COMMISSAIRE DU ROI
acquitter la dite somme de 3oo francs en trois paiements, avant respiration de chacun des trois termes fixés par l'article 1 1 du décret de l'assemblée nationale. » Il désignait son troisième frère, François Lindet, pour être à ses droits, à Tépoque où le remboursement de cette contribution patriotique pourrait s'effectuer suivant l'article i6 du dit décret. Le même jour, il passait pour son père, Thomas Lindet, une déclaration analogue, fixant à 5oo francs sa contribution et indiquait également, pour recevoir le remboursement ultérieur, le même François Lindet '. Ces déclarations nous permettent d'évaluer approximativement les revenus de la famille Lindet, lesquels assez modestes, pouvaient cependant assurer une aisance facile à leurs propriétaires.
A ce moment, R. Lindet fut désigné par le roi comme commissaire, suivant lettres patentes du 6 mars 1790, avec le duc de Bouillon et LetcUier, maire d'Évreux, pour prendre sans délai « toutes les mesures et faire toutes les dispositions nécessaires pour la formation et l'établissement du département de l'Eure et des districts dépendant dudit département; faire convoquer les assemblées pour les élections, faire remplir toutes les conditions et formalités prescrites par les décrets de l'assemblée nationale ; veiller sur toutes les opérations, décider provisoirement toutes les difficultés qui pourront s'élever sur les dites formation et établissement, et généralement faire tout ce que nous ferions nous-mêmes, dit la commission du roi, pour l'exécution desdits décrets ».
Ce pouvoir leur donnait le droit de trancher, à la pluralité des voix, toutes les difficultés relatives à l'organisation et à l'établissement des nouvelles municipalités ; mais cette commission ne pouvait préjudicier en rien aux droits et faculté d'éligibilité dont ils étaient susceptibles. Les trois commissaires prêtèrent, les i3 et 14 avril 1790, le serment civique de maintenir de tout leur pouvoir la constitution du royaume, d'être « fidèles à la nation, à la loi et au roi », devant les officiers municipaux de la commune d'Évreux, qui en dressèrent procès-verbal sur leurs registres, à la date indiquée. Puis, le jour même, ils adressèrent une lettre collective circulaire à toutes les municipalités, réclamant leur concours. A cette lettre étaient joints les procès-verbaux
1 . Ce François Lindet était le troisième frère de Robert et n'a jamais rempli de fonctions publiques. La famille se composait donc de Thomas Lindet, depuis évoque d'Évreux, de R. Lindet, maire de Bernay, dé François Lindet et d'une fille, Marie-Anne-Thcrèze, épouse de M. Depierre, pour qui R. Lindet et Th. Lindet semblent avoir éprouvé une vive affection.
de la division du département de l'Eure arrêtée par les députés le 1 2 février 1 790, et de la subdivision des districts en cantons, acceptée le 21 du même mois.
Les électeurs nommés dans les assemblées primaires devaient se réunir le 1 5 juin à Évreux pour y choisir les administrateurs du district et du département.
Évreux, fier à juste titre de la considération qui s'attachait à son député Buzot, aurait désiré le faire entrer dans le directoire du département et s'attribuer une part prépondérante dans le nombre des administrateurs. C'était un réel danger que Tévéque Thomas Lindet fut assez heureux de conjurer.
Une lettre du 10 juin 1790, adressée par lui aux officiers municipaux de Bernay, établit cette proposition qu'il y a incompatibilité naturelle entre les fonctions de député et celles d'administrateur ; celles-ci, exigeant de fréquents déplacements, sont, par conséquent, inconciliables avec celles de député qui réclament une assiduité permanente aux séances de l'Assemblée.
Cette lettre, marquée au coin du bon sens, fut colportée dans tout le département et la candidature au Conseil général de tous les députés, y compris celle de Buzot, fut abandonnée.
Le i5 juin, l'assemblée des électeurs se réunit dans la cathédrale d'Évreux et choisit pour son président M. Hue, avocat à Brionne; elle se partagea en autant de bureaux que de districts, et procéda à la nomination de trente-six membres du Conseil général et du procureur syndic. Elle termina ses opérations le 24 juin, jour de la Saint-Jean '. On sonna les cloches, et l'artillerie tira trente-six coups de canon en l'honneur des trente-six administrateurs. Le lendemain, à la Cathédrale, un TeDeumfui chanté ; l'évéque prononça un discours, et, le soir, la ville se couvrit d'illuminations de toute sorte.
Les six administrations de district se formèrent du 25 juin au 5 juillet. Celle de Bernay fut nommée le 3o juin. Enfin, le 17 juillet 1790, parut le décret qui proclamait la formation définitive du département de l'Eure.
MM. le duc de Bouillon, Letellier et R. Lindet avaient terminé la mission dont ils avaient été chargés : ils avaient dignement répondu à la confiance du roi et avaient su résoudre, sans bruit, les difficultés de toute sorte nées au cours de ces opérations électorales multiples et jusqu'alors inusitées.
I . Avant de se séparer, le corps électoral vota une adresse à rassemblée nationale et une autre au roi. MM. Bocquin et Lavertu furent chargés de se rendre à Paris et de remettre les deux adresses à leurs destinataires.