DÉFENSE DES COMITÉS PAR R. LINDET
d*éclairer les citoyens sur les suites funestes que devait avoir la guerre civile dans laquelle on les précipitait, sur la nécessité de maintenir ic calme et la tranquillité dans l'intérieur, tandis qn^ow^e armées couvraient les frontières et les côtes maritimes^ et sur Vobligation imposée à tous les citoyens de défendre la République^ la Convention nationale et son gouvernement, contre les insinuations et les efforts des traîtres qui proclamaient la guerre civile»
Uorateur se met ensuite en scène : raconte ses démarches, ses négociations, Taffaire de Brécourt (Pacy) et ses efforts pour éteindre V insurrection de l'ouest. Après avoir assuré l'ordre, la tranquillité à Évreux, il se rend à Lisieux et à Caen. Il raconte le désarmement volontaire de la garde nationale de Caen remettant ses fusils pour les soldats de l'armée du Nord. Rentré au Comité de salut public, il résolut de s'y renfermer, dit-il, et d'y acquérir par « d'immenses travaux la confiance et l'estime de ses collègues ».
Mais les mots d^ insurrection de l'ouest avalent soulevé Tindignation de Henri Larivière, d'Isnard et de Hardy. Celui-ci accusa même Lindet d'avoir institué la boucherie de Robespierre et créé le tribunal révolutionnaire.
L'orateur, sans se soucier d'une interruption à laquelle il devait répondre plus tard victorieusement, continue sa lecture et, après avoir laissé Louvet et Lecointre s'expliquer sur les relations de Wimpffen avec les Girondins et les royalistes, entre dans de longs et minutieux détails sur l'organisation du Comité de salut public, sur sa division, sa police intérieure. Il était six heures. Lindet, qui avait pris la parole à midi et demi, était tellement fatigué qu'on ne l'entendait plus...
Gaston demanda l'impression du discours de Lindet... Oui,
répond la droite^ pourvu que ce soit à ses frais Dusaulx,
soucieux des finances de la nation, s'indigne qu'on fasse supporter au pays les frais de l'impression de cette volumineuse
Galette puis, André Dumont trouve que Lindet a rendu
compte d'une infinité de choses qui n'ont aucun rappon à la discussion actuelle et que son discours est rempli de faux. Pourtant, il veut bien ne pas s'opposer à ce qu'on entende le discours jusqu'au bout, et qu'un secrétaire lise à la place de Lindet pour le soulager.
Thomas Lindet prend alors le manuscrit et lit à la place de son frère. Cette partie de soi^ discours retrace les opérations de l'ancien Comité de salut public pour l'approvisionnement de la France et des armées. Lindet était chargé de ces opérations. « Le
Comité, dit-il, a fait venir de Téiranger deux millions cinq cent mille quintaux de grains. Comparez, avec ce résultat, ce qu'a fait le gouvernement actuel au milieu de la prospérité que nous lui avons préparée. » De violents murmures se produisent; A. Dumont interrompt, mais Torateur continue sa lecture.
Il établit le parallèle entre la situation au 9 thermidor et Tétat actuel. Il compare le taux des matières d'or et d'argent à ces deux époques. Il montre que les réquisitions ont assuré l'approvisionnement des armées, et que, grâce au maximum, la détresse des campagnes a été conjurée. Il rappelle que, lors de l'abrogation de cette loi, il fut obligé de faire fixer le prix des grains, afin de prévenir les maux qui devaient résulter d'un passage subit à la liberté de ce genre de commerce, et pour réprimer l'avidité des spéculateurs.
Enfin, envisageant le côté politique de ces poursuites, il ajoute :
Sieyes vous a dit que, depuis le 3i mai, la Convention n'était pas libre en délibérant ; cette assertion détruit Tédifice de vos lois et renverse la Constitution de 1793, seul fondement de la liberté des Français.
D'un autre côté, vous avez entendu Saladin, dans le rapport fait au nom de la Commission des 21, dire qu*on avait substitué aux lois une législation atroce et sanguinaire. Ainsi, Tun vous conteste vos pouvoirs, l'autre vous accuse d'en avoir usé pour ensanglanter la terre. Vous ôtes jugés ; vous n'avez qu'à marcher à l'échafaud : vos ennemis n'attendront pour vous frapper que le moment où ils vous verront assez abattus pour ne pouvoir plus vous relever. S'ils n'en choisissent que trois aujourd'hui^ ils se réservent de désigner les autres.
Et comme Lindet ajoutait qu'on chercherait probablement dans les vingt mille signatures qu'il avait données un texte pour motiver un acte d'accusation contre lui, l'esprit de vengeance et de royalisme invétéré arracha à quelques membres cette exclamation significative : // suffit de ton discours! En effet, Lindet avait parlé, en républicain, et de la Vendée, et des manœuvres des émigrés et de la guerre civile. Son crime était donc prouvé.
Il ajouta :
J'ai voulu sauver Lyon; j'ai été un des médiateurs et des pacificateurs du Calvados; j'ai rendu impuissante la haine de ceux qui se portaient contre Paris; j'ai contribué à la gloire et au succès de la République ; ma perte est inévitable ; je ne vivrai qu'autant de temps qu'il plaira à vos ennemis de le permettre : aurais-je la lâcheté de traîner mes jours dans l'ignominie, en attendant l'ordre de mourir ?
Le rapport de la Commission des 2 1 ne peut pas remplir l'objet que vous