I79^] ><ISE EN LIBERTÉ DE LINDET
Cette pétition fut renvoyée au Comité de législation.
Toutes ces adresses avaient fini par émouvoir et troubler les plus acharnés ennemis de Lindet. Lindet réclamait sa liberté ou sa mise en jugement '. Il fallait bien se rendre à l'évidence des faits attestés par les habitants des départements où Lindet avait exercé ses pouvoirs. Aussi, à la date du 12 thermidor (3o juillet 1794), la Convention, après avoir entendu les adresses de citoyens d'Evreux et de Pont-l'Évôque, portant témoignage en faveur du représentant du peuple, Robert Lindet, décrété d'accusation, « décrète, sur la proposition d'un membre et vu l'état de maladie de ce représentant, qu'il est autorisé à se retirer dans son domicile, sans garde, en attendant le rapport définitif que le Comité de législation est chargé de faire, d
Cette mise en liberté provisoire permit à Lindet de donner à la maladie d'entrailles dont il souffrait cruellement, les soins nécessaires; mais elle ne pouvait rendre la sécurité à son esprit. Il demeurait sous le coup d'une accusation vaguement formulée et dont le Comité de législation se trouvait fort en peine de préciser les motifs. Aussi, les témoignages de reconnaissance envers R. Lindet vont-ils continuer d'affluer à la Convention.
Le 1 5 messidor, ce sont les citoyens de Caen qui réclament la justice de la Convention en faveur de R. Lindet qui, loin d'être coupable d'actes arbitraires et tyranniques a, au contraire, facilité le salut et la retraite d'administrateurs compromis dans le fédéralisme, et s'est exposé pour sauver la vie de plusieurs citoyens du Calvados traduits au tribunal pour cause de fédé-
I. Lindet écrivait à la Convention : « Inutile à la nation, à charge à moimême depuis que je suis en état d'arrestation, je vous demande la justice que vous avez déclaré vouloir rendre à toute la France. Vous ne vous rappelez peut-être pas sans intérêt que personne n*arracha plus de victimes à la tyrannie, que j'ai préservé une belle contrée des fléaux qui frappèrent les autres départements ! J'ai auprès de vous un défenseur officieux dans la personne de tous les citoyens dont j'ai défendu la vie, la fortune et la liberté, dans celle de cent mille Français qui savent que mes travaux ont été utiles à la France, aux armées, aux départements, depuis le i5 brumaire an II jusqu'au i3 vendémiaire dernier. Rendez-moi la liberté sans laquelle je ne puis plus ni ne dois vivre, ou envoyez-moi devant le tribunal qui doit juger un représentant du peuple suivant les lois. • (Papiers R. Lindet.)
Et à Philippe Dumont : « Mon existence ne dépend ni des soins de l'amitié ni de toutes les considérations qui attachent à la vie, elle dépend absolument de la justice que me rendra la Convention nationale et la justice ne pourra m'être utile, si elle n'est aussi prompte que le besoin que j'en ai est urgent. » R. Lindet était à ce moment très souffrant d'une maladie d'entrailles qui mettait sa vie en danger. (Papiers R. Lindet.)
ralisme. C'est un sentiment de reconnaissance et (Inhumanité qui dirige la déclaration que ces citoyens présentent en faveur de Robert Lindet. Or, parmi les signataires de la pétition, figurent précisément les administrateurs du Calvados compromis dans l'affaire du fédéralisme que Lindet avait fait arrêter, et notamment Tancien maire de Caen, Le Goupil-Duclos, Gohier de Jumilly procureur syndic, Mesnil, etc., etc. Deux citoyens, Prempain et Laplanche (ce dernier mis en état d'arrestation par Lindet), ajoutent au-dessous de leur nom : Soustrait à la mort par R. Lindet,
A cette adresse était jointe l'attestation de Ferai, Tun des membres de l'assemblée insurrectionnelle du Calvados, déclarant n'avoir aucune connaissance que Robert Lindet ait lancé de mandat d'arrêt contre lui, ni excité la vente illégalement faite de son mobilier pendant sa proscription en 1793. Il ajoutait que c'était à l'intervention de Lindet qu'il avait dû sa mise en liberté après son jugement d'acquittement du 22 pluviôse an II; que vingt jours plus tard, il dut encore à un avis de Lindet la possibilité de fuir et d'échapper à un second mandat d'arrêt décerné par le Comité de sûreté générale. Il termine sa déclaration en affirmant que les conversations qu'il avait eues avec Lindet dans ce temps-là, l'avaient convaincu qu'il n'était pas, à beaucoup près, le partisan des mesures sanguinaires et antireligieuses de Robespierre.
Dubois-Du Bais, député du Calvados, profita de la circonstance pour déclarer qu'il avait vu, à ce moment-là (août 1793), « Robert Lindet manifester la plus grande indulgence pour les administrateurs accusés de fédéralisme. »
Lombard-Lachaux ajoute que « pendant que Robert Lindet était membre du Comité de salut public, il fut à son bureau pour lui parler subsistances, qu'il le trouva pensif et comme il lui en demandait la cause : a Je m'occupe, répondit-il, des moyens « d'empêcher qu'on n'entame neuf départements '. 9
La Convention décréta le renvoi au comité de législation de l'adresse des citoyens de Caen et de la déclaration de Lombard Lachaux.
Le rapport du Comité devait être présenté le i5 thermidor; il ne le fut point. Ce fut une nouvelle occasion pour Lindet de
I. Toutes ces pièces, ~ adresses des municipalités et des corps constitués, etc., — sont conservées en original, avec les visas du Comité de législation, dans la famille de R. Lindet.
Manuscrit de R. Lindet.
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