CHAPITRE XVI
La journée du i*' prairial. Demandes de mise en accusation de R. Lindet. Son arrestation le 9 prairial. Témoignages en sa faveur des villes et des départements où il a exercé ses missions. Les Comités ne font pas leur rapport, malgré ces témoignages et ces adresses. Pressantes demandes de R. Lindet pour être jugé ou être mis en liberté. Le 12 thermidor (a8 juillet), il est autorisé à se retirer chez lui vu son état de maladie. Il demande à être jugé. Ses deux mémoires pour sa défense. Son Essai sur le crédit public et les subsistances. Sa réponse à Monnot, à propos de Tancienne Commission des subsistances. Son Tableau de la Convention nationale. Sa déclaration de fortune. Son désintéressement et sa pauvreté.
La journée du 1 2 germinal, occasionnée par la disette dont souffrait le peuple, n'était en quelque sorte que la préface d'un mouvement beaucoup plus sérieux, plus terrible, et qui devait éclater le i*'' prairial. Les agioteurs se vengeaient du maximum par une disette factice. Les femmes, les ménagères surtout, qui sentent plus durement que leurs maris la privation du pain dans le ménage, se montraient les plus violentes. Elles savaient que la disette était artificielle. On avait réduit la ration journalière à trois onces par individu ; or, cette quantité de pain ne nécessitait qu'un approvisionnement de 3oo sacs pour la ville entière ; tandis qu'en fait il atteignait 2,000 sacs et était suffisant pour quatre millions de bouches. Qui bénéficiait de la différence? Le gouvernement cherchait-il donc à affamer le peuple pour le pousser aux dernières extrémités et provoquer son écrasement définitif, pour le plus grand triomphe de la bourgeoisie royaliste et thermidorienne ? Exaspéré par la famine, désespéré de souffrances morales trop longtemps endurées, le peuple souhaitait un soulèvement qui le débarrassât de ces administrateurs inca-
pables. Le i*'' prairial, dès cinq heures du matin, la générale battait dans le faubourg Saint-Antoine. Un plan d'insurrection était dressé, imprimé, répandu dans Paris. On réclamait du pain, la constitution de 1793 et la mise en liberté des patriotes. Il ne nous appartient pas de raconter cette insurrection de la faim. Rappelons seulement la Convention envahie à 3 heures et demie diaprés midi, le malheureux Feraud atteint monellement d'un coup de pistolet, puis, au milieu de ce tumulte indescriptible, un brouhaha dans lequel tout le monde crie pour se faire entendre sans pouvoir y réussir. Parmi les députés demeurés sur leur siège, quelques membres de la droite venaient supplier les montagnards les plus connus de mettre l'Assemblée ' sous Tabri de leur popularité. Plusieurs cédèrent à ces sollicitations. Vers 8 heures et demie, Romme, Du Roy, Soubrany prirent la parole pour appuyer les réclamations du peuple. Ils proposèrent de remplacer les Comités de gouvernement, de faire mettre en liberté les patriotes. Ils cherchaient à calmer la foule en faisant nommer une Commission extraordinaire, chargée d'assurer l'arrivage des subsistances. Toutes ces propositions, aussitôt mises aux voix, étaient votées par l'Assemblée, qui, groupée sur les bancs inférieurs autour du président, sentait d'instinct la nécessité de calmer la multitude. Mais quand les troupes du gouvernement * eurent fait évacuer la salle vers minuit, alors les membres de la droite reprirent leur place : le danger était passé. On déclara non avenus les décrets rendus. C'était justice, mais après avoir fait preuve de liberté, la Convention aurait dû conserver ce que les décrets rendus avaient de bon et de propre à satisfaire la conscience publique. « Au lieu de cela, elle se livra à des sentiments de vengeance contre les députés qui, selon Carnot, eussent plutôt mérité des actions de grâce de sa part. » On brûla, séance tenante, la minute des décrets rendus, et Thibaudain, redevenu brave quand il n'y avait plus de danger à courir, demanda V arrestation des membres qui par leurs motions ont secondé les séditieux. Nommez-les, dit une voix...
Et alors c'est Peyssard, c'est Soubrany, dénoncés par Bourdon (Oise) ; c'est Bourbotte, Goujon, Albitte aîné et Du Roy, désignés par Delahaye(de la Seine-Inférieure).
Aussitôt, la Convention décrète d'accusation et d'arrestation