‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 153 sur 201 · JOURNÉE DU !«' PRAIRIAL · texte numérisé non relu

JOURNÉE DU !«' PRAIRIAL

Bourbotte, Du Roy, Duquesnoy, Romme, qui sont, séance tenante, livrés aux gendarmes.

Puis, c'est le tour d'Albitte aîné, de Peyssard, de Le Carpen« tier, de Pinet, de Borie, de Fayau : en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, l'accusation est formulée et le vote acquis.

Et alors l'abominable Tallien, ivre à l'avance du sang qu'il va faire répandre, s'écrie : a II faut que Pache et Bouchotte périssent. Ce ne sera là que le prélude des mesures ultérieures que les Comités vous présenteront... Vengeance, citoyens; vengeance prompte des assassins de leurs collègues, des assassins de la représentation du peuple, des assassins de la patrie. »

On avait oublié dans les accusations, Rtlhl ; vite il est décrété sans débat.

Puis, Hardy ' (Seine-Inférieure), mis en appétit par cette hécatombe de montagnards, prend la parole :

Il existe encore un monstre dans votre sein, c*est Lindet. Je ne crois pas qu'il y ait un plus grand ennemi de la liberté. Vous vous rappeleiç sûrement

quels moyens de défense il suggéra aux hommes que vous ave:( déportés.

Vous vous rappelé^ de quelle manière il a fait Véloge de l'ancien gouvernement. Si les autres, du moins, eussent été aussi adroits que lui, nous gémirions encore sous leur tyrannie, car c'est le plus astucieux des hommes. Je demande son arrestation, ainsi que celle de Charlier qui tous les jours parle en faveur des ennemis de la liberté. (Vifs applaudissements.) Le mouvement d'aujourd'hui était tout jacobin, tout montagnard; aussi ave\-vous vu que c'étaient les Jacobins, les Montagnards qui Vont dirigé dans cette salle.

C'était simplement demander l'arrestation de Lindet parce qu'il était montagnard. Pierret sentit l'odieux d'une pareille demande et répondit : « Comme la Convention ne fait pas la guerre aux opinions, je demande qu'on passe à l'ordre du jour. »

Thomas Lindet ajoute : « On a dénoncé mon frère et cependant il n'a rien fait, il n'a rien dit. Aujourd'hui, on va rechercher ses missions ou les actes qu'il a faits dans le Comité de salut public. Eh bien, qu'on consulte les départements de l'Eure, du Calvados ; qu'on consulte la ville de Lyon où il a été, et je suis persuadé que personne ne l'accusera d'avoir commis aucun acte qui blesse l'humanité . »

I . C'est par erreur qu'un savant historien normand a cru que ce Hardy était le député du Morbihan. Celui-ci, en effet [Lehardi], avait été exécuté le 9 brumaire an II et remplacé par Brûe. C'est de Hardy (Antoine-François), député de la Seine-Inférieure qu'il s'agit, et nous le trouverons toujours parmi les ennemis acharnés de R. Lindet.

284 ROBERT LINDET [ïJQS]

Pîerret revint à la charge et demanda Tordre du jour, « attendu qu'il n'a pas été question de Robert Lindet dans cette journée ».

Dumont (du Calvados) : « Mon département a été exposé à la dévastation par les hommes qui avaient usurpé Tautorité après le 3 1 mai. Robert Lindet y a été et pas un homme n*a péri, »

Bourdon (de l'Oise) : « Quelques jours avant le 9 thermidor, il a sauvé la municipalité de Couches. »

Encore une fois, Lindet allait échapper à ses ennemis : la Convention passa à Tordre du jour. ,

Le lendemain, 2 prairial, la séance reprit à dix heures du matin. La fureur thermidorienne ne pouvait être calmée. On régularisait les arrestations de la veille et on accusait les Jacobins d'avoir fait l'émeute. Henry Larivière qui, la veille, ne s'était pas joint à Hardy, attaqua de nouveau Lindet dont il voulait à tout prix Tarrestation :

Ne nous laissons pas abuser par les mots ; il s'en faut de beaucoup que la représentation nationale soit pure : il est parmi nous des hommes qui regrettent ce qui s'est passé avant le 9 thermidor. J*ai connaissance de faits desquels il résulte qu'il s'est tenu chez Robert Lindet un directoire pour organiser le mouvement qui a eu lieu hier. {Plusieurs voix : c'est vrai !) Nos malheurs viennent du découragement des hommes de bien^ et le découragement des hommes de bien vient de l'impunité des scélérats. (On applaudit.) Depuis quelques jours, on a vidé les prisons, tous les terroristes sont en liberté, et vous avez vu quel usage ils en ont fait...

Robert Lindet répond aussitôt à ces calomnies par un seul mot : « Jamais je n'ai été membre d'aucune société, » (Bruit.) Couppé (des Côtes-du-Nord) et girondin proscrit ajouta :

Si le fait avancé par Larivière est vrai, je vais voter pour Tarrestation de Lindet; mais je pense que si nous ne voulons pas faire une compensation des services et des fautes, nous ne parviendrons jamais à terminer la Révolution.

Enfin, Ch. Delacroix (Marne) donne un démenti formel à Texistence de ces conciliabules chez Lindet : « Je dois à la vérité de dire que Robert Lindet a assisté ces derniers jours à toutes les séances du Comité des finances . »

Surpris en flagrant délit de calomnie, Larivière se garda d'insister. Il se résigna à attendre des circonstances plus favorables pour accomplir ses projets de vengeance.

Hardy reparut, le 9 prairial, à la tribune, au début de la séance :

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