LINDET NE SOLLICITE AUCUN EMPLOI
Cet ordre de choses amènera nécessairement la paix avec les puissances belligérantes. Je vous avoue que personne ne voulait ou ne pouvait s'en occuper.
Les personnes qui vont avoir cette tâche à remplir, satisfaites d'attacher leur nom à cet ouvrage, vont être délivrées du tourment de craindre de voir discuter leurs conceptions et leurs plans, et de perdre une partie de leur gloire en voyant chacun en réclfimer une partie. Vobjet essentiel est d*obtenir la paix : que nous importe à qui nous la devons?
On m*a offert des places. Je ne puis pas m'en occuper : il faut que je signe un compte. Cela peut traîner encore huit ou dix jours...
J'ai donné à diner au ministre des finances qui me remplace, et je n'en avais point donné aux ministres pendant que j'étais en fonctions comme eux. Dans de très petites choses, j'ai été un peu original, puisque je n*ai rien fait comme les autres. Dans les plus grandes, j'ai encore plus diffère' de mes prédécesseurs et de la plupart de mes collègues.
Vous devez être bien rassuré sur tout ce qui nous concerne. Nous aurons des amis tant que nous voudrons. Mais il n'est pas prudent d'avoir tant d'amis. Quand on a ouvert sa porte, on n'est plus libre chez soi. Je ne veux pas m'exposer à cet inconvénient.
Les places n'ont pas d'attraits, mais elles peuvent ôtre utiles à certaines personnes qui ne se font pas scrupule d'en user comme des fourrageurs, pendant que l'ennemi sommeille. Je n'aime point le fourrage. Je Vai prouvé pendant ces trois mois. Je suis persuadé que d'autres suivront le même plan '.
Quelques jours plus tard, le lo frimaire an VIII (i«' décembre 1799), Lindet est encore retenu à Paris : son compte n'est point établi par ses bureaux.
J'appelle ce compte un ridicule ouvrage, écrit-il, parce que c'est un travail de commis, auquel je n'ai pas une ligne à ajouter. Ce n'est pas le compte de ce que j'ai fait, de, mes plans, de mes projets, de mes opérations, Cela me regarderait, et je pourrais seul le faire. Mais je me donnerai bien de garde de faire paraître un pareil ouvrage, qui ne m'est pas demandé '. Je suis cependant attaché ici, sans pouvoir quitter Paris jusqu'à ce que le compte soit rendu...
Je crois que l'on a intention que je demande une place ; mais je n'en connais point encore qui me convienne ; je ne prends pas et ne puis prendre aucun engagement ; il est difficile de se déterminer. J'ai eu beaucoup de peine à faire comprendre à mes amis que je ne puis rien demander : il serait peut-être imprudent que je ne demandasse rien du tout. Perdre du temps, c'est quelquefois en gagner. Il est des gens à qui il est plus difficile de n'être rien du tout dans certaines occasions qu'à d'autres d'être quelque chose... Si la nécessité m'oblfge de demander une place, ce sera du moins quelque place qui ne marquera pas, qui sera convenable et qui sera vacante ^.