‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 185 sur 201 · I. Bibliothèque de Caen. Lettre sans date · texte numérisé non relu

I. Bibliothèque de Caen. Lettre sans date

pris deux chambres et un cabinet à loger pour un mois, me Helvëtius, maison des Ambassadeurs. Nous occupons ce logement depuis hier onze heures du matin. Nous avons quitté la maison du ministère des finances.

J*al reçu, avant de sortir, la visite, les honnêtetés et les souvenirs de tous les chefs de bureaux. Je n'ai affligé personne pendant les trois mois de ministère, excepté quatre ou cinq misérables intrigants qui avaient joui d'un grand crédit sous Ramel et dont personne ne plaignit la disgrâce, lorsque je les renvoyai. Heureusement pour eux, ils sont rentrés dans leurs places.

Je ne puis quitter Paris que je n*aie réglé quelques affiûres et que je n*aie signé le compte que l'on me dresse dans les bureaux.

Il m'est impossible de prendre une prompte détermination dans les circonstances actuelles. Je ne sais si Ton ira assez directement au but, si Ton saura réunir tous les fils qui doivent y conduire.

Je sais que les chefs n'ignorent pas ce qu'ils doivent faire. Mais je crains qu'ils ne se trompent sur le choix des moyens, qu'ils n'en méprisent ou négligent d'essentiels, qu'ils n'en aperçoivent pas qui sont indispensables et qu'ils n'en emploient quelques-uns qu'il faudrait rejeter.

Personne n'est plus que moi dans l'obligation d'attendre. Je ne veux ni ne dois prévenir ni à l'égard des événements et des choses, ni à l'égard des personnes.

On m'a marqué de la bienveillance ; je ne veux pas user ce sentiment ni en abuser ; toute précipitation serait nuisible. Je sais bien que Von pensera que f attends trop^ que je ne me déclare pas asse:;. Personne n'aura le droit de m'en blâmer. Les intrigants seuls trouveront à redire à mon peu d'empressement. M. Lefèvre, gendre de M. ChaufFrey, associé de fournisseurs, trouve que j'ai grand tort de n'avoir pas déjà une place ou de ne pas m'ôtre présenté, afin que mon crédit lui fût utile. Malgré toute mon attention pour une compagnie de fournisseurs, je n'en irai pas plus vite... Tout est calme ici... Nous aurons la paix...

Le 21 brumaire, R. Lindet écrit à M. Mesnil :

Me voilà libre!... Les consuls m'ont invité à désigner les places qui pourraient me convenir; ils m'ont donné beaucoup de marques de bienveillance, quoique je n'aie pas été les voir et que je n'aie fait aucune démarche pendant la courte durée de la Révolution, Je sors d'une manière sûre et tranquillisante , avec la bienveillance de ceux qui sont en place et l'estime de ceux qui n'y sont plus.

Le 23, il revient sur le même sujet et sur la nécessité de la paix, et enfin sur la répugnance qu'il éprouve à se résoudre à demander un emploi :

Je suis et serai étranger au passé, au présent et à l'avenir. Je n'ai partagé ni les fautes ni les erreurs : je n'ai pris aucune part aux réformes. Je n'avais qu'un but, assez difficile à remplir : c'était de soutenir un édifice chancelant, d'alléger le poids des maux et d'empêcher une dissolution subite. J'ai rempli cette tâche.

Un nouvel ordre de choses commence. Je le prévoyais bien. Personne n'a pu soupçonner que je m'en fusse douté.

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