I79^] DÉFENSE DES COMITÉS PAR R. LINDET
devez vous proposer. Ce n*est pas un rapport sur quatre membres que Ton doit vous présenter. On a accusé le gouvernement dans toutes ses parties et surtout dans celles dont la situation m'était spécialement confiée : il vous faut aujourd'hui un rapport général sur le gouvernement. On distinguera dans ce rapport ce qui appartient à ta législature, ce qui appartient au Comité, ce qui tient au salut de la patrie, ce qui tient à Terreur, à la nécessité, au malheur des temps, aux circonstances.
Écartez un plan qui vous conduit à renvoyer successivement tous vos collègues à Téchafaud, et à vous traduire vous-mêmes devant le tribunal révolutionnaire. Faites-vous faire un rapport général qui vous présente le tableau fidèle du gouvernement, de sa marche, de ses opérations suivant les temps, les circonstances, le caractère de votre législation et le cours des événements ; vous jugerez la conduite de chacun de ses membres.
Considérez combien votre position est étrange. On accuse tout le gouvernement : on veut que vous jugiez quatre membres de ce gouvernement : on se réserve donc de faire périr les autres quand on voudra, sans qu'il soit besoin d'un nouveau jugement.
Votre devoir, représentants, est de vous faire rendre compte du gouvernement entier, d'entendre chacun des membres qui y ont été appelés et de les juger
Si l'on me demande quels étaient mes rapports avec Robespierre, Couthon et Saint- Just, je répondrai que je n'en avais aucun ; je n'ai réglé aucune affaire avec eux. Plus de cent membres de cette Assemblée peuvent se rappeler ce que je disais avec franchise de ces hommes en qui je n'ai jamais reconnu aucuns moyens qui eussent pu déterminer à les charger du poids du gouvernement : je me plaignais de la considération et de la confiance qu'ils avaient usurpées dans la Convention et dont je les croyais indignes : j'invitais mes collègues à renouveler le Comité de salut public et à nous remplacer. On saitf qu'uniquement occupé le jour et la nuit du gouvernement, sous les rapports les plus généraux, les plus étendus et les plus chargés de détails, je ne donnai et ne pus donner aucune attention à la police et à l'administration de la justice, 11 n'y a enfin qu'un rapport général qui puisse vous éclairer sur l'ancien gouvernement : c'est dans ce tableau que vous verrez chacun de vos collègues tel qu'il a été dans sa carrière orageuse. Votre sûreté, le vœu de la France, le salut de la patrie vous tracent cette marche que la raison et la justice vous indiquent.
L'impression de ce discours est votée, mais Lesage fait ressortir que cette décision n'emporte point l'approbation des idées qui y sont contenues, et, reprenant pour son compte l'interruption signalée tout à l'heure : « Dans ce discours se trouveront, dit-il, les motifs du décret d'arrestation que je demanderai contre Robert Lindet ! »
Ce modéré Lesage eût volontiers ainsi envoyé à la mort Torateurqui exposait dans un discours des idées politiques contraires aux siennes ! L'aveu est précieux dans la bouche de ces Thermidoriens plus cruels à froid que les Terroristes en face des atrocités vendéennes. Boissy d'Anglas, qui arrivait à la fin du dis-
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cours, annonça qu'il n'avait pas entendu tout le discours de R. Lindet, mais que si l'orateur avait avancé que les approvisionnements de l'ancien Comité de salut public avaient suffi, il avait avancé un fait faux. Pour toute réponse, R. Lindet s'approcha de Boissy et mit sous ses yeux les états de l'approvisionnement. Alors Boissy se hâta de dire qu'il attendrait Timpression du discours avant de répondre et il descendit delà tribune '. Ce discours habile parce qu'il était honnête et sincère, qu'il mettait à nu l'hypocrisie et la haine des Thermidoriens, produisit, dans la Convention et dans toute la France, un puissant effet politique *. Ce fut un réconfortant pour les âmes hautes que la conduite des Girondins, devenus royalistes par désir de vengeance, avait profondément attristées. Le grand souffle patriotique qui avait inspiré la conduite du Comité de salut public revivait dans le discours de Lindet : les montagnards ne devaient point désespérer encore de la Révolution.