‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 143 sur 201 · ATTAQUES CONTRE LES ANCIEI^S MEMBRES DES COMITÉS · texte numérisé non relu

ATTAQUES CONTRE LES ANCIEI^S MEMBRES DES COMITÉS

séance tenante ; mais, avant de livrer leurs mains aux menottes des gendarmes, Barère et Collot purent proclamer à la Convention des vérités qui étaient la condamnation des motifs sur lesquels on basait Taccusation. Barère rappela que le travail du Comité était divisé entre les divers membres qui le composaient, mais que tous signaient le travail les uns des autres : il a soin aussi de faire observer que Couthon^ Robespierre et Saint-Just ont toujours signé les premiers les actes de la police générale, police qui n'a pas été établie par arrêté du Comité de salut public, mais par un décret de la Convention, rendu d'après un rapport de Saint-Just.

Il revendique aussi la liberté de penser des représentants du peuple.

Si Ton parvenait à établir cet effroyable principe que les membres de la Convention qui passent dans les Comités de gouvernement n*ont plus la môme liberté d'opinion et qu'ils doivent la régler, pour ainsi dire, au compas ; si Ton parvenait à établir ce système, Taristocratie n'aurait pas besoin d'attendre la fin d'un gouvernement pour en proscrire les membres.

Collot d'Herbois ne fut pas moins bien inspiré. Il rappelle à la Convention ses actes :

Vous étiez l'ftme et la pensée du gouvernement; son action seule était dans les comités. Elle était inséparable de vous et du peuple lui-même. La providence du gouvernement a été dans les dangers de la patrie, dangers qui ont dicté les mesures qui ont été prises et contre lesquelles on ne peut s'élever aujourd'hui parce qu'elles ont été commandées par les périls publics et qu'elles disparaissent avec eux.

Le premier principe que nous réclamons avec sécurité est celui-ci : tout acte arbitraire, toute mesure extraordinaire, inutile pour sauver la patrie est condamnable; mais que tout ce qui fut nécessaire est légitime. Sans cela, le passé n'est rien, le présent n'est rien, l'avenir ne sera rien encore; sans cela, la Révolution n'inspire plus de confiance : ce qui était bien Vannée dernière, sera un crime aujourd'hui, ce qui est bien cette année sera condamné dans l'année à venir.

Il est encore un grand principe, un principe salutaire des gouvernements démocratiques auquel nous applaudissons, malgré la douloureuse expérience que nous en faisons : c'est que ceux qui ont été revôtus d'un pouvoir étendu, doivent tomber nécessairement dans la défaveur. Il est de la nature des gouvernements populaires d'être jaloux et la disgrâce suit ordinairement de près la puissance. On ne doit ni s'en étonner ni s'en plaindre; mais il faut créer pour celui qui a gouverné une sauvegarde qui le garantisse du ressentiment des ennemis de la République; autrement, comment le gouvernement démocratique pourra-t-il subsister ?

Si nous n'avions pas fixé la victoire sous les drapeaux de la République, si nous n'avions pas comprimé les ennemis du peuple ou que nous eussions partagé leurs complots, nous pourrions craindre la foule d'ennemis qui

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nous poursuivent aujourd'hui, dont on nous a cité des paroles auxquelles nous répondrons plutôt par des faits. Mais on porte contre nous une accusation absolument contraire. Eh bien, si les pouvoirs que vous nous aviez conférés étaient au-dessus de nos forces, si nous avons été égarés par leur étendue, qu'on nous punisse pour servir d'exemple à ceux qui nous succéderont; mais nous nous consolerons des peines qui nous seront infligées en pensant que nous n'aurons d'autre reproche à nous faire que celui de l'erreur. Je vais me soumettre au décret d'arrestation.

Le débat avait été fixé au 2 germinal ; le rapport de Saladin avait mis hors de cause, Carnot, Lindet et Prieur (de la Côted'Or] ; mais ces hommes avaient Tâme trop fière pour ne pas aller au devant des accusateurs. On se doutait, dit Thiers, en parlant de Robert Lindet, a que cet homme irréprochable, qu^on n'avait pas osé accuser avec les autres membres du Comité de salut public, allait défendre ses anciens collègues. Il était beau à lui de le faire, car il était encore plus étranger que Carnot et Prieur (de la Côte d*Or) aux mesures politiques de l'ancien Comité de salut public. Il n'avait accepté le soin des approvisionnements et des transports qu'à la condition de rester étranger à toutes les opérations de ses collègues, de ne jamais délibérer avec eux et d'occuper même avec ses bureaux un autre local. Il avait refusé la solidarité avant le danger; le danger arrive, il venait la réclamer généreusement ». C'était le procès des Comités qui s'ouvrait : Lindet, Carnot et Prieur ne pouvaient s'en désintéresser sans lâcheté, ni abandonner leurs collègues sans faiblesse.

La foule qui garnissait les tribunes avait été composée avec soin des amis de Fréron et de Lecointre. Le Réveil du peuple, entonné à pleins poumons, avait charmé, avant la séance, les ennuis de l'attente et indiqué l'opinion des manifestants.

Le président annonce à la Convention que les prévenus sont dans son sein; il recommande aux tribunes le plus grand silence et donne la parole à Robert Lindet pour une motion d'ordre.

« La parole est aux prévenus et on ne doit pas la leur enlever par une motion d'ordre », crie un Thermidorien resté inconnu, et qui redoute probablement l'intervention de Lindet. Du Roy riposte : « Lorsqu'on fait porter les accusations sur des opérations qui sont communes aux prévenus et aux autres membres du Comité de salut public, il me semble que ceux-ci doivent être entendus, car ils ont été les témoins de leur conduite, et si Robert Lindet n'eût pas demandé la parole, je l'aurais demandée pour lui. »

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