CHAPITRE XVIII
R, Lindet et ses projets financiers dans les premiers mois
du pouvoir directorial.
Lindet est nommé député du Nord. Annulation de son élection. Lindet resté en butte aux haines politiques, refuse les fonctions qui lui sont offertes. Lettre à Eschassériaux. Son mémoire sur les Subsistances adressé au peuple parisien contre Boissy. Ses lettres sur les finances, les assignats et le projet de banque. Sa polémique avec Lecouteulx de Canteleu et Dupont (de Nemours], directeurs de la nouvelle banque. Le projet de banque est abandonné. R. Lindet est impliqué dans le procès Babeuf par la police du Directoire. Il échappe au mandat d'arrestation : est défendu
^ dans deux mémoires signés par son frère Thomas. Il est acquitté le 7 prairial-36 mai 1796.
L'intègre probité dont R. Lindet avait fait preuve dans le maniement des affaires qui lui avaient été confiées au Comité de salut public, Ténergie avec laquelle il avait défendu contre les Thermidoriens le système financier révolutionnaire et combattu le discrédit des assignats, le désignait à la haine des agioteurs et des réacteurs de toute nuance, mais lui assurait les sympathies des patriotes qui ne pouvaient se résoudre à renier la Révolution et ses serviteurs fidèles. Aux élections du nouveau corps législatif pour le département du Nord, R. Lindet fut élu député par 36 1 voix, le 24 vendémiaire an IV (i5 octobre 1795). Il le fut également à Paris, dans la section de TOratoire. Le parti thermidorien fit annuler ces élections, en soutenant que Lindet était inéligible aux termes des décrets d'amnistie des 5 et i3 fructidor. Sa mise en accusation avait eu pour résultat, disait-on, de le suspendre de ses pouvoirs ; dès lors, cette situation juridique le privait du droit dMligibilité aux prochaines élections. R. Lindet répondait avec raison que, mis en liberté parce qu'il n'y avait pas lieu à poursuites, il ne pouvait être
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atteint, par effet rétroactif, par une loi postérieure au décret de mise en liberté '.
Il ne suffisait pas au parti dominant de fermer les portes du corps législatif à Lindet, on chercha à l'expatrier. Le 1 5 brumaire an IV, le directoire arrête que R. Lindet sera envoyé à Bâle comme agent secret du gouvernement : le 21, Carnot lui écrit pour lui demander quand il peut se rendre à ce poste. Lindet répond : « Si votre arrêté est un exil, je ne m'y soumettrai pas ; si vous avez sérieusement intention de me charger du rôle d'espion auprès de Barthélémy, je le refuse, vous savez que cela ne me convient pas *. »
Carnot lui écrit personnellement (3 frimaire) pour lui offrir le poste de commissaire du pouvoir exécutif dans l'Eure et lui demander de lui désigner des candidats pour les autres postes à la nomination du Directoire.
Le Directoire a déjà décidé que la place de commissaire près l'administration de ce département, vous serait proposée, et je vous conjure, moi, personnellement, de ne pas refuser à notre patrie les services que vous pouvez lui rendre en cette qualité; mais je vous demande de plus Tindication des personnes que vous regardez comme les plus propres à remplir dignement les autres places à la nomination du Directoire. — Je vous aurai également obligation si vous pouvez m*en indiquer pour le Calvados. f
Le 1 1 frimaire, Carnot revint à la charge. Il remercie Lindet des renseignements qu'il lui a fournis et qui ont servi de base à son travail sur le département de l'Eure, et le conjure à nouveau de ne pas refuser cette nomination qui est faite et qui va être expédiée. « Le besoin que vous avez de retourner dans votre pays, dit-il, s'accorde avec le vœu du Directoire et avec celui de vos compatriotes. Si, lorsque l'intérêt public parle, on pouvait compter pour quelque chose les désirs individuels^ j'invoquerais mon estime et mon attachement pour vous : je me borne à vous dire que vous êtes nécessaire. »
Lindet resta sourd aux sollicitations de Carnot et persista dans son refus. Nous en trouvons la raison dans une de ses lettres du 3 nivôse an IV.
1. Les autres députés du Nord, nommés avec Lindet, furent : Cambacérès, Letourneur (de la Manche), Berlier, Gossuin, Eschassériaux aine, Legendre (de Paris), Lakanal, Lacombe Saint-Michel, Camus, Carnot, Dubois-Crancé, Bentabole, Sieyes, Treilhard et Thibaudeau.
2. Second mémoire pour R. Lindet, accusé devant la haute Cour, par R. Thomas Lindet.
Lettre de L. Caknot a R. Lindbt.
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[Fac-similé aux 2/3.]