ARRESTATION DE R. LINDET
Il est temps enfin, que je rompe le silence sur les événements qui ont affligé Lyon. Robert Lindet se vante d'avoir cherché à se rendre utile à cette ville ; moi je dis que c'est lui qui Ta perdue.
. . . Robert Lindet était membre du Comité de salut public ; il fut envoyé à Lyon exprès pour en connaître la véritable situation : que Ton lise notre correspondance à cette époque, et Ton verra que son âme paraissait agitée sans cesse de mouvements contraires et qu'il nous laissa, en retournant à Paris sans vouloir nous voir, dans la plus étonnante perplexité. Mais je n'ai à faire à Lindet que ce dilemme :
Ou tu as cru Lyon en état de révolte, lors de ta mission dans cette ville, et tu devais autoriser, provoquer des mesures sages et fermes qui alors y eussent rétabli le calme sans effusion de sang, comme on vient de le faire à Paris ; ou tu as reconnu que Lyon n'avait fait que résister à l'oppression et dès lors le siège de cette ville que toi, membre du Comité de salut public, as fait décréter par la Convention, six semaines après est ton crime. Réponds.
Mais l'état de l'Assemblée ne permettait pas à Lindet de répondre et de répliquer qu'aussitôt son retour de Lyon, il avait été envoyé en Normandie et n'avait pu, par conséquent, faire décréter le siège de cette malheureuse ville. De toutes parts, on réclamait le décret d'arrestation . Au milieu du tapage, le décret fut rendu à l'unanimité.
Et pourtant, dit E. Quinet, « ses immenses travaux d'administration et son magnifique rapport auraient dû rendre R. Lindet invulnérable » ' ; mais la haine des Hardy, des Delahaye, des Tallien, des Bourdon (de l'Oise) ne pouvait pardonner les services rendus par cet austère conventionnel à l'ancien gouvernement. Il avait été l'un des membres les plus modestes, mais les plus utiles du Comité de salut public ; à ce titre, il devait être sacrifié aux vengeances thermidoriennes.
Il fut écroué le 1 2 prairial an III aux Quatre nations *. N'ayant pour tout ameublement qu'un mauvais grabat entre quatre guichets, il y souffrit horriblement de douleurs d'entrailles, et malgré ses réclamations, ne put obtenir aucun secours. Quelques jours plus tard, son compatriote Du Roy, l'une des victimes du i«' prairial, le rejoignit dans la même prison. Lindet s'occupa alors de coordonner les faits principaux de sa vie politique pour en faire les éléments de sa défense qu'il devait publier bientôt sous ce titre : Robert Lindet, représentant du peuple à la Con^ vention nationale. Nous analyserons plus loin les deux mémoires ponant ce titre .