : « La nation est là qui veut la liberté, qui veut l'égalité, qui veut la Constitution tout entière^ et qui ne souffrira pas que, ni par le fait des armes, ni par les voies obliques d'une politique tortueuse, un seul mot en soit effacé. »

Robespierre, royaliste en 1791, rédigea pendant la Législative Le défenseur de la Constitution, et le 2 mars 1792, en pleine séance des Jacocobins, il se proclamait encore royaliste par raison.

Cf. Âulard, Le Club des Jacobins pendant la Révolution, Études et leçons sur la Révolution française. Paris, Âlcan, 1893. Il n'y avait pas alors de républicains en France hors une dizaine d'hommes de lettres... — Âulard, L'idée républicaine et démocratique avant lySç^ dans la Révolution française, 1898, 2* semestre, p. 4. — La formation du parti républicain, p. 296, eod. loc.

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