DÉFENSE DES COMITÉS PAR R. LINDET
Bourdon (de l'Oise), — Il est assez étonnant, après que les bons citoyens ont déjoué le complot horrible qu'on avait tramé hier (On murmure dans rextrémité gauche]...., que des hommes que Ton a séparés des prévenus viennent faire ici une espèce de corporation avec eux... (Nouveaux murmures à gauche.) Savez-vous ce que cela veut dire ! C'est qu*après avoir essayé une insurrection qui n'a pu réussir, on veut aujourd'hui abuser de la délicatesse de plusieurs collègues que personne n'inculpe pour écarter ta discussion et faire du procès des prévenus une affaire interminable... (Les mômes murmures recommencent.) Il s'oppose à toute motion d'ordre et veut qu'on entende les détenus.
Foussedoire déclare qu'il est impossible de séparer les prévenus des autres membres du Comité de salut public.
Je crois que l'ancien Comité de salut public a sauvé la patrie et je pense que ceux qui ont partagé les actions des prévenus doivent faire cause commune avec eux.
Robert Lindet intervient :
Puisque vous voulez juger le gouvernement, il fout le juger dans son intégrité; j'en ai été membre depuis le commencement jusqu'au i5 vendémiaire, et quoiqu'on m'excepte de l'accusation portée contre les prévenus, j'appelle sur ma tète la responsabilité que je dois partager avec eux puisque j'ai partagé leurs opérations.
Il obtient la parole :
Votre commission des 31 a dénoncé à la France, dit-il, une législation atroce et sanguinaire substituée à la législation morale par laquelle un peuple libre veut et doit être gouverné. Elle a dénoncé une tyrannie qui a couvert la République de honte, de deuil, de larmes et de calamités depuis la formation du Comité de salut public et qui a continué ses affreux ravages quelques jours après l'époque du 9 thermidor.
Le gouvernement est accusé d'avoir conspiré contre le peuple, d'avoir employé pour le détruire tous les moyens dont la direction lui était confiée pour le sauver, d'avoir organisé la famine, d'avoir suscité et entretenu ce fléau qui a dévasté la Vendée et six départements environnants. Il est accusé de tous les maux et môme des embarras que l'on éprouve aujourd'hui.
Le rapporteur vous a dit que voQ« avez besoin de vous épurer, s'il est vrai qu'il y ait encore dans votre sein des amis^ des agents, des complices de la tyrannie : il vous a dit que pour prévenir le retour des jours désastreux, il faut déraciner la tyrannie, la frapper dans tous ceux qui y ont eu part.
Vous vous proposez donc de diriger la foudre de la vengeance nationale et de la faire tomber sur la tôte de tous les amis, agents et complices de la tyrannie. Ce n'est pas cette disposition qui me ferait un devoir de paraître dans ce moment à la tribune, mais le gouvernement entier est accusé.
.... Tous les membres du gouvernement sont désignés comme les premières victimes que l'on doit immoler à la vengeance nationale : il n'y a d'exception pour aucun d'eux... Il suffira désormais de dire de chacun de nous : il a été membre de Vancien gouvernement.
J'ai été membre de votre Comité depuis sa formation jusqu*au 25 vendémiaire dernier et c'est sur les parties confiées à ma direction que les orateurs se sont le plus appesantis. C'est en parlant de subsistances et d'approvisionnements que Ton a provoqué Tindignation publique, que l'on a imputé à la tyrannie du gouvernement les malheurs, les privations, l'embarras mâme du service actuel.
Toutes mes actions, toutes mes pensées, tous mes travaux se sont fondus dans le gouvernement.... Je suis appelé par la force môme des circonstances, par le vœu même de tout représentant du peuple et de tout Français qui veut et qui doit connaître le gouvernement accusé, à vous rendre compte de grands événements auxquels j'ai eu part.
Ma conduite doit être connue : elle appartient au gouvernement, elle en a souvent caractérisé l'intention... La France, à laquelle on a dit que nous étions tous coupables, que nous l'avons trahie et que nous lui avons enlevé ses ressources, veut être éclairée....
Après ce fier exorde, Lindet retrace la situation de la France au moment de la création du Comité de salut public (6 avril 1 793j. La défection de Dumouriez laissait ouverte la frontière du nord ; toutes les parties de la République semblaient se troubler et s^agiter. Les frontières n'avaient jamais été si exposées, si dégarnies... Il montre l'énergie du Comité assurant la levée des 3oo,ooo hommes décrétée le 24 février, et faisant voter la loi du 3o avril organisant l'envoi aux armées des représentants du peuple, puis dressant l'instruction, dite Plan de travail des représentants en mission. Ce ne sont pas les rédacteurs de cette instruction, approuvée le 7 mai par la Convention, qui pourraient être accusés d'avoir organisé un gouvernement despotique ?
Puis, il retrace les difficultés que le Comité rencontra pour se procurer des fusils destinés à l'armement des nouvelles recrues, le marché fait avec Beaumarchais ; mais si la situation militaire, dit-il, était pénible et difficile, la situation de l'intérieur devenait effrayante !
Il en arrive alors à parler du 3o mai et de l'insurrection que les Girondins proscrits avaient suscitée dans les départements de l'ouest :
Il fallait préserver la France du fléau dont elle était menacée : nous ne crûmes pas devoir ordonner de préparatifs, des armements contre les citoyens égarés qui couraient aux armes; nous pens&mes qu'il fallait les éclairer, qu'à la voix de leurs fidèles représentants, les citoyens trompés poseraient les armes et rentreraient dans leurs foyers. Nous nous persuadâmes que les fonctionnaires publics s'empresseraient de rétracter leurs arrêtés et de pacifier les districts et les communes qu'ils avaient si violenmient agités.
Ce fut dans ces intentions, ajoute-t-il, que je rédigeai l'adresse et le projet de décret que vous adoptâtes le 36 juin... L'objet de cette adresse était