‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 142 sur 201 · ATTAQUES CONTRE LES ANCIENS MEMBRES DES COMITÉS · texte numérisé non relu

ATTAQUES CONTRE LES ANCIENS MEMBRES DES COMITÉS

pas parvenue à éteindre. C'est un grand problème à résoudre que de fixer le terme où s'arrêtent les vengeances des partis qui s'élèvent et s'abaissent alternativement. »

C'était maintenant aux anciens membres du Comité de salut public que les thermidoriens s'en prenaient, à ceux-là même qui avaient été les instigateurs et les fauteurs du coup d'état du 9 thermidor. Peut-être ceux-ci, à ce moment, comprirent-ils la faute qu'ils avaient commise en s'alliant avec les Tallien, les Fouché, les Fréron, les Bourdon (de TOise), les Rovère pour renverser Robespierre en cette mémorable journée : ils sentirent que les Thermidoriens en voulaient encore plus à la Révolution et à la République qu'à Robespierre. Il était trop tard, hélas !

C'est Lecointre qui va servir d'organe aux haines thermidoriennes pour attaquer les anciens Comités. Dès le 12 fructidor (29 août 1794), il accuse Billaud, CoUot et Barère, membres de l'ancien Comité de salut public, Vadier, VouUand, Amar et David, du Comité de sûreté générale, comme complices de Robespierre. Le lendemain, sommé de produire ses preuves à Tappui de ses dénonciations, Lecointre se dérobe honteusement, et l'Assemblée déclare sa dénonciation calomnieuse. Mais il ne se tient pas pour battu. Le 12 vendémiaire, il reparaît à la tribune et accuse Collot, Billaud, Barère et Vadier ; mais Carnot intervient pour déclarer que tout ce que ses collègues accusés ont dit pour leur défense est l'exacte vérité, puis il ajoute en terminant : « Ayant toujours délibéré avec eux, je déclare que je ne m'en séparerai point. » Prieur (de la Côte-d'Or] appuie Carnot. Bréard demande que la Convention, « guidée par l'esprit de justice qui ranime, passe à Tordre du jour sur cette dénonciation et entende son Comité de salut public : il a des vérités à dire qui feront pâlir ses ennemis ».

L'ordre du jour fut voté, mais le combat allait recommencer quelques semaines plus tard.

Lecointre supportait avec peine le décret de flétrissure que lui avait valu sa dénonciation calomnieuse du i3 fructidor. Le 1 5 frimaire (5 décembre 1 794) Lecointre reparaît.

C'est en vain, dit-il, ique la Convention prendrait des mesures partielles : les canaux de la raison sont ouverts ; la vérité va enfin luire aux yeux de la représentation nationale.... Depuis le i3 fructidor que la Convention nationale a rendu un décret contre moi, j'ai recueilli et fait imprimer les pièces qui regardent les membres de l'ancien Comité de salut public. Demain, je devais monter à la tribune et en donner lecture à la Conven^tion, mais je demande, pour épargner aes moments, qu'elle veuille en dé**

créterle renvoi à ses trois comités de gouvernement qui les examineront. On ne dira pas maintenant que je n'ai point de pièces : les voici, elles sont toutes imprimées....

La Convention se hâta de décider le renvoi des pièces à ses trois Comités, conformément à la loi du 8 brumaire an III, et ordonna qu'elles lui soient distribuées imprimées. C'était un premier succès. On visait tous les membres du Comité : Lecointre l'avait dit nettement, mais on commençait par ne demander que la mise en accusation de ceux qui paraissaient les plus exposés aux haines populaires. Quand ceux-ci auraient disparu, on s'attaquerait aux autres.... C'était un habile calcul que l'honnêteté et la probité politique de R. Lindet, de Carnot et de Prieur (de la Côte-d'Or) allaient déjouer.

Merlin (de Douai) vint à la séance du 7 nivôse (27 décembre 1794) apporter le rapport des Comités qui venait d'être arrêté le jour môme à 6 heures du matin. <* Vos Comités, dit-il, ont estimé qu'il n'y avait pas lieu à examen à l'égard de Voulland, d'Amar et de David, mais qu'il y avait lieu à l'égard de CoUot d'Herbois, Billaud, Barère et Vadier. » A la séance du soir, et conformément à la loi du 8 brumaire, la Convention nomma la fameuse commission des 21 qui fut chargée de faire un rapport sur les faits imputés aux quatre prévenus '.

Cinq jours après le 12 ventôse, Saladin vint donner connaissance de son rapport, au nom de la commission des 2 1 , à la Convention . Il retraça, en termes sombres, la situation de la France au 9 thermidor ; mais Robespierre, Couthon, Saint-Just n'ont-ils pas laissé des complices ? Il accuse Barère, Billaud-* Varenne, CoUot d'Herbois et Vadier d'avoir été auteurs, fauteurs et complices de la tyrannie de Robespierre, d'avoir couvert la France de prisons, d'avoir interprété d'une manière atroce la loi du 17 septembre, d'avoir influencé le tribunal révolutionnaire et exercé une influence despotique sur la Convention nationale, et il termine en disant qu'il y a lieu à accusation contre eux.

Lecointre savoure sa joie, et de peur que ses victimes ne lui échappent, il demande leur arrestation en séance. La Convention ne pouvait rien refuser à Lecointre : l'arrestation eut lieu

I. Voici les noms des membres de la commission des 21 : Sergent, Beauchamp, Bernard (de Saintes), Dubusc, Chénier, Viennet, Vasseur (de la Somme), Meyer, Real, Chevalier, Saladin, Johannot, Battellier, Lobinhes, Sauvé, Cosnard, Sieyes, BoutrouC, Monte^ut, Courtois et Thomas.

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