R. LINDET REFUSE TOUT EMPLOI
Vous entendrez peut-être dire que Ton m'a nommé commissaire près le département de TEure. J*ai refusé cette place, je ne veux pas me charger d'organiser la banqueroute et la famine. Je suis soumis aux lois, mais je ne veux pas me charger de les faire exécuter lorsqu'elles sont mauvaises et qu'elles ne tendent qu'à la perte des armées et de la France.
Je n'accepterai aucune . place : il n'en faut accepter que lorsqu'on peut faire le bien ou empocher le mal ; mais il n'est pas permis pour moi d'en accepter lorsqu'il ne s'agit que de consommer le mal.
Je désire savoir le parti que le corps législatif va prendre sur les assignats, Vévénement sera décisif. Je ne cesse de m'occuper des moyens d'empôcher la banqueroute et de contrarier les mesures des fripons.
Carnot parut très froissé de ce refus et ne le pardonna point à R. Lindet. On en verra la preuve dans TafTaire Babeuf.
Mais Lindet n'y prit garde. Carnot faisait partie du nouveau gouvernement et tacitement approuvait les attaques violentes dont le parti thermidorien essayait d'accabler les hommes qui avaient géré nos finances et assuré la subsistance du pays sous le gouvernement révolutionnaire. Les anciens collègues de R. Lindet au Comité de salut public étaient déportés : c'est à lui qu'incombait le devoir, en face de la réaction triomphante, de répondre à ces calomnies et d'opposer la vérité des faits aux mensonges des réacteurs.
R. Lindet ne faillit pas à cette tâche qui devait lui être fatale.
Le 22 brumaire, Eschassériaux aîné avait donné lecture de son rappon sur les causes de la situation des finances et les moyens de les régénérer '. Cette pièce n'est que le résumé des accusations qui couraient les salons de la belle société thermidorienne, des calomnies propagées contre les hommes de l'an H. R. Lindet ne voulut point laisser passer ce factum sans y répondre et revendiqua hautement la responsabilité de sa conduite à la tête de la Commission des subsistances. Cette lettre est le complément et comme le résumé des autres écrits de Lindet sur la question. Nous la reproduisons en entier :
R. Lindet au représentant du peuple Eschassériaux aîné.
Représentant, Je suis parvenu avec beaucoup de difficulté à me procurer la lecture de votre rapport du 23 brumaire sur les causes de la situation des finances et les moyens de la régénérer. Je combattis avec succès^ il y a quinze mois, le système que vous présentez : je l'ai combattu dernièrement dans un essai sur le crédit public. Je l'attaque encore plus directement par des réflexions sur les finances que je vais faire insérer dans un journal *. Ce n'est pas pour