‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 158 sur 201 · TÉMOIGNAGNES EN FAVEUR DE R. LINDET · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGNES EN FAVEUR DE R. LINDET

réclamer à la Convention ^exécution de ses décrets : « Pourquoi le rapport qu^elle a ordonné serait-il encore différé? »

Quinze jours après, ce sont les représentants de la ville du Havre qui, à leur tour, viennent solliciter vivement la mise en liberté de Lindet, en souvenir et en considération des services qu'il a rendus en cette ville. Comme pour les adresses précédentes, Hardy (de la Seine-Inférieure) s'emporte furieusement contre les pétitionnaires. Un autre de ses coreligionnaires politiques, le royaliste Delahaye (également de la Seine-Inférieure], fait chorus avec lui. « Lindet, dit-il, a été, dans le Comité de salut public, plus fin, mais aussi scélérat que les autres. » Hardy accuse Th. Lindet d'avoir mendié ces adresses pour son frère, et comme celui-ci répond que, de sa vie, il n'a parlé aux pétitionnaires, Hardy traite ces derniers d'intrigants. A cet excès de violence, une partie de la salle se lève contre Hardy, et Lemoine, traduisant Tindignation générale, l'apostrophe ainsi : « Le temps de la domination est passé. Nous ne souffrirons pas qu'il revienne. De quel droit Hardy insulte-t-il les pétitionnaires? je demande qu'il soit rappelé à l'ordre. » Le tumulte grossit et finalement, l'assemblée, honteuse de l'attitude de Hardy et de ses compères, passe à l'ordre du jour.

Lemoine avait eu raison de dire que le temps de la domination était passé au sein de la commission; malheureusement, l'heure de la justice n'était point encore venue pour Lindet qui sollicitait vainement des juges ou sa liberté. Le lo fructidor, il réclamait la remise de ses papiers enlevés par Ysabeau et aussi l'impression de son mémoire de défense.

Ce mémoire ou défense parut sous ce titre : R. Lindet^ représentant du peuple à la Convention nationale \ Ce mémoire est la réponse, article par article, à toutes les accusations portées contre lui par les Hardy, les Lecointre ; il est impossible de mieux dire en aussi peu de mots. Nous ne pensons pas qu'on puisse connaître Lindet dans sa vie publique si on néglige cette pièce importante du dossier politique de l'accusé. Nous la publions f'n extenso.

I . Il existe deux mémoires différents, sous ce môme titre, de R. Lindet. L'un, Robert Lindet représentant du peuple^ à la Convention nationale, imprimé par ordre de la Convention nationale, in-8% 14 pp. Paris, prairial an III, de Timpr. nationale. L'autre, plus étendu, s. 1. n. d. in-S» de 3o pp. C'est celui-ci que nous reproduisons : il a été imprimé aux frais de Lindet.

296 ROBERT LINDET [IJQS]

Lorsqu'on voulut obtenir contre moi un décret d'arrestation dans votre séance du 9 prairial, l'on vous dit que j'avais provoqué à Caen la violence du peuple contre les magistrats et ses administrateurs, que j'avais différé par hypocrisie de faire verser le sang Français pour avoir, dans un autre temps, plus de victimes à immoler; que j'avais tenu chez moi un directoire de conspiration à la fin de germinal, que j'avais présidé une assemblée de conjurés dans le faubourg Antoine, que j'étais d'autant plus dangereux et plus coupable que j'avais surpris l'estime et l'amitié de nos concitoyens. On m'imputa enfin les malheurs, le siège et la prise de Lyon. Vous connaissiez tous ma conduite. Vous ne voulûtes pas m'entendre : mais vous crûtes devoir aux circonstances, à la véhémence et à l'impétuosité de quelques orateurs, de porter contre moi un décret d'arrestation par mesure de sûreté générale. Un de vos collègues empressé, comme on le vit dans tous les temps, de vous envoyer son adhésion au décret rendu contre moi, vous écrivit que j'avais organisé la famine en France, que j'avais proposé la création du tribunal révolutionnaire; que j'avais présenté le 10 mai 1793 un plan qui servit de base à la loi du 22 prairial an II, que par conséquent j'étais l'auteur ou le complice des événements arrivés au commencement de prairial de l'an III.

Cette lettre fut insérée dans votre bulletin. Tous les citoyens furent appelés et invités à vous adresser des dénonciations. Je savais qu'il n'y avait pas dans l'Europe un honnête homme qui eût sujet de se plaindre de moi. Mais quel homme chargé de grandes fonctions voudrait se soumettre à l'épreuve à laquelle vous m'avez soumis ?

Vous saviez, représentants, que l'on ne vous adresserait pas des dénonciations contre moi. Mais deviez-vous vous attendre, dans des temps si orageux et si difficiles, à voir les communes et les citoyens de toutes les parties de la République vous adresser des témoignages honorables de la satisfaction et de la reconnaissance que ma conduite leur a inspirés ?

Pourquoi faut-il que les dénonciateurs occupent seuls la tribune, que vos bulletins soient remplis de dénonciations et que l'on laisse ignorer la conduite généreuse de tant de citoyens, de tant de communes qui vous ont retracé leurs malheurs, leurs dangers, et qui ont voulu rappeler à votre mémoire et déclarer à la France combien de citoyens ont été conservés à la patrie par mes soins, au péril de mes jours ; de combien de malheurs imminents j'ai préservé la République et les citoyens ?

On se demandait avec inquiétude si vous étiez informés du vœu qui vous était exprimé par tant de pétitions et d'adresses, dont il ne paraissait pas que l'on vous eût rendu compte. Plusieurs députations ont demandé leur admission à la barre. Vous avez entendu la noble et énergique pétition des négociants de Nantes ; vous avez ordonné à votre Comité de législation de vous faire, dans trois jours, un rapport sur ma conduite. Le rapporteur vous a déclaré que toutes les pièces déposées au Comité de législation sont des réclamations en ma faveur et des témoignages honorables de ma conduite, de mes travaux et de mes dangers.

Vous avez entendu, quelques jours après, la lecture des adresses de Pont-l'Évôque, d'Évreux, de Couches. Vous avez frémi au récit des malheurs de la patrie et vous vous Ôtes ressouvenus que je portai ma tâte au tribunal révolutionnaire pour lui arracher les victimes qu'il allait immoler et par lesquelles il allait signaler le commencement des sanglantes exécutions projetées contre les départements de l'Ouest. Vous avez ordonné que je rentrasse dans mon domicile. Vous avez reçu depuis des lettres, adressçs

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