‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 172 sur 201 · MÉMOIRES DE T. LINDET POUR SON FRERE · texte numérisé non relu

MÉMOIRES DE T. LINDET POUR SON FRERE

Vous avez à prononcer entre le témoignage de cette multitude de citoyens honnêtes qui attestent la probité de Lindet et la dénonciation d*un homme qui s*avoue l'auteur d'écrits incendiaires qui sans doute lui ont été commandés et payés... et qui se tient assuré de l'impunité... R. Lindet peut être assassiné par les révolutionnaires, il ne peut être condamné par des jurés.

Ce mémoire est daté du lo nivôse an V. Dans la partie finale Th. Lindet dit qu'il vient de parcourir les deux volumes de pièces de Taccusation. « On n'y trouvera, dit-il, ni preuve, ni présomption, ni indices d'aucunes liaisons, d'aucunes relations... » Lindet ne figure même pas sur les listes des conspirateurs. « On sera réduit à dire qu'il est du nombre de ceux qu'on voulait proscrire l'an III. La haute Cour n'admettra pas qu'une première persécution injuste suffit pour motiver une seconde proscription. »

Le second mémoire peut se diviser en deux parties : la première est consacrée à la discussion de la déposition de Grisel le dénonciateur, la seconde n'est qu'un récit de la conduite politique de R. Lindet dans sa mission en Normandie, de son rôle dans l'affaire de la municipalité de Conches, et de ses immenses travaux au Comité de salut public. Nous pouvons donc laisser de côté cette seconde partie pour nous en tenir seulement à la partie relative à Grisel. Nous citons textuellement :

Lors de sa déclaration à Carnot, Grisel ignorait si R. Lindet devait être de la conjuration.

Lors de sa lettre au ministre de la police, Grisel ignorait que R. Lindet fût un ex-conventionnel.

Lors des premières arrestations, on ne supposait pas encore que R. Lindet eût assisté aux assemblées chez Drouet. Dans les interrogatoires de Drouet, Laignelot et Ricord, le ministre de la police ne fait pas une question qui annonce ce soupçon.

Lors de sa déclaration devant le directeur du jury d'accusation, Grisel indique R. Lindet comme ayant assisté à deux assemblées, les 19 et 20 floréal chez Drouet ; mais R. Lindet y fait un personnage muet. La supposition d'une assemblée tenue le 20 est d'une absurdité palpable '.

Lors de sa déposition devant la Haute-Cour, Grisel n'affirme plus la tenue de l'assemblée du 20 : il suppose que R. Lindet assistait à celle du 19, il le présente comme un des principaux interlocuteurs, il lui attribue une réponse relative à l'absence de Choudieu dont il veut qu'on infère qu'il y avait eu plusieurs assemblées auxquelles R. Lindet avait assisté.

I. Cette réunion avait eu lieu cependant, mais R. Lindet n'y avait pas assisté. Quant à la séance du 19, Grisel est ici d'accord avec Buonarotti, — R. Lindet aurait parlé longuement sur la nécessité de donner un caractère populaire à la nouvelle révolution.

Cet accroissement successif de charges aura frappé les citoyens Hauts jurés ! Ils concevront difficilement que Grisel, qui ne savait rien contre R. Lindet, est devenu si instruit à la dernière époque de la procédure...

Th. Lindet rappelle ensuite les menaces que nous avons rapportées, et dont son frère Robert fut l'objet quand il refusa d'accepter d'abord le décret qui le nommait agent secret en Suisse, ensuite l'emploi de commissaire du Directoire exécutif dans l'Eure, et celles que lui valut la publication de ses articles sur les finances, sur la banque et sur les assignats; enfin le propos tenu par un représentant, dans les premiers jours de floréal : ce R. Lindet a fait échouer le projet de banque, il sera arrêté et déporté. »

Thomas Lindet établit ainsi que l'accusation n'est due qu'à la vengeance politique.

Les contradictions de la déclaration de Grisel éclatent à tous les yeux. Ce dénonciateur dit que Lindet a les cheveux blancs et en boucle. Or il est établi que ses cheveux sont bruns et que, depuis 1791, il n'a jamais porté de boucles à ses cheveux.

Son nom figure sur une liste de conjurés : quelle législation aurions-nous, si un citoyen se trouvait compromis par la seule inscription de son nom sur une liste ' !

Les débats n'établirent aucune charge contre R. Lindet. Nul des accusés n'essaya de l'associer à la conspiration qui n'avait jamais été autre chose d'ailleurs qu'un ensemble de projets sans réalisation d'aucune sorte. L'accusateur public s'en rapporta à la justice des jurés et Robert Lindet fut acquitté.

Bailly et Viellart, ancien député de Reims, avaient rempli les fonctions d'accusateur public : Real avait présenté la défense générale des prévenus et déployé un admirable talent

I. Quelle autorité pouvait-on prêter à cette liste? Emanait-elle de l'un des conjurés, et combien de noms furent ajoutés après coup, pour suppléer à des moyens de preuve qui manquaient? C'est ce qui n'a jamais pu être éclairci. VAmi des lois, qui était favorable à R. Lindet, dans un de ses numéros de germinal, parla d'une pièce importante découverte, dans laquelle existent des noms mis par une autre main que celle de Grisel^ et il énonça

que c'est peut-être Carnot qui les a ajoutés Au reste, il n'affirme rien.

Carnot, dit Barras, à cette occasion, répondit qu'il ne se rappelait pas les faits, mais que cela pourrait être sans mauvaise intention (Barras, Mémoires, II, p. 358). Nous ne pouvons pas supposer que Carnot ait jamais falsifie' une liste de conjurés pour perdre des adversaires, mais on conviendra qu'une pareille liste dénaturée par des interpolations plus que suspectes, ne pouvait servir de base à une accusation sérieuse.

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