‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 179 sur 201 · ÉLECTIONS DE FLORÉAL AN VII · texte numérisé non relu

ÉLECTIONS DE FLORÉAL AN VII

Lîndet écrivait à son frère : « Votre épouse, qui a fait votre bonheur et votre agrément, s'occupe-t-elle de fournir à la République un futur conscrit ? Ma femme a trouvé qu'il n'y avait rien de mieux à faire dans la solitude. Elle paiera encore une fois cette dette. » Peu de temps après, R. Lindet était père d'une fille qui reçut le nom d'Arsenne, et qui, plus tard, diaprés les contemporains, devait mériter par sa distinction et sa beauté naturelle le surnom de belle Arsenne \ En félicitant son frère de son heureuse paternité, Thomas espérait pouvoir, dit-il, donner nouvelle pour nouvelle ; la grossesse de sa femme lui promettait aussi un héritier. Ce fut une fille, qui reçut en naissant le nom d'Adèle et qui mourut prématurément. Elle était née le 6 floréal an VII .

Les désastres militaires que nos armées éprouvèrent en Italie sous Scherer, puis sous Moreau, la défaite de l'armée de Naples commandée par Macdonald à la Trebbia, de Jourdan sur le Rhin, le débarquement en Hollande de 40,000 Austro-Russes sous le commandement du duc d'York, avaient surexcité le mécontentement de tous les partis contre le Directoire. Les agioteurs, les financiers, étaient surtout l'objet des haines aveugles de la masse, qui rendait Ramel, le ministre des finances, responsable des concussions et des dilapidations des fournisseurs. Ce fut dans ce moment, et sous l'empire de telles circonstances, qu'eurent lieu les élections de floréal an VII (mai 1799). Elles furent républicaines comme celles des années précédentes, et le Directoire ne se trouva plus assez fort pour lutter contre les modérés et les républicains extrêmes unis dans une action commune. Barras abandonna ses collègues. Treilhard fut destitué sous prétexte d'un vice de forme dans son élection et remplacé le 29 prairial par Gohier. Reubell avait été remplacé à sa sortie par Sieyes. Merlin et La Revellière, pressés par les exigences des Conseils, donnèrent leur démission (3o prairial) .

I. Cette jeune fille devait épouser plus tard M. Bodin de Montribloud» qui fiit député de l*Ain à la Constituante et au Corps législatif sous TEmpire. Sa date de naissance est du 27 germinal an VII. Th. Lindet félicitait le père de cet heureux événement dans une lettre du 29 germinal. Il lui annonçait en m6me temps les noms des nouveaux députés de TEure : Lecerf, Eudes, Langlois, Savary, Guilbert.

Devenue M""* Bodin, la fille de R. Lindet classa avec grand soin les papiers de son père, sa correspondance avec M. Mesnil, et celle de Thomas Lindet avec son trère Robert. Grâce à sa sollicitude filiale qu'elle fit partager à son mari, les papiers laissés par R. Lindet ont été religieusement conservés.

Leur succession passa au girondin Roger Ducos et au général Moulin. La Constitution de Tan III était soutenue par Gohier et Moulin, par le Conseil des Cinq-Cents et par le reste du parti jacobin. Mais, parmi les cinq directeurs, pas un homme de caractère n'était de taille à rallier les éléments républicains des Conseils qui pourtant semblaient les maîtres de la situation.

Voici dans quels termes, Lindet, écrivant de Caen à M"« Bernier à Paris, le 4 messidor an VII (22 juin 1799), appréciait ce nouveau coup d'État et manifestait, ses espérances pour la paix prochaine.

On se demande ce que les événements de Paris signifient : on regarde cela comme Taffaire de l'assemblée. On s'attend seulement à de grands maux, parce que personne ne s'imagine qu'on veuille les faire cesser ni qu'on le puisse. On est très indifférent. On n'éprouve m6me qu'un léger sentiment de surprise, et quand on a dit : cela est singulier, que veut-on ? L'on n'y pense plus, sinon pour déplorer le malheur de la France. L'apathie tempère le mécontentement. On ne sait ce que l'on doit désirer, craindre, espérer.

Cette révolution ne fait pas autant de sensation qu'en fit le renvoi de l'abbé Terray et du chancelier Maupeou.

Je pense toujours que l'élection de Sieyes est un heureux présage parce qu'en faisant tout préparer pour la guerre, il saura préparer l'intervention de la Prusse pour faire proposer la paix. Gohier le secondera de tout son pouvoir : c'est un très honnête homme. Barras n'aura pas d'autre avis : il a puissamment coopéré à cette révolution pour le succès de laquelle son concours était nécessaire. Sans lui l'on n'aurait pas conservé une marche aussi régulière, aussi suivie, et s'il s'était attaché au parti Merlin, tout aurait dégénéré en voies de fait. Peut-être le corps législatif eùt-il succombé ? Roger-Ducos a une très bonne réputation. Je ne l'ai jamais vu. Il a des talents. Est-ce Potier, est-ce Dupuis que Ton va nommer pour remplacer La Réveil iere Lepeaux ? Je ne connais ni l'un ni l'autre...

R. Lindet continue ensuite en parlant de lui-même que sa correspondante appelait Vhabituédu café de Zug:

Vous avez la bonté, Madame, de me parler de l'habitué du café de Zug : il n'a sûrement pas de grandes vues.

Il est faible : il n'allait pas à la tribune pour empêcher le mal qui se faisait. Quelle lâcheté ! Camot, Merlin, Reubel étaient d'autres gens que lui. Aussi ont-ils été directeurs, et ils étaient dignes de leurs citoyens collègues !

Le pauvre homme du café de Zug n'était qu'un manouvrier chargé ou qui se chargea lui-même de maintenir, malgré la Convention, la bonne intelligence avec les États-Unis d'Amérique, avec Hambourg, avec l'infâme compagnie royale de Danemark, qui rétablit la Compagnie d'Afrique supprimée par l'Assemblée constituante et obtint le secours de la marine d'Alger, l'amitié et l'argent du dey, argent que l'on a depuis si plaisamment

Lettre db R. Lindbt a M"* Bernier.

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[Fac-«imile aux a/3.]

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