I. Coll. Et. Charavay
Par une lettre du i*' floréal (Papiers R. Lindet), Thomas Lindet lui disait : « Dans l'état où nous sommes, je crois indispensable que vous écriviez à Merlin sur les dispositions obligeantes quMl a manifestées à votre égard. Vous examinerez comment vous parlerez de votre nomination, je crois que vous ne parlerez que de celle du département de l'Eure. La Seine et Seineet-Oise, où l'on dit aussi que vous êtes nommé, sont en scission. Le gouvernement paraît avoir favorisé les scissionnaires : les autres ont âtit des
[179S] ANNULATION DE l'eLECTION DES FRÈRES LINDET 35g
Merlin assura à Th. Lindet qu'on réservait à son frère la place de commissaire du pouvoir exécutif près les tribunaux civil et criminel du Calvados, s'il ne préférait obtenir un consulat à rétranger. Thomas répliqua que son frère n'avait aucun goût pour le voyage, mais Merlin ne lui laissa point ignorer qu'il y avait des préventions contre R. Lindet, et qu'il comptait de nombreux ennemis ; il manifesta cependant le désir de le voir accepter le poste que le gouvernement lui offrait dans le Calvados.
Mais Th. Lindet, chargé de la négociation, ne pouvait laisser ignorer à son frère que le Directoire voulait surtout l'amener à donner sa démission de député avant que les conseils ne statuent sur la vérification des pouvoirs, et qu'il faisait de cette démission une condition sine qua non de la nomination offerte. « Le gouvernement, disait Th. Lindet à son frère ', a peine à croire que vous n'êtes pas au nombre de ses ennemis, je crois qu'il est trompé sur beaucoup d'individus qui peuvent être utiles. » R. Lindet répugnait à donner cette démission au moment où le parti royaliste reprenait vigueur et semblait aspirer à diriger le gouvernement suivant les théories des réacteurs thermidoriens : il était effrayé de l'influence rapide qu'en quelques jours ce parti avait réussi à prendre dans les conseils du gouvernement et il refusa de devenir le collaborateur de ce gouvernement et d'envoyer sa démission. Du môme coup, il renonçait ainsi aux bonnes grâces de Merlin. « Je regarde comme très vraisemblable que le Directoire se tiendra délivré de sa promesse s'il obtient votre exclusion *», avait écrit Th. Lindet. Pendant cet échange de lettres, le parti réacteur avait continué sa campagne de placards et de diffamations contre les prétendus terroristes élus. — Aux Cinq-Cents, Bailleul, sans tenir compte de la volonté des électeurs, divisait, dans son rapport, les élections en trois séries : les premières devaient être validées en totalité, les secondes partiellement, les troisièmes complètement annulées.
Nos deux noms ', disait Thomas Lindet, sont les seuls frappés dans la liste des élus de TEure. Je ne crois pas que l'opposition au projet de réso-
élections qui annoncent qu'on a bien conçu qu'il ne fallait pas fronder l'opinion du gouvernement. On a reconnu la nécessité d'être sage et de ne pas mettre en évidence des hommes contre lesquels les haines sont fortement prononcées. »