De Narbonne
[1791J A l'asseicblée législative 23
Il y a à craindre qu'on ne fasse camper trop tôt nos troupes^ qu*on va les exposer inutilement à la fatigue dans un temps oit elles n'auraient à combattre que les éléments et la rigueur de la saison. Le ministre s'est plaint de ce qu'il règne un certain sentiment vague de défiance, il a exposé la nécessité dMnvestir le gouvernement d'une grande considération, de la plus grande confiance et de le dégager d'entraves.
Ce discours a fait beaucoup d'impression et donne à penser à TÂssemblée : la guerre est inévitable. On ouvrira la campagne; aussitôt les négociations seront entamées, et les émigrés qui n'auraient pas voulu rentrer sous les auspices d*une amnistie, voudront rentrer par un traité de paix sous les auspices plus honorables de la diplomatie- La. défiance dont le ministre de Narbonne se plaignait, ne régnait pas seulement dans Tarmée, mais dans le peuple : comment pouvait-on obtenir la victoire sur les émigrés et les troupes de TEmpereur, si nos armées restaient sous le commandement des complices du roi, qui pactisait secrètement avec l'émigration !
A cette date, 1 5 décembre, Lindet croyait que la rentrée des émigrés était proche, il fut vite désabusé. Quinze jours plus tard, le 3i décembre, il écrivait à la même société de Bernay ' :
Je désirerais pouvoir vous annoncer la paix, mais l'empereur manifeste des intentions hostiles : il prétend que Ton ne peut pas compter sur les dispositions de la France, que ses procédés injustes envers les princes exigent l'attention des souverains. 11 déclare qu'il a donné ordre à ses généraux dans les Pays-Bas Autrichiens de protéger et de défendre l'électeur de Trêves si nous l'attaquons. Je ne crois pas que nous devions regretter les frais de nos armements : nous avons fait une conquête importante. Les habitants des ci-devant provinces d'Alsace et de Lorraine et de quelques autres provinces ne connaissaient que la servitude, ils ne croyaient pas que Ton pût briser leurs fers; ils savaient qu'on pouvait en changer, mais ils ne pensaient pas que l'on pût cesser d'en porter. La présence de trois armées a relevé leur courage. Ce mouvement qui répand l'aisance dans ces contrées y a fait aimer la Constitution et la Liberté. Jusqu'à ce moment, la défense n'a été faite que dans le royaume, elle a été utile, elle a produit les plus grands et les meilleurs effets, il serait peut-être à désirer que nous eussions la patience d'attendre nos ennemis, ou du moins que l'on attendit quelque agression plus caractérisée de leur part.
L'Empereur ne peut pas se dispenser d'armer. Si nous allons à Trêves, tout le Brabant s'agitera pour la Liberté. La Prusse pressera le Brabant à l'autre extrémité et n'agira qu'avec circonspection, parce qu'elle ne peut pas cesser d'entretenir ses forces et de fixer ses regards sur la frontière de Pologne. Léopold a moins dessein d'attaquer notre Constitution que de comprimer le Brabant contre une armée Prussienne. Cette disposition est nécessaire pour lui conserver des provinces qui ont été libres, qui n'ont jamais cessé de l'être, et qui veulent donner la latitude de l'indépendance à